La droite rétrograde s'attaque à l'allongement du congé paternité

Allongement du congé paternité
Allongement du congé paternité
Alors que la réforme sur l'allongement du congé paternité avait été adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale, des sénatrices et sénateurs LR ont déposé des amendements pour restreindre le texte. Et les arguments avancés sont lunaires.
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L'avancée était certes a minima, mais au moins, elle avait été actée. Le 23 octobre dernier, l'Assemblée nationale avait voté en première lecture à la quasi-unanimité le doublement du congé paternité, le faisant passer de 14 à 28 jours. Mais cette réforme sociétale très attendue, qui devrait entrer en vigueur à partir du 1er juillet 2021, ne plaît pas à tout le monde, et notamment à une poignée de sénateurs LR (Les Républicains), déterminés à "assouplir" (comprendre miner) le texte, allant donc à l'encontre de leurs collègues députés qui y étaient favorables.

Ainsi, alors que le projet de loi de finances de la Sécurité sociale est examiné au Sénat depuis ce lundi (9 novembre), Le Parisien révèle que le groupe LR part à l'attaque en déposant des amendements visant notamment le caractère obligatoire des 7 jours du congé parental. L'un de ces amendements est porté par une femme, la sénatrice d'Eure-et-Loir Chantal Deseyne, et soutenu par 39 signataires.

"L'enfant a besoin de ses parents dans la relation d'attachement qu'il noue lors des premiers jours de sa vie. Toutefois, le congé obligatoire peut être compliqué à mettre en oeuvre dans certaines entreprises, notamment les TPE et les PME", expliquent les signataires de ce texte parfaitement réactionnaire, pointant le financement des trois premiers jours du congé paternité par les entreprises.

"Ce caractère obligatoire peut mettre en difficulté les entreprises mais aussi les jeunes pères qui n'ont pas envie de prendre ce congé", développe la sénatrice LR Chantal Deseyne auprès du Parisien. "A titre personnel, je trouve ça bien que les pères prennent ce congé, mais il n'y aura aucun bénéfice si c'est imposé. Certains pères sont très disposés à donner du temps à leurs enfants qui viennent de naître, d'autres n'en ont pas envie. Mes enfants et les vôtres sont-ils moins bien éduqués ou épanouis parce que leur père n'était pas avec eux lors des premiers jours de leur vie ?"

"Une nouvelle forme de discrimination à l'embauche pour les nouveaux pères"

Un argumentaire rétrograde qui va à l'encontre des aspirations de la jeune génération de pères. Comme le rappelait Christine Castelain Meunier, sociologue au CNRS, "l'immense majorité souhaite prendre un congé de paternité et cela fait partie de la hiérarchie de valeurs des jeunes générations masculines, avec cette volonté de ne pas sacrifier sa famille au travail." Car si actuellement, seuls 67 % des hommes y ont recours, "il y a une nouvelle hiérarchie de valeurs, la recherche de la qualité de vie et du mode de vie, des transformations dans les rapports femme-homme. Les hommes s'interrogent plus sur le ressenti dans les relations sexuelles, intimes, dans les rapports à l'enfant", expliquait-elle à Terrafemina.

Un changement de mentalité que ne semblent pas entendre les sénatrices et sénateurs Les Républicains. Ainsi, une autre parlementaire, la sénatrice de l'Isère Frédérique Puissat, qui a cosigné l'amendement Deseyne, en a déposé un autre visant à "restreindre l'allongement du congé paternité aux salariés en CDI ou d'un CDD minimum de six mois", relève Le Parisien.

La raison (lunaire) ? "Pour une TPE ou une PME, il est particulièrement nécessaire de pouvoir anticiper l'absence d'un de ses collaborateurs. De plus, pour éviter qu'il y ait une nouvelle forme de discrimination à l'embauche pour les nouveaux pères salariés de l'entreprise, il faudrait instaurer une présence minimale dans l'entreprise pour pouvoir bénéficier de ce congé."

Alors que la réforme du congé parental vise justement à éviter les discriminations à l'embauche des femmes, les sénatrices et sénateurs LR y voient une menace de discrimination pour les jeunes pères. Pour l'égalité femmes-hommes au travail, on repassera.

Des voix discordantes se font cependant entendre au sein du groupe. "Si on veut que les choses changent vraiment dans les pratiques, c'est nécessaire pour que l'activation du droit ne repose pas sur les individus", justifie ainsi la sénatrice des Alpes-Maritimes Alexandra Borchio-Fontimp, favorable aux 7 jours obligatoires.

A voir si ces amendements réactionnaires, reposant sur un visione outrancièrement patriarcale (Papa travaille/Maman pouponne), trouveront un écho au sein du Palais du Luxembourg.