Qui est Anitta, la popstar brésilienne féministe qui fait trembler Bolsonaro ?

La chanteuse Anitta pose pour la marque "Ipanema" à Madrid le 9 avril 2019.
La chanteuse Anitta pose pour la marque "Ipanema" à Madrid le 9 avril 2019.
Superstar, danseuse et chanteuse, voix body positive, vedette "empouvoirante" qui hérisse les poils des machos et des réacs divers... Anitta est un véritable phénomène au Brésil, l'égale d'une Beyoncé. Autrement dit, une icône féminine. Et féministe ?
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Son sobriquet est synonyme de milliards de vues sur YouTube, de buzzs, de hits en rafales. Anitta, Larissa de Macedo Machado de son vrai nom, jouit de bien des titres, de la "Beyoncé brésilienne" à la "Reine des favelas". Native des quartiers pauvres de Rio de Janeiro, la chanteuse de 30 ans envoûte le monde avec ses morceaux dansants et sensuels, son approche sans tabou du corps féminin, ses discours tour à tour pop et politiques.

Veneno, Medicina, Downtown... Les succès punchy d'Anitta s'alignent depuis des années et font exploser les compteurs de YouTube. Son dernier morceau, Loco, est tout aussi fou : il a dépassé la barre des dix millions de vues en deux semaines à peine. A l'actif de cette reine du mainstream, des collaborations remarquées avec la tonitruante Cardi B (autre icône s'il en est), le groupe électro Major Lazer, le rappeur irrévérencieux Snoop Dogg ou encore la rappeuse Becky G, pour le très warholien Banana. Un curriculum vitae qui laisse pantois.

Mais ce n'est pas tout. Aujourd'hui, Anitta revendique, plus que ses hits, son militantisme.

"Loco", le nouveau hit mondial d'Anitta, le phénomène pop du Brésil.

Un phénomène pop

Par-delà son enthousiasme communicatif, la jeune femme est saluée pour son ambition : avoir popularisé aux quatre coins du globe le "baile funk", un genre musical issu des favelas brésiliennes et qu'elle désirait "exporter à l'étranger, pour montrer aux gens que c'est de l'art quand c'est bien fait", assure-t-elle à Franceinfo. D'aucuns voient dès lors en elle l'une des voix les plus emblématiques des sonorités brésiliennes modernes. Il faut dire que l'artiste respecte une certaine tradition, qu'elle remodèle avec une propension à la viralité très 2.0.

Chanteuse dès l'âge de 8 ans, initiée à la danse trois ans plus tard seulement, la trentenaire élevée par une mère solo a très tôt su que la musique serait toute sa vie, mais sans jamais renier le côté "business" de la chose. Interrogée par l'AFP, Anitta explique avoir procédé à des études de marché pour se démarquer dans l'industrie. Comme Beyoncé, reine féministe auquel on la compare très souvent, la chanteuse est aussi une femme d'affaires, une working girl peaufinant le versant marketing de son art, et elle en est fière.

Anitta est un phénomène pop, bien sûr, mais surtout pop-féministe. De ces chanteuses qui par leurs concerts électrisants et leurs clips choc font couler de l'encre, notamment car l'interprète n'hésite jamais à dévoiler ses formes. Un corps scruté sans le moindre filtre : Anitta ne cache jamais sa cellulite. Et revendique cette absence salutaire de censure.

"J'ai plus de cellulite que d'oxygène en moi, plus que toute autre chose dans mon corps", avouait-elle ainsi à Glamour. "Aucun traitement ne peut changer ça. Je pourrais faire des régimes, mais je déteste ça. Je ne vais pas accepter une vie que je n'aime pas juste pour perdre ma cellulite. Je préfère l'accepter et dire: 'OK, si vous ne l'aimez pas, c'est votre problème' ". A bon entendeur.

Dans ses clips comme dans ses interviews, Anitta n'a pas l'habitude de mâcher ses mots. Elle prône une vision de la féminité décomplexée, indépendante des jugements et des injonctions diverses. Son engagement body positive explique en partie la fidélité que lui vouent ses fans. Une voix libre et dans l'air du temps.

"Banana", l'un des morceaux emblématiques de cette icône provoc et féministe.

Et politique ?

Et engagée. Voyez plutôt : dans le clip de Loco, mettant en scène ses danses fiévreuses en plein panorama neigeux (celui du Colorado), l'une des femmes les plus puissantes du Brésil fait performer des consoeurs fashion, comme la mannequin transgenre La Demi. Des gestes discrets mais militants comme celui-ci érigent Anitta en "alliée" sûre de la cause LGBTQ. Car elle n'hésite pas à user de sa notoriété pour soutenir les voix queers dans un pays où la communauté est particulièrement discriminée par l'administration Bolsonaro.

"Ici au Brésil, la plupart des artistes sont comme moi et soutiennent la communauté LGBTQ, comprennent à quel point c'est important. Je pense que tout le monde devrait le faire, car les artistes influencent les gens et leur façon de penser", explique-t-elle au média queer Gay Times. Au gré de ses spectacles, la chanteuse visibilise également les drag queens, qui ont peu voix au chapitre. "Il est si difficile de passer outre les préjugés, de saisir toutes les difficultés auxquelles ces personnes ont été confrontées", déplore-t-elle encore au magazine.

Une parole éveillée. Et qui se politise de plus en plus. Dans les pages du Guardian, cette ambassadrice musicale n'hésite pas à rappeler son engagement envers le mouvement Black Lives Matter, évoquant volontiers la brutalité policière qui se perpétue dans les favelas (à Rio, où vit toujours Anitta, la police a tué 606 personnes entre janvier et avril 2020). Et, n'en déplaise à un Jair Bolsonaro climato-sceptique, Anita y détaille aussi sa sensibilisation aux défis environnementaux.

En juin 2020, un sondage dans le journal O Globo annonçait qu'Anitta était la troisième personnalité politique la plus influente du Brésil. De quoi lui laisser entrevoir un avenir politique ? Ses fans en rêvent. "La loi ne vous donne le droit de vous présenter que lorsque vous avez 35 ans. J'ai 27 ans", explique-t-elle au Guardian. "Beaucoup de journalistes m'appelaient en me disant : 'Vas-tu écouter les gens et te présenter ?'. Je me suis dit : 'Les gars, j'essaie juste d'aider !'"

Le message semble passé. C'est aujourd'hui en dehors des scènes qu'il faudra chercher la vraie Anitta : du côté de l'activisme digital. Il n'est d'ailleurs pas rare que cet engagement l'amène sur les estrades prestigieuses de Harvard ou du Massachusetts Institute of Technology, au gré de cycles de conférences où elle fait office d'invitée-vedette. De quoi fermer bien des clapets sexistes.