Sieste : "Tout le monde doit pouvoir en faire une, même à son bureau"

Sieste : "Tout le monde doit pouvoir en faire une, même à son bureau"
Sieste : "Tout le monde doit pouvoir en faire une, même à son bureau"
Une salle de sieste dans un lycée : le projet avait de quoi faire sourire. Pourtant, il vient d'être concrétisé dans un établissement de l'Essonne, à la grande joie de ses professeurs. Et alors qu'un Français sur cinq avoue somnoler sur son lieu de travail, Éric Mullens, médecin généraliste, spécialiste des pathologies du sommeil et de la vigilance félicite l'initiative et insiste sur l'importance de la sieste en milieu de journée.
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Terrafemina : Récemment, un proviseur de lycée a installé, dans son établissement, une salle de sieste à destination de son équipe pédagogique. Que pensez-vous de cette initiative ? Doit-elle être généralisée ?

Éric Mullens : C’est une bonne initiative mais les professeurs n’ont pas, plus que le reste de la population, besoin d’une sieste en milieu de journée. D’ailleurs, les élèves devraient eux aussi pouvoir accéder à cette salle de repos d’autant que, du fait de leur jeune âge, ils ont un rythme biologique différent. Quoi qu’il en soit, cela reste une excellente mesure qui ne s’adresse, malheureusement, qu’à une infime minorité de salariés. Or, nous devrions tous faire une sieste à la mi-journée. C’est une réalité biologique, un besoin humain normal à tout âge, qui s’amplifie plus ou moins avec le déficit de sommeil de chacun.


Tf : Quels sont les bienfaits d’une sieste au milieu d’une journée de travail ?

É. M. : Il faut bien avoir conscience que l’organisme n’est pas fait pour rester en éveil pendant 13 heures d’affilées. C’est naturel, le corps humain a besoin d’une phase de récupération en milieu de journée ; la sieste constitue en effet un événement chrono-biologique dont les vertus sont thérapeutiques. En revanche, les personnes qui ne s’octroient pas ou ne peuvent pas s’octroyer ces quelques minutes de repos voient leur attention contrariée, souffrent de somnolence et ne sont donc pas productives sur leur lieu de travail. Parfois, ce manque de sommeil peut conduire à une fatigue extrême, à un mal-être et, dans les pires des cas, à des accidents de la route par exemple.

Tf : Quelles conditions faut-il réunir pour une sieste réparatrice ?

É. M. : Il n’y a pas de conditions particulières. On se focalise beaucoup sur les entreprises en leur demandant la création de lieux dédiés à la sieste, mais nous devrions tous nous reposer quand nous en ressentons le besoin. Chacun peut le faire même à son bureau. Cesser ses activités pendant une demi-heure n’a rien d’irréalisable ; sur une journée de 16 heures, ces quelques minutes sont d’ailleurs dérisoires. Notez par ailleurs que le temps de repos varie en fonction du débit de sommeil de chaque individu, de la micro-sieste de moins de cinq minutes à la vraie sieste d’une heure et demie. Mais, d’une manière générale, on peut considérer qu’une sieste réparatrice dure entre deux et quinze, voire vingt minutes.

Tf : Comment expliquez-vous le fait que la sieste quotidienne soit si peu courante en France ?

É. M. : Les connaissances sur le sommeil sont très insuffisantes en France car il n’est pas enseigné dans les filières médicales. Résultat, les professionnels de santé et la population pensent qu’il ne sert à rien, reportent au maximum le moment du coucher et font des nuits de plus en plus courtes, jusqu’à dormir moins de six heures, le seuil critique.

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