"Sa vie compte" : Oprah honore Breonna Taylor en Une de son magazine

O, The Oprah Magazine, et sa Une tout simplement historique.
O, The Oprah Magazine, et sa Une tout simplement historique.
Dans cette photo : Oprah Winfrey
La dernière Une de "Oprah Mag", la revue de l'emblématique animatrice d'émission télé, nous a marqués. C'est une couv' forte, engagée, politique : elle met à l'honneur Breonna Taylor, la jeune femme afro-américaine tuée par des policiers en mars dernier.
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"Her life matters". Sa vie compte. Il est puissant, ce clin d'oeil décoché au mouvement Black Lives Matter. Cette tagline orne la dernière (superbe) Une du Oprah Magazine (ou "O" pour les intimes), la revue de l'emblématique star médiatique Oprah Winfrey - également estimée pour ses qualités d'entrepreneure et de militante body positive. Qu'y voit-on ? Et bien, un très beau portrait de Breonna Taylor. Cette jeune afro-américaine qui, le 13 mars dernier, a été abattue de huit balles dans le corps par des agents du département de police de Louisville (dans le nord de l'État du Kentucky). Une mort tragique qui a remué l'Amérique.

Brutalité et zones de flou autour de cette perquisition brutale (apparemment lancée dans le cadre d'une enquête pour "trafic de drogues"), impunité des trois policiers incriminés, traitement laborieux de l'affaire en justice depuis plusieurs mois déjà... Rien n'aide à honorer la mémoire de Breonna Taylor, alors que les proches de cette ambulancière (comme son petit ami, présent lors du meurtre), mais aussi des millions de voix anonymes sur la Toile, réclament la vérité et la justice. C'est aussi pour cela qu'Oprah a décidé de lui rendre l'hommage (et la visibilité médiatique) qu'elle mérite.

Une prise de position qu'elle revendique totalement. "Ce que je sais avec certitude, c'est que nous ne pouvons pas rester silencieux. Nous devons utiliser le mégaphone dont nous disposons pour réclamer justice", écrit-elle en guise de mise en bouche à ce numéro un peu spécial. Pour mieux rappeler à une société états-unienne déchirée que le nom de Breonna Taylor, tout comme celui de George Floyd, ne doit pas être oublié.

"Breonna Taylor était comme toi"

Sur un ton sentencieux, Oprah Winfrey poursuit : "Breonna Taylor était comme toi. Et comme tous ceux qui meurent subitement, elle avait des projets. Des projets pour un avenir rempli de responsabilités et de travail, d'amis et de rires. Imaginez si trois hommes non identifiés avaient fait irruption dans votre maison pendant que vous dormiez, que votre partenaire avait sorti une arme pour vous protéger... Et puis soudain, le chaos". Ce sentiment d'identification, Oprah n'est pas seule à l'éprouver. Sur Twitter, à l'occasion de son 27e anniversaire (en juin dernier), les internautes le clamaient déjà : "Nous nous battrons toutes et tous pour elle".

"Breonna, ce numéro est pour toi", achève l'éditorial de la revue - qui propose, entre autres choses, une conversation entre l'animatrice et la mère de la défunte, Tamika Palmer. Ce n'est pas la première fois que le magazine lui rend hommage. Sur Instagram, Oprah Mag ne cesse de défendre les luttes des militantes et de dénoncer l'injustice vécue par les victimes. "Rejoignez-nous pour demander justice pour #BreonnaTaylor qui fêterait aujourd'hui son 27e anniversaire si elle n'avait pas été tuée par des policiers alors qu'elle dormait dans son appartement", pouvait-on déjà lire le mois dernier l'espace d'un post adressé au lectorat.

Historique, cette Une l'est par sa puissance politique, symbolique et activiste. Mais par sa singularité éditoriale également. Effectivement, comme nous le rappelle le site Refinery29, non seulement Oprah ne figure pas sur la couverture (comme c'est souvent le cas), mais celle-ci pourrait bien être l'une des dernières Unes "papier" d'une publi qui s'apprête à devenir 100 % digitale. Ce visuel inspiré par un selfie de Breonna Taylor (on le doit à l'artiste Alexis Franklin) est donc comme un chant du cygne, porteur de valeurs à défendre aujourd'hui et demain.

Le temps de quelques lignes émouvantes, Alexis Franklin écrit : "il y avait une étincelle dans les yeux de Breonna. C'était une jeune femme noire heureuse d'être en vie".