Le message de Donald Trump aux femmes ? "Allez acheter un lave-vaisselle"

Donald Trump a encore brillé par sa subtilité rhétorique.
Donald Trump a encore brillé par sa subtilité rhétorique.
Dans cette photo : Donald Trump
Lors d'un rassemblement organisé au Nevada ce 18 novembre à l'ocasion de son "marathon" électoral, Donald Trump s'est servi d'un curieux argumentaire pour séduire son électorat féminin : celui du lave-vaisselle. Mais les saillies sexistes du président étonnent-elles encore vraiment ?
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Le saviez-vous ? Toutes les femmes aiment Donald Trump. Oui, même celles des banlieues, quand bien même elles affirmeraient le contraire. Pourquoi ? Parce que le président américain a "sauvé leur maison et leur communauté" (dixit l'artiste lui-même) en "purgeant leur lave-vaisselle". C'est bel et bien cet argumentaire qu'a employé le candidat républicain à l'élection présidentielle lors d'un rassemblement le 18 octobre dernier, dans l'Etat du Nevada.

Car en janvier déjà, Trump déclarait la guerre aux lave-vaisselle basse consommation : "Je vais approuver de nouveaux lave-vaisselle, qui donnent plus d'eau, pour que vous puissiez vraiment laver et rincer votre vaisselle sans avoir à le faire 10 fois", lançait-il à l'époque. Il y a quelques mois, de nouvelles procédures du département américain de l'énergie entendaient "moderniser" les exigences d'économie d'énergie sur des dizaines d'appareils électroménagers, tels que les lave-vaisselle.

Et ça, Donald Trump s'en gargarise : "Je me suis dit : 'quel est le problème avec cette chose ? Cela ne nettoie pas correctement la vaisselle !'", a-t-il lancé lors de ce nouveau meeting surréaliste. "Mais nous avons changé ça. Maintenant, vous pouvez acheter un lave-vaisselle, et l'eau sort. C'est beau, allez acheter un lave-vaisselle."

Une "révolution" qui fait dire au président : "Les femmes qui disent ne pas m'aimer m'aiment en vérité beaucoup", a-t-il poursuivi à seulement deux semaines des futures élections, fixées le 3 novembre. "Femmes de banlieue, veuillez voter pour moi. Je sauve votre maison. Je sauve votre communauté. Je garde votre taux de criminalité au plus bas.".

On l'imagine, ce n'est pas vraiment comme ça que Trump remplira son cahier des charges, à savoir "draguer" un électorat féminin qui pourrait en partie assurer sa réélection, alors que la crise du coronavirus lui a fait perdre bien des anciens soutiens. Depuis son arrivée à la Maison Blanche, le leader a déjà largement exploité un "feminism washing" décomplexé - c'est-à-dire un féminisme opportuniste et superficiel. Mais il n'y a pas grand-chose de "féministe" dans cette allégorie du lave-vaisselle censée séduire ses potentielles futures électrices.

Pire encore, pour la chaîne américaine CNN, Trump mènerait même une campagne "tout droit sortie de l'année 1954". Encore plus ringard que la présidence de Ronald Reagan donc. Ca fait mal.

Sexisme présidentiel

Trump et ses "propos de vestiaire".
Trump et ses "propos de vestiaire".
Dans cette photo : Donald Trump

Rhétorique d'autant plus laborieuse, observe encore CNN, qu'elle sous-entend que les citoyennes les plus précaires possèdent forcément toutes un lave-vaisselle au sein de leur foyer. D'un côté, cette idée n'est pas plus absurde que l'argument central : avec Donald, vos assiettes seront plus propres, alors votez Trump ! Un éventuel slogan mis au service d'un imaginaire vintage, "celui d'un monde à la Mad Men dans lequel les femmes seraient toutes des épouses épuisées qui se concentrent uniquement sur la lessive, la vaisselle et le repas chaud, avant que leur mari ne rentre à la maison après sa journée de labeur", ironise le média.

Réac, Donald Trump ? Si peu. Face à ces partisan·e·s du Nevada, il annonce enfin avoir mis fin à la criminalité dans les quartiers les plus critiques et, plus encore, les avoir "sauvés", comme le rapporte The Independent. Des assertions à la Superman qui correspondent bien au caractère vieillot de ce discours surréaliste. Surréaliste, mais surtout cynique. Raison de plus pour y répondre par le sarcasme. "Si Joe Biden gagne en novembre prochain, le chaos régnera : les plats ne seront pas lavés !", achève CNN sur le ton de l'humour. Mieux vaut en rire ?

Pour le politicien en tout cas, il sera toujours temps de pleurer. Comme l'avancent les récents sondages nationaux relayés par le New York Post, l'élection de 2020 devrait aboutir au plus grand écart entre les sexes en matière de préférence partisane observé... depuis que les femmes ont obtenu le droit de vote. En effet, l'avance moyenne de Joe Biden parmi l'électorat féminin serait de 25 points. Et pourrait carrément grimper à 28.

Alors qu'il foule du pied les terres de Pennsylvanie, le candidat républicain, en plein marathon, devra user de meilleurs arguments pour rattraper un retard que l'on estime déjà considérable. Rendez-vous le 3 novembre.