Chers ex-gros, ne soyez pas plus royalistes que le roi !

Laurent Ournac sur Instagram
Laurent Ournac sur Instagram
Beaucoup de personnalités se sont récemment auto-félicitées de leurs importantes pertes de poids : si elles en sont heureuses, tant mieux pour elles ! Mais la tentation de virer "gourou healthy" n'est pas loin, et le phénomène est tout sauf bénéfique pour l'esprit body positive qui essaie de rendre la société plus tolérante...
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Récemment, les pertes de poids importantes de Laurent Ournac ou encore de Pierre Menes, ainsi que leurs déclarations à ce propos, ont fait couler beaucoup d'encre. Ce que chacun(e) décide de faire de son corps (le changer ou le laisser tranquille) est une décision qui ne concerne que la personne directement concernée. Certes. Et heureusement. Mais vouloir imposer l'idée que son choix est le seul valable, surtout lorsqu'on a l'aura d'une célébrité, admirée, respectée et écoutée par des milliers, des millions de personnes est tout sauf une bonne idée (oui Karl, on pense aussi à toi en disant ça).

Ces "ex-gros" qui changent de taille puis retournent leur chemise

Lorsqu'on entend Pierre Menes déclarer " je suis un gros qui n'aime pas les gros ", ça fait mal. Mal parce que c'est une sensation réelle lorsque l'on est " rond dans un monde carré ", lorsqu'on n'a pas encore choisi de prendre le chemin de la body positivity. Mais surtout mal parce que dans ce contexte de perte de poids, cette déclaration appuie publiquement la connotation négative associée au fait d'être gros, comme un criminel avouant son forfait pour faire table rase de son passé... et que la société est déjà suffisamment grossophobe sans ce genre de soutiens du camp initialement visé.

Laurent Ournac, a déclaré à propos de Gérard depardieu : "Je l'ai vu dans ce remake de DSK et de l'af­faire du Sofi­tel et en fait, je me suis dit que je n'ai pas envie de vieillir et de deve­nir aussi mons­trueux physique­ment. Quand il se met à poil et qu'il respire fort, on dirait une bête. Et là, je me suis dit : il faut que tu te reprennes en main." Monstrueux. Un adjectif qui pourrait tout à fait décrire le personnage incarné, ou le personnage public lorsqu'il est aviné et qu'il s'acoquine avec Vladimir Poutine pour payer moins d'impôts en France. Mais Laurent Ournac se rend-il compte de la portée de ses propos ? Tous les gros, toutes les grosses seraient-ils donc des monstres ?

À l'heure ou le fat shaming s'appuie sur " la santé " pour persécuter les personnes en surpoids ou obèses (dont la forme ne regarde qu'eux), il y va de la responsabilité des personnages publics de prendre des pincettes pour parler de leur expérience personnelle sur le sujet. Car faire la promotion dans les médias d'une opération aussi lourde que la sleeve gastrectomie (ablation de 70 à 80% de l'estomac, juste), comme l'a fait Ournac, alors que sa santé ne se portait pas mal, afin de connaître "un avenir meilleur" sans savoir ce qu'une telle intervention donnera dans 10 ou 15 ans est borderline irresponsable.

Des déclarations qui font flop...
Des déclarations qui font flop...

Des déclarations qui font flop...

Les " ex-rondes ", tristes icônes de la grossophobie intériorisée

Si le phénomène semble récent chez les hommes, qui subissent eux aussi les injonctions patriarcales d'êtres toujours plus grands, minces et musclés, il l'est beaucoup moins chez les femmes. On exige la minceur de ces dernières jusque durant leur grossesse, pour retrouver leur taille de guêpe dès la sortie de la maternité . Dans cette atmosphère, pas étonnant que le fait de devenir mince et de le rester soit considéré comme l'accomplissement ultime d'une vie de femme !

Il y a quelques jours, Chimène Badi confiait se sentir "libérée" après avoir perdu 35 kilos qui "l'encombraient". Grand bien lui fasse si elle se sent mieux ainsi. Pourtant, le fait qu'elle confirme que c'est "le regard des autres" dont elle souffrait prouve bien que le mal est ancré plus profondément. Comme dit l'activiste body positive américaine Jes Baker "Est-ce que la vie serait meilleure si j'étais plus mince ? Non. Mais elle le serait si je vivais dans une culture qui ne me faisait pas me sentir merdique parce que je ne le suis pas " Ce n'est pas simple, certes, mais la première étape est bel et bien de se rendre compte de l'origine de ce mal-être vis-à-vis du poids, en particulier chez les femmes.

Lorsque l'on voit Jenifer au bord des larmes en se revoyant " avec des joues " sur des images de sa participation à la première Star Academy, Amel Bent chanter les louanges de ses formes puis devenir ambassadrice Weight Watchers (idem, ou presque, pour l'américaine Jennifer Hudson), Marilou Berry si bien camper " Vilaine " puis déclarer texto que " être grosse c'est chiant " une fois amincie, on ne peut s'empêcher de se sentir un peu trahies, surtout lorsqu'on est ronde, en voyant nos icônes s'immoler publiquement, rentrer dans le moule, regretter symboliquement ou ouvertement " leur faute " d'avoir été grosse.

"Fat' is usually the first insult a girl throws at another girl when she wants to hurt her.
I mean, is 'fat' really the worst thing a human being can be? Is 'fat' worse than 'vindictive', 'jealous', 'shallow', 'vain', 'boring' or 'cruel'? Not to me."
"Fat' is usually the first insult a girl throws at another girl when she wants to hurt her. I mean, is 'fat' really the worst thing a human being can be? Is 'fat' worse than 'vindictive', 'jealous', 'shallow', 'vain', 'boring' or 'cruel'? Not to me."

"'Grosse' est généralement la première insulte qu'une fille balance à une autre lorsqu'elle veut la blesser. Mais est-ce qu'être 'gros' est vraiment la pire chose chez un être humain ? Est-ce que 'grosse' est pire que 'vindicative', 'superficielle', 'vide', 'ennuyeuse' ou 'cruelle' ? Pas pour moi" - J.K Rowling

Pourquoi ces discours sont-ils dangereux ?

Ces propos de " gros repentis ", bien que probablement formulés sans vouloir heurter qui que ce soit, restent des retours à la première personne sur des expériences personnelles. On a tendance à l'oublier. Ils ne sont en aucun cas une généralité ou un modèle à imiter absolument, mais leur portée nationale, ou internationale, leur confère souvent ce statut. Célébrités et autres people ont une responsabilité lorsqu'ils parlent publiquement, surtout d'un sujet aussi sensible.

Difficulté supplémentaire : les déclarations et comportements cités ici paraissent innocents à qui n'a pas été sensibilisé au sujet du fat shaming, et du body shaming en général. Cette grossophobie ordinaire, internalisée, est tellement ancrée dans la norme, le quotidien, qu'on ne la remarque plus. Et c'est justement pour cela que ces propos sont sournoisement dangereux aux oreilles de personnes déjà en mal-être face à leur miroir.

Ce discours teinté de culpabilité et de repentance est une gifle de plus renvoyant l'ensemble des personnes en surpoids ou obèses à leur unique statut de gros(se), de moche, d'indésirable qui doit vite, vite changer sous peine de ne jamais être accepté.

Chut.
Chut.

"Pourriez-vous me rendre un service ? Essayez donc de la fermer"

De la difficulté d'assumer toute différence, même au sommet de la gloire

Bien sûr, la difficulté d'aller à contre-courant dans une société d'image est difficile. Et les personnes citées plus haut, dans le feu des projecteurs de surcroît, ne sont que de simples mortels aussi sujets à l'erreur que les anonymes. Bien sûr, leur choix de changer en soi n'est pas critiquable. Ce qui l'est, c'est la manière dont ils en parlent dans les médias, alors que l'option de la body positivity est encore si peu visible, si peu encouragée, surtout en France.

Même Beyoncé, qui dénonce la dangerosité de la beauté unique dans " Pretty Hurts " et affiche son féminisme en grand aux VMA 2014 tient un double discours. Le fait qu'elle vante les mérites de l'alimentation végane pour ses propriétés amincissantes (et non ses valeurs éthiques fondamentales envers les animaux) ou encore qu'elle photoshoppe un thigh gap sur ses photos Instagram prouvent bien la difficulté de s'imposer face au diktat de la minceur. N'en déplaise à ceux qui trouvent que l'on a déjà " trop " de modèles grosses depuis que Tess Holliday est apparue sur le devant de la scène.

Et tu as raison, Nicki !
Et tu as raison, Nicki !

"J'en ai marre de cacher ma putain de cellulite !"

Loin de la grossophobie internalisée, quelques contre-exemples à suivre

Toutefois, quelques exceptions tiennent bon au pays des stars. On pense notamment à Lady Gaga qui a gentiment envoyé ses détracteurs sur les roses lorsqu'ils ont parlé des 11 kilos qu'elle avait pris en 2012 et qu'elle ne comptait pas reperdre parce qu'elle ne souhaitait plus se priver (" mangez, les enfants, la vie est trop courte "). Ou encore à Demi Lovato ou Kelly Clarkson, qui ont déclaré ne plus vouloir se battre contre leur corps, et apprendre à l'aimer tel qu'il est.

On pense également à une frenchie, Sonia Dubois, qui a avoué avoir regretté sa perte de poids (tout comme cette jeune intervenante de Ted Talk Allemagne qui raconte son parcours et ses déceptions), prouvant bien que le bonheur ne se mesure pas en kilogrammes. Ou à P!nk, simplement très musclée, qui renvoie régulièrement les trolls grossophobes (presse people américaine comprise) à la niche de tout son panache badass en leur rappelant qu'elle est " Fucking Perfect " !

Beth Ditto, Rebel Wilson, Amy Schumer, Melissa McCarthy, Lena Dunham, Adele, Christina Hendricks, Gabourey Sidibe, Kate Winslet... Elles sont nombreuses à défier la dictature de la taille zéro avec le sourire. Il suffit de voir le verre à moitié plein pour s'en rendre compte, et de zapper les discours grossophobes passifs-agressifs de tous les autres. Mais le mieux, quand même, ce serait vraiment que les ex-gros(ses) cessent de promouvoir l'industrie du régime avec autant de zèle ! À bon entendeur.

Vous êtes parfait.e.s !
Vous êtes parfait.e.s !

PS : Vous êtes parfait(e)s !