Emmanuelle Franck en est persuadée : être une femme n’entre pas en contradiction avec le fait de défendre un homme que les faits accablent. Oui, même si cet homme est accusé d’avoir tué sa femme. Auteurs de féminicides ou agresseurs peuvent très bien être représentés par une femme et celle-ci peut dénoncer le sexisme dont elle est victime - ce que fait la professionnelle par ailleurs, dans les lignes suivantes.
C’est dans Society qu’elle l’énonce, l’espace d’un long portrait, très détaillé, au sein duquel elle revient sur l’une de ses grandes affaires : l’affaire Jubilar. Scandales et controverses recouvrent un feuilleton judiciaire qui loin du fait divers cristallise de nombreux enjeux de société et des fléaux : féminicides, femmes tuées car elles sont des femmes, violences conjugales, rapport de la Justice aux victimes.
Cédric Jubilar, accusé de féminicide, dont elle accepté le “cas”, quitte à entendre critiques virulentes misogynes, et insultes de la part d’autres femmes. Elle raconte : “Ma fille était sidérée par les commentaires qu’elle pouvait lire sur les réseaux sociaux à mon sujet : “A tous les coups il se tape son avocate”, “Quand il s’est penché sur elle, elle lui a dit “Je t’aime”... Les hommes avocats ne subissent pas ça. Ca n’arrive qu’aux consœurs avocates”. La professionnelle dénonce un sexisme banalisé. Normalisé. Forcément, si Emmanuelle Franck a été choisie ou choisit de défendre un tel homme, c'est pour des raisons sexuelles, sentimentales... De la misogynie par excellence. L'avocate dénonce.
Mais ne s’arrête pas là. Et explique, quitte encore une fois à susciter l’ire de certains ou certaines, sa conception de la justice, et de la profession d’avocate,, pas forcément en cohésion avec la révolution #MeToo et les batailles des féministes, des manifs aux prises de parole. A tout cela, Emmanuelle Franck appose un avis personnel et professionnel.
En dissociant militantisme et justice…
Emmanuelle Franck assume et revendique ses intimes convictions l’espace du long portrait à retrouver dans le dernier numéro du magazine Society. Un point de vue pas forcément adéquat avec la révolution #MeToo.
L'avocate explique : “Mes confrères ne reçoivent pas ce genre de remarques, c’est uniquement réservé aux femmes avocates, de même que l’on attribuera plus facilement vos mérites à autre chose que votre compétence… Mais moi je ne défends pas des causes. Défendre des causes, être militante, c’est à mon sens antinomique avec ma profession d’avocate.”. Dans cette interview, l'avocate épilogue sur ce sujet : elle respecte ses consœurs qui "défendent des causes" ou "leurs convictions" mais trouve cela contraire au métier d'avocate et au but de la Justice : "parvenir à faire advenir la peine la plus juste, et non la plus basse, ou la plus haute", dit-elle.
Et d’annoncer encore, en cohésion avec cette logique personnelle : “Notre but, c’est de convaincre, pas de se faire plaisir ou de s’écouter parler. On a un peu l’impression que certains pensent que l’avocat fait une prestation, que c’est du spectacle, une fiction, qu’il n’y a pas un mec qui va effectivement passer 30 ans en taule.”. L'avocate évoque entre les lignes, on s'en doute, ses consœurs qui s'engagent contre les violences faites aux femmes. Et associe ces combats à ses choix de défense - c'est à dire, des clients proprement "indéfendables". Mais en appelle à plus de nuance et de recul. Est-ce encore possible à l'heure des réseaux sociaux ?
"Être une femme ne m’interdit pas de défendre un homme accusé", explique-t-elle à l'unisson dans le magazine ELLE. Étayant ainsi : “les monstres n’existent pas, les indéfendables non plus.”. La phrase de conclusion pour une personnalité aussi respectée au sein de la profession que synonymes de controverses et de polémiques en dehors des tribunaux.