Quand les talibans font du "feminism washing", on croit rêver

Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, prend la parole lors de la première conférence de presse officielle à Kaboul, en Afghanistan.
Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, prend la parole lors de la première conférence de presse officielle à Kaboul, en Afghanistan.
Lors d'une première conférence de presse lunaire à Kaboul ce mardi (17 août), le porte-parole des Talibans Zabihullah Mujahid a valorisé un lexique aux allures de "feminism washing" décomplexé. Un "féminisme" opportuniste et stratégique qui a de quoi laisser perplexe.
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Après avoir repris le contrôle de l'Afghanistan et de sa capitale Kaboul, les talibans ont tenu leur première conférence de presse officielle ce 17 août. Sans grande surprise, le vocabulaire employé lors de ces déclarations officielles masque tout bellicisme : il est question de libertés et de respect, voire même de pacifisme. Ce qui n'empêche pas bien des Afghans d'être sceptiques, comme l'observe le média international France 24.

On les comprend volontiers. Le retour des talibans au sein du pays menace les droits fondamentaux des citoyens, et plus encore des citoyennes, femmes et filles afghanes. Pourtant, la conférence de presse regorge de paroles qui fleurent bon le "feminism washing" : autrement dit, un féminisme opportuniste, illusoire et stratégique, méthode politique connue, puisque des leaders comme Donald Trump l'ont volontiers employé par le passé.

Ainsi le porte-parole du groupe fondamentaliste Zabihullah Mujahid a-t-il affirmé que les femmes auraient le droit de travailler "au même niveau que les hommes", relève France 24. "L'Émirat islamique ne veut pas que les femmes soient des victimes", a-t-il poursuivi lors de cette conférence de presse. Plus encore, rapporte l'Associated Press, les talibans promettent l'avènement d'un "gouvernement islamique ouvert et inclusif". Ouvert et inclusif, rien que ça.

Quelle inclusion ?

Précisions décochées au fil de ce discours énoncé à Kaboul : les femmes devraient avoir le droit de travailler "au même niveau que les hommes", mais "dans le respect des principes de l'Islam", autrement dit de la loi islamique, la charia. Le port du voile sera donc obligatoire, mais pas forcément la burqa ("Il y a plusieurs types de voile", a même ajouté le porte-parole). Et si les Talibans promettent un accès assuré à l'éducation pour les filles et au monde professionnel pour les femmes, nombreux sont les citoyens à craindre que les talibans "ne mènent une répression brutale dans certaines villes et empêchent les femmes de participer à des activités publiques", comme le relève l'Associated Press.

Il faut dire que "l'inclusion" telle qu'ont déjà l'envisagée les talibans lorsqu'ils dirigeaient l'Afghanistan (1996-2001) n'a jamais rien eu d'idéale. Lapidations en place publique (pour adultère, par exemple), port de la burqa, restriction des libertés de mouvement des femmes au sein du pays, fermeture des écoles pour filles... Ce grand "respect" que promet Zabihullah Mujahid, qui assure "la liberté et l'indépendance" de la presse, dévoile de sombres prémices alors que les représentations publicitaires de femmes sont déjà badigeonnées dans la capitale depuis plusieurs jours.

"Je reçois des dizaines de messages depuis l'Afghanistan de femmes et filles qui vont bientôt être vendues/ mariées/violées du fait de l'occupation talibane. Emmanuel Macron pitié, ouvrons nos frontières de manière inconditionnelle pour ces vies qui n'ont pas d'autre issue", alertait de son côté l'activiste Alice Barbe. Une alarme nécessaire et virale. "Les talibans sont entrés dans la ville et nous nous enfuyons. Tout le monde a peur", témoignait déjà dans une vidéo la réalisatrice afghane Sahraa Karimi, qui a depuis été évacuée de Kaboul. La triste réalité derrière les discours de façade ?