Une directrice des services pénitentiaires raconte : "Je n'ai jamais eu de mal à me faire respecter"

Barbara Padovani-Lambert, directrice des services pénitentiaire à l'administration pénitentiaire de Paris.
Barbara Padovani-Lambert, directrice des services pénitentiaire à l'administration pénitentiaire de Paris.
Les professions du milieu carcéral ont longtemps été considérées comme réservées aux hommes. Pourtant, de plus en plus de femmes choisissent de s'y confronter. Barbara Padovani-Lambert est de celles-ci. A 32 ans, et après avoir choisi de faire de la prison son quotidien, elle est aujourd'hui directrice des services pénitentiaires. Un métier de passion. Portrait.
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C'est à 28 ans que Barbara Padovani-Lambert a franchi pour la première fois les portes d'une prison. Lors de ses premiers pas à la maison d'arrêt de Fresnes, à l'occasion d'un stage en tant que surveillante pénitentiaire, ses émotions oscillent entre excitation et inquiétude. L'étape est primordiale pour les étudiants de l'Ecole Nationale d'Administration Pénitentiaire (ENAP).

Sa première expérience auprès des détenus se fait ici. Elle les côtoie chaque jour. Mais comment se comporter quand on est une jeune femme face à des criminels qui peuvent parfois se montrer agressifs ? "J'ai d'abord été sur mes gardes, non pas par peur, mais parce que je craignais les incidents. Je me suis vite rendue compte qu'ils n'étaient pas si fréquents, même s'il faut toujours rester vigilant." Très vite, Barbara se sent à son aise. La crainte s'envole et laisse place à l'apaisement.

"Si on veut être respecté, c'est à nous de respecter"

La jeune femme, mariée, sans enfant, commence à avoir de vraies responsabilités lors de sa première expérience. A seulement 29 ans, Barbara se voit confier, sous la supervision du chef d'établissement, l'ouverture du quartier hommes d'une prison dans le sud francilien. Avec ses collaborateurs -"la prison est un travail d'équipe", souligne-t-elle-, la nouvelle responsable doit penser à tout : de la sécurité à l'insertion, en passant par les activités. Un poste qu'elle prend très à coeur, car pour elle, "la prison ne doit pas être une période morte pour les détenus. Il faut les amener à se sociabiliser et à se responsabiliser".

Et c'est quotidiennement que Barbara va voir les détenus. Elle "prend la température", vérifie que tout se passe pour le mieux pour les prisonniers et les agents de surveillance. "La prison est comme une mini-ville, le chef d'établissement a un rôle de maire".

En tant que directrice du quartier hommes de l'établissement, la jeune femme reçoit tous les jours des lettres de demandes variées de la part des détenus. Elle doit gérer les requêtes de chacun, avec impartialité et fermeté. Selon l'importante des demandes, Barbara organise un tête-à-tête avec le prisonnier afin d'y répondre le mieux possible. "En tant que femme, je n'ai jamais eu de mal à me faire respecter. Il n'y pas de problème avec le détenu tant qu'on dit ce qu'on fait et qu'on fait ce qu'on dit. Il faut toujours expliquer les refus pour éviter les contestations".

C'est peut-être grâce à son regard de femme que Barbara traite chaque demande avec une attention et une sensibilité toutes particulières. "Je me suis battue pour qu'un détenu et sa femme, incarcérée elle aussi et qui venait d'accoucher, puissent avoir un parloir. C'est aussi ce genre de cas que l'on doit traiter au quotidien."

La prison se féminise

Travailler en tant que directrice des services pénitentiaires n'était pas un rêve d'enfant. Lors de ses études de droit, Barbara Padovani-Lambert se voyait magistrate, mais c'est par le biais d'un camarade qu'elle découvre le milieu carcéral, et décide d'intégrer l'Ecole Nationale d'Administration Pénitentiaire (ENAP).

Lorsqu'on lui demande si elle n'a jamais eu d'appréhension à entrer dans un milieu majoritairement masculin (les femmes représentent environ 30 % des personnels pénitentiaires, tous grades confondus, selon un rapport de l'ENAP daté de 2011), elle souligne que "la façon dont on exerce son métier n'est pas sexuée". Face aux détenus et aux personnels, être une femme "n'a jamais été handicap pour moi". "Il y a une réelle féminisation du corps", affirme-t-elle.

En effet, depuis quelques années, le pourcentage de femmes DSP n'a cessé d'augmenter. En 1991, 23% des directeurs des services pénitentiaires étaient des femmes. Aujourd'hui, sur 563 DSP en France, elles sont 272 contre 291 hommes (soit 48% contre 51%).

Un métier qui a du sens

Les métiers du milieu carcéral évoluent en permanence. Il est rare qu'un fonctionnaire pénitentiaire garde son poste plus de 6 ans. "Pendant les commissions de mutation, il y a un réel jeu de chaises musicales, ce qui permet de faire l'expérience d'établissements très différents", détaille Barbara. En janvier 2012, la jeune femme quitte son établissement pour gagner les bureaux centraux de la direction de l'administration pénitentiaire de Paris. Elle ne côtoie plus directement les prisonniers, mais gère des missions de stratégie et d'organisation, tout en étant quotidiennement en contact avec le cabinet de la Ministre de la Justice.

Mais Barbara n'a rien perdu de son enthousiasme. Qu'elle soit dans des bureaux, ou en établissement pénitentiaire, son goût pour la fonction publique est bien présent. "Je voulais exercer un métier qui ait du sens. J'ai besoin de donner un but à mon action au quotidien".

Barbara devrait retourner très bientôt sur le terrain, car elle ressent le besoin de revenir au contact des détenus. C'est l'aspect humain qui la fait avancer chaque jour. Du haut de ses 32 ans, la jeune femme, chef de cabinet de la directrice de l'administration pénitentiaire, est heureuse de son début de carrière.

Océane Nicolle et Margot Dulard.

Dossier réalisé en partenariat avec les étudiants de l'Institut européen de journalisme.

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