Pas de sourire, trop de kilos : Charlize Theron cible des pires remarques sexistes

Charlize Theron à New York, le 12 novembre 2019
Charlize Theron à New York, le 12 novembre 2019
Dans le film "Monster", Charlize Theron incarne une tueuse en série lesbienne. Un contre-emploi qui a nécessité quelques modifications physiques. Et lui a valu au passage de belles remarques misogynes. Il était une fois à Hollywood...
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Aileen Wuornos est tristement célèbre de l'autre côté de l'Atlantique. Victime de multiples sévices dans sa jeunesse, cette prostituée vengeresse aurait tué au moins sept hommes avec une arme à feu. Ces actes morbides ont fait d'elle l'une des tueuses en série les plus connues d'Amérique. Le grand spécialiste des serial killers Stéphane Bourgoin nous en parlait même dans cet entretien. Si cela vous dit quelque chose, c'est normal : un biopic lui a été consacré. Il s'intitule Monster et a pour vedette Charlize Theron. La performance de l'actrice, méconnaissable physiquement, est si époustouflante que ce rôle lui a valu un Oscar. Bien mérité.

Et pourtant, ce projet n'avait rien d'évident comme le relève le site Hello Giggles. La critique a beaucoup glosé sur l'audace qu'a eu l'actrice, celle de "s'enlaidir" - un terme qui en dit déjà long. Lors d'une récente table-ronde organisée par le journal The Hollywood Reporter, Charlize Theron est revenue sur les nombreuses remarques qui ont ponctué la fabrication du film de Patty Jenkins. Des réflexions qui en disent long sur le sexisme ordinaire.

Des remarques au ras des pâquerettes

Charlize Theron le 12 novembre 2019 à New York
Charlize Theron le 12 novembre 2019 à New York

Au début des années 2000, pour se préparer à ce rôle, Charlize Theron décide de prendre du poids. Au grand désarroi des financiers du film. "Dès que j'ai commencé à prendre du poids, l'un d'eux m'a appelé. En fait, c'est sa femme qui m'a vu et elle lui a dit :" As-tu vu Charlize ? As-tu vu à quoi elle ressemble ?", raconte-t-elle sans grande nostalgie. Avant même que ne débute le tournage, les responsables du financement de Monster font la grimace sévère. Ils se disent qu'une actrice qui grossit, ce n'est pas très bankable. Surtout quand elle s'appelle Charlize Theron. Alors, ils n'hésitent pas à lui passer quelques coups de fil de ce genre. Bizarre ! Saoule-t-on à ce point Robert De Niro quand ce dernier accumule les kilos afin d'incarner le boxeur Jake La Motta dans Raging Bull ?

Mais ce n'est pas tout. Les financiers ont aussi déploré... son absence de sourires. Sa mine impolie, pas super sexy en somme. C'est l'un d'entre eux qui a cru bon de lui faire la remarque : "Tu n'as jamais souri. Tu as l'air tellement en colère, tu as l'air horrible", lui a-t-il décoché, comme en témoigne l'actrice au Hollywood Reporter. Pourtant, quoi de plus normal qu'afficher un smile Colgate lorsque l'on incarne une tueuse en série à la vie tragique ? On passera sur le magnifique "tu as l'air en colère" qui rappelle à quel point les émotions jugées "négatives" effraient lorsque ce sont les femmes qui les abordent. Bon, l'on pourrait croire que Charlize Theron a rétorqué à ces jugements misogynes par un joli "fuck you", mais pas vraiment. Forcément secouée par toutes ces critiques, l'actrice a longtemps douté de ses choix.

Et s'est souvent demandé s'il était bon pour elle (et pour sa carrière) de prendre de tels risques. Avec des questions type "peut être que ai je été trop loin avec tout ça ?", se souvient-elle aujourd'hui. Ou comment miner la confiance d'une future Oscarisée... Mais le jeu en valait la chandelle. En pleine table-ronde, l'actrice loue les qualités de ce rôle "inhabituel" de femme "troublée et en colère". On imagine que la réalisatrice Patty Jenkins, aujourd'hui célébrée pour son Wonder Woman, peut en dire tout autant.

Force est de constater que quinze ans après la sortie de Monster, le nom de Charlize Theron suffit à fermer bien des clapets. Depuis, l'actrice s'est permise de bousculer les injonctions à la féminité en incarnant un autre rôle "inhabituel": la guerrière Furiosa dans le film Mad Max : Fury Road. Crâne rasé, méconnaissable, aux antipodes des diktats de beauté traditionnels, l'actrice s'érige en icone post-apocalyptique qui donne du fil à retordre à ses adversaires. Et oui, c'est encore une femme "en colère" et qui sourit peu, désolé messieurs. Jubilatoire.