En Grande-Bretagne, les violences conjugales tuent 15 fois plus que le terrorisme

Les violences conjugales font rage en Grande Bretagne.
Les violences conjugales font rage en Grande Bretagne.
Alors que le nombre de féminicides observé en France l'an passé fiche un vertige monstre, le temps n'est pas vraiment plus beau du côté de la Grande Bretagne, où davantage de femmes meurent des coups de leurs conjoints... que du terrorisme.
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C'est un chiffre qui nous bouscule en ces prémices de l'année nouvelle. Il nous sidère, même. En Grande Bretagne, la violence domestique fait quinze fois plus de victimes que le terrorisme. Comme le dévoilent les chiffres mis en avant par cet article du Guardian, l'on dénombre effectivement 1 870 meurtres domestiques commis en Angleterre et au Pays de Galles entre 2000 et 2018. Pour 126 morts liés au terrorisme.

L'analogie pourrait étonner, mais elle tend surtout à éveiller les consciences en pointant du doigt la dimension systémique des violences domestiques qui, "en grande majorité", sont des violences faites aux femmes. Et les meurtres domestiques sont "essentiellement" des féminicides. Il est grand temps de tirer la sonnette d'alarme. Et d'agir. D'autant plus les circonstances de ces morts diffèrent, comme le développe encore le journal britannique...

Beaucoup de "suicides forcés"

Pour Liz Saville Roberts, la porte-parole des affaires intérieures du parti nationaliste gallois Plaid Cymru et membre du parlement du Royaume Uni, il faudrait plutôt compter sur "plus de 6 000" femmes victimes des violences conjugales dénombrées depuis l'an 2000. Un écart qui s'explique par une donnée cruciale et pourtant trop peu prise en compte : chaque année en Grande Bretagne, 400 femmes se suicident suite aux violences physiques et morales que leurs conjoints leur ont fait subir, détaille le Guardian. Ce phénomène morbide est celui des "suicides forcés", et il tend à être de moins en moins ignoré.

En France par exemple, la Secrétaire d'État chargé(e) de l'Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa souhaiterait inscrire les cas de suicides forcés dans le Code Pénal. Elle a même fait de cette incrimination du suicide forcé "comme circonstance aggravante" l'une des principales mesures de son Grenelle des violences conjugales initié en septembre 2019. Il faut dire que la situation est urgente. En 2018, pas moins de 217 femmes se sont ainsi données la mort dans l'Hexagone, tel que le rappelle L'Express.

En Grande Bretagne également, les drames s'enchaînent. Au grand désespoir des responsables d'associations de défense et de protection des victimes de violences conjugales. Interrogées par le journal britannique, certaines déplorent le manque de moyens flagrant dont elles bénéficient. Une somme qui s'amoindrirait au fil des années, malgré une prise de conscience accrue des féminicides. Le budget national a également été réduit du côté de la police britannique. "Les dépenses de prévention et de détection de la violence domestique doivent être considérablement augmentées", développe la politicienne Liz Saville Roberts, pour qui la lutte contre les violences conjugales et les féminicides est une véritable priorité gouvernementale.

Selon les chiffres relevés par le Guardian, le financement accordé à cette lutte aurait diminué de près de 50 % en dix ans. Alors que chaque année, la police reçoit un appel d'urgence "toutes les 30 secondes" en moyenne. "Il faut donner à la police les moyens de trouver et de poursuivre les milliers de présumés criminels qui sont encore en liberté", prévient Harry Fletcher, le porte-parole de la Campagne pour les droits des victimes (Voice4Victims). Comme un air de déjà vu : en France également, les associations féministes déplorent ce "budget qui n'en est pas un" proposé par le gouvernement, et le "non-engagement" de celui-ci.

Une opinion partagée par le journaliste britannique Kevin Maguire du Daily Mirror, pour qui "nous avons besoin d'une guerre contre la violence domestique". Autrement dit, un combat. D'envergure mondiale ?