Argent contre les violences faites aux femmes : "On ne fait pas ce qu'il faut"

La lutte contre les violences faites aux femmes en France manque d'argents
La lutte contre les violences faites aux femmes en France manque d'argents
Où va réellement l'argent contre les violences faites aux femmes ? Un rapport sorti ce jeudi 22 novembre pointe le manque cruel de moyens mis à disposition en France pour lutter contre ce fléau social.
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Un rapport paru ce jeudi 22 novembre sur "Où est l'argent contre les violences faites aux femmes" pointe du doigts un manque criant d'argent pour lutter efficacement contre ce fléau qui touche à minima 225 000 personnes dans les "formes les plus graves" par an.

Il a été réalisé par Conseil économique, social et environnemental (CESE), la Fondation des femmes, le Fonds pour les Femmes en Méditerranée (FFMed), le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), Women's Worldwide Web (W4) et la consultante Néréa Craviotto.

Ce rapport rappelle qu'en 2016, 123 femmes et 34 hommes sont mort·es sous les coups de leur conjoint·es. Seulement 14 % des victimes de ces violences portent plaintes.

Alors que faire pour les aider ? Il faudrait, selon une estimation basse des auteur·trices du rapport, 506 millions d'euros, et selon une fourchette haute, plus d'un milliard. Or aujourd'hui, selon leurs calculs, les moyens cumulés n'atteignent que 79 millions d'euros.

Le rapport note que les associations sont saturées, encore plus après la vague #Balancetonporc et #MeToo. Les moyens sont insuffisants pour la formation, l'accueil d'urgence, la sensibilisation, la justice et pour les centres d'appels des associations.

Un état des lieux similaire avait été réalisé en 2016 avec la même conclusion. A deux jours de la grande marche contre les violences sexistes et sexuelles le 24 novembre, et à trois jours de la Journée mondiale pour l'éradication des violences faites aux femmes, le rapport fait plusieurs recommandations.

Il propose de multiplier le budget par 6 pour atteindre les 500 millions d'euros, plus de transparence dans les données relatives à la lutte contre les violences, de mieux épauler les associations de terrain, de réaliser des statistiques sexuées pour savoir à qui va l'argent public et de diversifier les financements.

Anne Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, organisation qui a co-écrit ce rapport, revient sur plusieurs points du rapport.

Terrafemina : Avez-vous eu les moyens de travailler sereinement pour ce rapport ?

Anne-Cécile Mailfert : Il y a un manque d'informations réelle qui rend difficile le suivi de ce qui est sur la table et ce qui est dépensé. Nous avons donc passé beaucoup de temps sur ce rapport pour savoir "où est l'argent" contre les violences conjugales.

La lutte contre les violences faites aux femmes se contente-t-elle de bricolage et de bouts de ficelles faute de moyens ?

A-C.M : Disons que pour les femmes qui veulent sortir des violences conjugales, il y a 80 millions sur la table. Or il faudrait au minimum 500 millions d'euros. En conséquence, il y a des femmes qu'on ne va pas aider et d'autres qu'on va aider partiellement. C'est terrible ! On leur conseille de partir, mais on ne fait pas ce qu'il faut...

Quels sont les leviers pour convaincre les pouvoirs publics de donner plus d'argent ?

A-C.M : L'opinion publique et les entreprises doivent se mobiliser... Plus on sera nombreuses à dire qu'il faut plus de moyens et plus on nous écoutera. Par ailleurs, il faut rappeler que les violences conjugales coûtent cher à l'état : entre les frais médicaux et les frais de justice, ça coûte plus de 600 millions ! C'est terrible d'avoir à utiliser cet argument, mais ce serait même rentable de mettre un terme au violence.

Pourquoi est-il si difficile de convaincre de l'importance de cette cause ?

A-C.M : C'est de moins en moins difficile. C'était un sujet tabou, mais grâce à #MeToo, ça l'est beaucoup moins.

Que répondez-vous à Marlène Schiappa quand elle dit qu'il ne faut pas regarder le budget de son secrétariat d'Etat seul- qui est de 29,8 millions d'euros- mais celui de l'ensemble des ministères qui travaillent sur ce sujet ?

A-C.M : On a justement fait cet exercice en détail : aujourd'hui, si on cumule tous les budgets dédiés, l'État met 80 millions pour aider les femmes à sortir des violences.

Est-ce que les associations s'épuisent à trouver des financements ?

A-C.M : Oui, clairement. Au lieu de se concentrer sur les femmes qu'elles aident, elles doivent passer beaucoup de temps à faire des dossiers de demandes... C'est dommage.

Est-il nécessaire d'allouer plus d'argent à la formation de la police et des hôpitaux, en plus des associations ?

A-C.M : Oui clairement ! Car les femmes victimes de violences vont d'abord à l'hôpital... Et vont devoir porter plainte. Ce sont des lieux de signalement, d'accompagnement, d'action...

Qu'en est-il de la sensibilisation pour endiguer ces violences ? Faut-il travailler plus en amont ?

A-C.M : Oui, nous avons lancé une campagne "Tu seras un homme mon fils". Tout commence là : les hommes n'ont pas un gène d'agresseur. Si on veut que nos filles vivent mieux et arrêter cette fatalité des violences qui se répètent d'une génération sur l'autre, il faut régler cela.

L'une des solutions serait-elle de financer des Maisons des femmes dans chaque département ?

A-C.M : Oui, c'est nécessaire. Ça marche, c'est efficace et c'est utile. Allons-y, les femmes méritent d'être bien accompagnées.

La question du manque d'argent dans la protection de l'enfance n'est-elle pas essentielle aussi ?

A-C.M : Oui, clairement la protection des enfants est tout à fait liée aux violences faites aux femmes. Nos combats se rejoignent.