Harcèlement, sexisme, abus : les vrais dessous de Victoria's Secret

Le défilé Victoria's Secret de 2018.
Le défilé Victoria's Secret de 2018.
Patron abusif, harcèlement sexuel, propos déplacés, avances diverses... Twist : les dessous de la célèbre marque de lingerie Victoria's Secret n'ont rien de sexy. C'est ce que démontrent les édifiantes révélations du New York Times.
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Une culture de la misogynie. C'est ainsi que l'on pourrait résumer l'empire Victoria's Secret. Les dessous de l'une des marques de lingerie les plus célébrées du début des années 2000 ne sont pas ceux que vous pensez. Alors que l'année 2019 était déjà celle du déclin pour l'entreprise (annulation du défilé Victoria's Secret, propos sexistes et transphobes du dirigeant, accusations accablantes d'abus divers), 2020 est celle des révélations, forcément édifiantes, décochées dans cette colossale enquête du New York Times.

Au coeur de ce dossier fourni compilant de très nombreux témoignages d'anciennes mannequins et employées de Victoria's Secret (plus de trente), on retrouve un nom : celui de l'ancien directeur marketing de L Brand (le groupe auquel appartient la marque de lingerie), Edward Razek. Avances, harcèlement sexuel, propos déplacés... Les accusations à son sujet s'accumulent. Quitte à en faire le véritable visage de Victoria's, celui que l'on nous a longtemps caché, bien loin des catalogues de mode, des Fashion Weeks et du glamour pour papier glacé : une culture bien ancrée d'intimidation généralisée et de harcèlement, comme l'énonce le journal américain.

L'enfer des Anges

Des années durant, les plaintes, de mannequins comme d'employées, se sont accumulées à l'endroit d'Edward Razek. Sans grande incidence. Pourtant, les motifs ne manquent pas. Le directeur aurait essayé d'embrasser des mannequins, leur aurait "proposé" de s'asseoir sur ses genoux, aurait touché l'entrejambe de certaines, tenu autant de propos que de gestes condamnables, organisé des séances de photoshoot en insistant pour que les modèles posent nues. A d'autres, il aurait encore proposé des dîners en privé, dissimulé son numéro de téléphone dans leur soutien-gorge, commenté leurs poitrines. Parfois, les avances étaient plus "prononcées". La mannequin Andi Muise affirme par exemple que le "patron" aurait essayé de l'embrasser dans sa limousine. Un jour encore, Edward Razek assiste à la séance-essayage de la mannequin Bella Hadid. Et lui décoche un "conseil" : "Oublie la culotte"...

Bref, nombreux étaient les "Victoria's Angels" (le petit nom des mannequins estampillées Victoria's) à vivre un véritable enfer. Cela faisait longtemps d'ailleurs que le fondateur de Victoria's Secret, le milliardaire septuagénaire Leslie Wexner, était au courant, tout comme les responsables du service des ressources humaines. Mais plus encore que de se heurter à un mur, toutes celles qui ont osé lever la voix auraient subi des représailles. C'est ce qu'explique Andi Muise. Selon la jeune femme, Victoria's Secret aurait cessé de l'engager pour ses défilés surmédiatisés après qu'elle ait repoussé les avances d'Edward Razek. Pour user de son pouvoir, il n'était pas rare que Razek parle au nom de son bigboss, Leslie Wexner, dont il était quasiment le "mandataire".

A Victoria's Secret, comme dans bien des sphères professionnelles, régnait donc la loi du silence. Et les situations répétées de harcèlement et d'abus divers relevaient du secret de polichinelle. Pour couvrir ces paroles, Razek n'hésitait pas à recourir au chantage, voire aux menaces, rappelant aux jeunes femmes que "leur carrière était entre ses mains" et qu'il pouvait "les lancer, ou les casser". Une pression considérable qui n'a pas empêché la constitution d'un dossier à son encontre, regroupant pas moins d'une douzaine d'allégations en tous genres. Au gré de ces témoignages s'entrelacent attouchements inappropriées et commentaires humiliants.

De nombreuses situations et voix qui visent un seul homme, emblème par excellence de "la masculinité toxique", commente l'ex "Victoria Angel" Alyssa Miller. Aujourd'hui, c'en est donc fini de l'omerta. Les anciens "Anges" qui s'expriment dénoncent cette fameuse "culture de la misogynie" décryptée par le New York Times, et au sein de laquelle elles ont eu l'impression "d'être prises pour des prostituées haut de gamme", cingle Andi Miuse. Et ces nombreuses révélations laissent à penser que bien des secrets encore restent à révéler...