"C'est compliqué pour elles" : Booba déplore le manque de visibilité des rappeuses

Chez "GQ", Booba soutien les rappeuses.
Chez "GQ", Booba soutien les rappeuses.
Pas forcément réputé pour ses prises de position féministes, Booba s'est permis, le temps d'une interview (et entre deux clashes car on ne se refait pas) de déplorer le manque de visibilité des rappeuses. Tout en décochant quelques mots bienveillants sur #MeToo. Si, si.
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C'est un Booba plutôt serein qui s'étale dans les pages du dernier numéro de GQ. Bon, certes, au sein du long portrait qui lui est consacré, le "Duc de Boulogne" se permet quelques petits tacles taquins, comme à son habitude. Notamment à l'égard de ses "concurrents" de la profession, tels Kaaris ou encore... Kanye West. "C'est un démon ce mec, c'est le règne du mensonge, de l'hypocrisie, du fake, c'est horrible !", fustige-t-il. Fort heureusement, les mots du rappeur s'avèrent bien plus "détente" et surtout pertinents quand il s'agit d'évoquer certains aspects bien touchy de la sphère musicale. Et notamment, le manque de visibilité des femmes au sein du rap français.

"Ce n'est pas évident pour une meuf de trouver sa place", déplore Booba d'emblée. Avant de développer sa réflexion : "Soit elle va juste rapper sur le thème 'je suis pas respectée', soit elle va faire sa machiste, son bonhomme... Je trouve qu'en général, ça marche moyen – à part chez Aya Nakamura, je dirais".

La place des voix féminines au sein de ce milieu masculin - si ce n'est macho - serait-elle encore bien trop limitée, malgré le succès de quelques "queens" du genre ? Certainement, s'attriste encore Booba, et ce pour diverses raisons.

"C'est compliqué pour elles de faire du rap ici"

"C'est compliqué pour [les femmes] de faire du rap ici", poursuit le chanteur. Et par "ici", il faut comprendre : en France. Car selon Booba, le manque de visibilité des rappeuses serait en partie une histoire de divergences culturelles. Exemple ? Le "slut shaming" que peuvent subir les artistes-femmes serait moins considérable aux Etats-Unis. "La culture des strip-clubs n'existe pas comme elle existe là-bas, où le passé de strippeuse de Cardi B ne choque pas grand monde, par exemple, il est même valorisé", décrypte le rappeur.

Il est vrai qu'outre-Atlantique, des personnalités au passé sulfureux (comme Kim Kardashian et l'interprète badass de Money, donc) peuvent tout à fait être considérées comme des sources d'inspiration empouvoirantes.

Question de culture et de "business", mais aussi d'ouverture d'esprit. Comme si certains codes étaient bien trop compliqués à déboulonner. "Il y a aussi la religion qui reste un truc important à respecter [en France]", développe d'ailleurs Booba. Pour ce qui est d'une ouverture d'esprit moindre, le rappeur en sait quelque chose : le duo qu'il avait formé le temps d'un morceau avec la chanteuse Christine and the Queens en 2016 avait suscité les réactions les plus extrêmes (et misogynes). Un sexisme qui, à en croire Booba, serait intériorisé par celles qui parviennent à "percer" en "faisant leurs machistes", loin de déranger les esprits virilistes...

Mais la misogynie, justement, n'est-elle pas encore trop prégnante dans le rap hexagonal, où bien des clips et sons à succès fleurent bon la masculinité toxique ? Oui et non, hésite l'interprète de Validée : "C'est du folklore bête et méchant, c'est de l'ego très basique : j'ai les plus belles meufs, les plus belles bagnoles, j'ai plus d'argent que toi. C'est du trash-talking, comme dans le basket, c'est pour énerver la concurrence, c'est tout !", affirme-t-il. Pas vraiment de quoi crier au sexisme ordinaire donc ? Une réflexion qu'il faudrait nuancer...

Plus nuancés sont peut-être ses propos sur la libération de la parole féminine, encouragée par des mouvements comme #MeToo et #BalanceTonPorc. Booba déplore que "la plupart des hommes profitent de leur pouvoir sur les femmes pour arriver à leurs fins, sont plus forts qu'elles et ont un pouvoir d'intimidation qu'elles n'ont pas" et l'affirme en retour : "C'est toujours mieux de dénoncer que de ne rien dire. Les femmes ont raison de se liguer contre ça, tant mieux si ça minimise le nombre de victimes". Mais en même temps, "ce genre de rapports de force ne va pas disparaître, c'est la nature humaine, les bas instincts", achève-t-il. Fataliste ou simpliste ?

Mais aux beaux discours, Booba préfère encore les actes. A GQ, il confirme ainsi sa volonté de produire un futur grand espoir féminin du rap, dont il tait encore le nom. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que son label met l'accent sur une certaine égalité professionnelle - il avait déjà accueilli la rappeuse belge Shay par le passé.

Et alors qu'en ce début d'année de remarquables rappeuses imposent leurs punchlines, comme la légendaire Casey ou la prometteuse Meryl (qui vient tout juste de sortir son premier album, Jour avant caviar), Booba ne désespère pas de voir les choses changer au sein de notre Hexagone un peu trop réac'. Un jour peut-être ?

 

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