Bisphénol A : "L'éviter est très difficile voire impossible"

Bisphénol A : "L'éviter est très difficile voire impossible"
Bisphénol A : "L'éviter est très difficile voire impossible"
Cancer du sein, obésité, infertilité, trouble du comportement… Lundi 8 avril, un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) dénonçait les conséquences de l’exposition au bisphénol A sur les femmes enceintes et leur enfant. Car si ce composé chimique est désormais interdit dans la fabrication des biberons, il est encore bien présent dans de nombreux objets du quotidien. Fondateur de l’Association Santé Environnement France, Pierre Souvet insiste sur la toxicité de ce perturbateur endocrinien et sur l’urgence d'en interdire l’utilisation, une bonne fois pour toute.
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Terrafemina : Qu’est-ce que le bisphénol A ?

Pierre Souvet : Le bisphénol A est un composé chimique très utilisé dans la fabrication du plastique. C’est aussi et surtout un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire, un produit qui dérègle le fonctionnement des hormones de l’organisme. Il mime l’activité des hormones sexuelles féminines, perturbant ainsi la reproduction et le développement d’organes comme le cerveau ou le cœur. En raison de sa nocivité, le bisphénol A ne devrait pas être présent dans notre organisme.

Tf : Où le trouve-t-on ?

P. S. : Il est présent dans de nombreux récipients alimentaires en plastique, dans les bonbonnes d’eau, les revêtements intérieurs des boîtes de conserve ou les canettes de sodas mais aussi sur les tickets de caisse des commerçants. Le problème, c'est que le bisphénol A est capable de s’extraire de ces plastiques et résines pour venir « polluer » les aliments ou boissons avec lesquels il est en contact avant de s’introduire dans l’organisme.

Tf : Quels sont les dangers de ce composé ?

P. S. : Il y a toute une série de risques liés à une exposition plus ou moins prolongée au bisphénol A. Ses effets sur le développement du cerveau peuvent conduire à des troubles du comportement et avoir un impact sur les relations sociales. Il est également soupçonné de bloquer l’action des hormones thyroïdiennes ou de favoriser le développement de lésions précancéreuses ou cancéreuses chez des femmes dont la mère a été en contact, de quelque manière que ce soit, à ce composé chimique nocif. Chez les hommes, il agit sur le système de reproduction en diminuant le taux de testostérone. Enfin, le bisphénol pourrait être lié au diabète. Des études ont en effet montré sa présence dans le sang de personnes obèses.  

Tf : Comment peut-on l’éviter ?

P. S. : L’éviter me paraît très difficile voire impossible actuellement, à moins de comprendre le jargon industriel et l’appellation des composés de chaque produit. C’est la raison pour laquelle l’Association Santé Environnement France milite pour un étiquetage simplifié et facilement compréhensible pour le consommateur. Pourquoi ne pas indiquer « perturbateur endocrinien », tout simplement ? Aujourd’hui, nous sommes dans une impasse car les industriels demandent du temps pour s’adapter et nous n’en avons pas. En attendant, nous ne pouvons que conseiller aux consommateurs, pour se protéger, de préférer les récipients en verre à ceux en plastique.

Tf : Aujourd’hui, quelle est la réglementation concernant le bisphénol A ?

P.S. : Depuis peu, son utilisation n’est plus autorisée dans la fabrication des biberons. En 2015, la présence de bisphénol A sera interdite dans les contenants alimentaires mais se posera la question de l’extension de cette interdiction à tous les objets de la vie courante. De plus, d’autres perturbateurs endocriniens tout aussi toxiques, tels que le bisphénol S par exemple, sont présents dans les produits du quotidien. Leur utilisation devra également être réglementée voire prohibée.

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