Les femmes cheffes snobées par "Top Chef" ?

Le chef Guy Savoy, invité de Top Chef
Où sont les femmes ? Pas sur le plateau de "Top Chef". Ou en tout cas, pas dans les rangs des chefs invités qui font profiter de leur sacro-sainte expertise aux concurrent·e·s. La faute à une appréciation toute patriarcale et réductrice du talent.
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C'est déjà la 12e édition de l'émission culinaire de M6 au succès retentissant. Top Chef, c'est grosso modo 3 millions de téléspectateur·rice·s toutes les semaines, une façon géniale de démocratiser la cuisine haut de gamme, de mettre en avant le travail d'artisans prometteurs et une bouée de sauvetage avérée pour notre santé mentale en ces temps confinés.

Ce que Top Chef n'est pas, en revanche, c'est un vecteur de visibilité et de représentation pour les femmes qui exercent ce métier, dans un milieu encore aujourd'hui particulièrement dominé par les hommes. Plus précisément, parmi les chefs invités qui composent les jurys chaque mercredi, aucune cheffe n'a encore été conviée - seule Anne-Sophie Pic, unique cheffe cumulant 3 étoiles au Michelin, y apparaîtra dans les semaines à venir.

Et cette disparité pose problème, pour la bonne raison qu'elle ne révèle en aucun cas le manque de virtuoses féminines aux fourneaux professionnels, mais plutôt la lecture patriarcale et traditionnelle de ce qui est considéré, ou non, comme un talent légitime.

Un frein à l'égalité comme à la nouveauté

Interviewée à ce sujet par Madame Figaro, Estérelle Payany, critique culinaire et autrice de 500 femmes qui font la différence dans les cuisines (ed. Nouriturfu), épingle : "Cette absence n'a presque rien d'étonnant dès lors que Top chef légitime l'excellence culinaire par la reconnaissance traditionnelle du Guide Michelin".

Elle estime toutefois qu'exclure les femmes n'est pas un choix volontaire de la production. "Je pense simplement qu'ils cherchent au mauvais endroit", poursuit-elle. "Car si vous sortez des critères qui sont les leurs, des cheffes talentueuses, il y en a plein". Et d'ajouter : "Raisonner en 'étoilé', c'est continuer à privilégier cette autorité masculine, qui n'est qu'une infime partie de ce qu'est la cuisine en France. Diverse, plurielle, mouvante."

Emilie Fléchaire, fondatrice et directrice de l'Agence de communication Néroli, insiste elle aussi sur cette pluralité mise à mal à la télévision auprès du magazine féminin. "Jamais je ne remettrais en cause la qualité principale de ce programme qui est d'ouvrir la cuisine au plus grand nombre, et de révéler les nouveaux talents de la gastronomie. Mais côté juré, où sont-elles, ces nouveautés ?", interpelle-t-elle.

"Certes, quelques cheffes sont toujours de passage, mais pourquoi si peu ? Et pourquoi toujours viser le triplement étoilé pour justifier toute la difficulté d'une épreuve ? On en vient à tourner en rond avec les mêmes chefs, alors que la richesse gastronomique est si vaste." Pour Estérelle Payany, ce fléau ne vient ni plus ni moins d'un double standard nocif. "La véritable problématique, c'est la légitimité qu'on donne à une femme en cuisine. Et cette dernière est forcément une ménagère à moins d'avoir trois étoiles".

Un constat qui reflète un sexisme - ordinaire ou assumé - profondément ancré dans une société qu'il serait, à l'image du show télé, grand temps de voir évoluer.