Société
"Une autre Marine est possible" : pourquoi l'écologiste Marine Tondelier fascine l'électorat de gauche
Publié le 3 juillet 2024 à 11:05
Par Clément Arbrun | Journaliste
Passionné par les sujets de société et la culture, Clément Arbrun est journaliste pour le site Terrafemina depuis 2019.
Son nom est sur toutes les lèvres au lendemain du premier tour des élections législatives. Par-delà sa base écologiste, les électeurs de gauche l'envisagent comme la voix de la raison. Elle va jusqu'à convaincre les défendeurs centristes du "barrage républicain". Mais qui est vraiment Marine Tondelier, figure politique à l'éternelle veste verte ?
Marine Tondelier (EELV) lors du rassemblement du Nouveau Front populaire après le premier tour des élections législatives anticipées, place de la République à Paris, France, 30 juin 2024. © Stéphane Lemouton / Bestimage  Marine Tondelier (EELV) lors du rassemblement du Nouveau Front populaire après le premier tour des élections législatives anticipées, place de la République à Paris, France, 30 juin 2024. © Stéphane Lemouton / Bestimage © BestImage, © Stéphane Lemouton / Bestimage
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Qui est Marine Tondelier ? 

Ces derniers jours, celle que beaucoup intitulent ironiquement "l'autre Marine" - en opposition à la députée de la onzième circonscription du Pas-de-Calais - est passée au sein d'un certain électorat de valeur sûre de l'engagement écologiste à nouvel espoir de la gauche et des soutiens du Nouveau Front Populaire malgré la victoire du RN au premier tour des élections législatives, au soir du 30 juin dernier. 

La secrétaire nationale des Ecologistes, et figure politique bien connue des citoyens de la commune de Hénin-Beaumont, apporte investissement, clarté et empathie à un panorama où les femmes politiques sont reconnues (la victoire au premier tour de certaines candidates du Nouveau Front Populaire telles que Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Clémentine Autain) mais se confrontent cependant toujours à une exclusion des débats les plus médiatisés. 

Et ce alors qu'elles incarnent un militantisme intersectionnel des plus actuels entremêlant cause écologiste, féministe, et populaire. Une pluralité que beaucoup retrouvent à travers les discours francs de Marine Tondelier. Personnalité politique identifiable (elle arbore toujours sa fameuse veste verte, tonalités naturellement symboliques), l'élue d’opposition au Rassemblement national pourrait bien se confronter au président du RN Jordan Bardella lors du fameux débat d’entre-deux tours. En tout cas, nombreuses sont les voix militantes à le souhaiter. 

Mais pourquoi donc ?  

"Une autre Marine est possible"

On la surnomme "la patronne des Verts" ou carrément leur "nouvelle star" (c'est Libération qui l'affirme) et certains lui prêtent même un slogan riche de sens, que l'on retrouve sur les réseaux sociaux, au gré de visuels "homemade" la représentant sur fond de tonalités vertes (bien évidemment) : ce slogan, c'est "Une autre Marine est possible". 

Marine Tondelier a pour elle un parcours de limpidité idéologique : collaboratrice parlementaire de Cécile Duflot en 2016 et investie depuis 2009 au sein d'Europe Écologie Les Verts (EÉLV), la future secrétaire nationale devient en 2014 élue d'opposition au conseil municipal d'Hénin-Beaumont, autrement dit, un conseil leadé par le Front puis par le Rassemblement national. Et c'est à Hénin-Beaumont que l'écologiste a justement passé toute son enfance. Conseillère régionale des Hauts-de-France, la femme politique entretient donc un rapport très étroit à cette facette de l'Hexagone qu'il faut à tout prix connaître pour envisager la politique du Rassemblement National, et son électorat.

On lui reconnaît en retour une expérience du terrain, nourrie de rhétorique, bien utile dans ce contexte d'entre deux tours législatif. Pour Nice Matin, c'est en partie cette expérience immersive qui explique que "la patronne des écologistes et sa désormais célèbre veste fétiche verte, qui se présente comme la “vraie Marine d’Hénin-Beaumont, est en train de prendre un leadership moral à gauche avec son discours sans concession face au Rassemblement national".

D'autant plus que ces derniers temps, la nouvelle figure de proue des Verts et diplômée de l'Institut d'études politiques de Lille est au coeur des discours comme des espoirs, pour toute une partie de l'électorat hexagonal - celui qui est venu soutenir le Nouveau Front Populaire. D'aucuns parmi les politologues considèrent qu'elle pourrait même convaincre certaines voix centristes, notamment les plus sensibilisés aux valeurs écologistes. C'est en tout cas aux profils de votants les plus réticents que l'oratrice s'adresse, des plateaux télé aux radios, afin de les convaincre d'un nouveau mot d'ordre : le Nouveau Front Républicain. 

C'est d'ailleurs l'absence de clarté de certains politiques à ce qu'elle juge nécessaire - le fameux "barrage républicain" - qui a suscité ses plus vives prises de parole : à l'encontre du ministre de l'économie Bruno Le Maire par exemple, sur les ondes d'Inter. Pour Marine Tondelier, l'heure ne doit plus être au "ni ni" ou à l'ambiguïté rhétorique. 

Une certitude qu'on retrouve dans la plupart de ses prises de position actuelles. Et qui font mouche à l'heure où certains débats centraux de tout un pan de la gauche suscitent d'intenses clivages. En outre, sa présence est largement soutenue par les militantes féministes, et écoféministes, pour qui la politique ne peut se réduire aux paroles masculines et aux duels virilistes. Sur Inter, Marine Tondelier peine à retenir ses larmes quand elle aborde la situation présente. Elle fait montre d'une empathie qui va à l'encontre de ces codes très genrés.

"Cette campagne a été violente, pour les racisés, LGBT, il y en a des tas qui sont venus la boule aux ventres. Il y a une recrudescence des actes racistes, de l’islamophobie. On n’en a très peu parlé. Ce qui compte, c’est le quotidien des Français. Je pense aussi aux associations qui ne savent pas dans quel cadre elles vont continuer à exercer leur mission, aux fonctionnaires qui ne savent pas quelles seront les consignes qui seront données demain. On doit se battre", y affirme-t-elle, non sans émotion.

"Rarement personnalité aura fait l’objet d’une telle unanimité au sein des Verts, du moins pas récemment", observe Libé l'espace d'un long portrait qui lui est dédié, éloges de ses collègues Yannick Jadot et Cécile Duflot en amont. Au sein des Verts, et de la classe politique en générale, elle défend une notion qui semble de plus en plus éloquente dans un contexte où crise écologique et crise sociale vont de paire : la justice climatique et sociale, conciliant défense des classes populaires, et de la planète. Cette période de bouleversements politiques sera-t-elle synonyme pour elle de nouveau chapitre ? Les pages, en tout cas, paraissent déjà s'écrire.

Mots clés
Société Politique ecologie Green elections Femmes engagées
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