Le chien héroïque de Donald Trump est en fait une chienne (et ça lui pose problème)

Conan, chien ou chienne de l'année ?
Conan, chien ou chienne de l'année ?
Dans cette photo : Donald Trump
Dans la série des bévues de Donald Trump, le feuilleton de "Conan" ne manque pas de sel. Ce Malinois belge a été récompensé pour son courage par le Président des Etats-Unis. Puis il s'est avéré que le chien... était une chienne.
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Vous vous rappelez peut-être de Conan. Le 26 novembre dernier, le courage de ce chien des forces spéciales avait été applaudi et récompensé (médaille à l'appui) par le président Donald Trump, suite à l'opération militaire des forces spéciales menée en octobre dernier contre l'instigateur de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi. Un "coup" médiatique qui n'avait pas manqué de faire gloser les internautes. Jusqu'à ce que un retournement de situation suscite d'autant plus l'hilarité en novembre dernier : le chien... serait une chienne.

C'est tout du moins ce qu'a confirmé un responsable du ministère de la Défense au sein d'un rapport officiel émis par la Maison Blanche, évoqué par The Guardian. Conan, ce très beau Malinois belge, serait donc une femelle. De quoi épingler la misogynie du Président qui avait remis médaille et certificat au valeureux toutou. Sauf que... Une énième déclaration issue de la Maison Blanche est venue corriger le tir deux heures plus tard : c'est certain, Conan est un mâle et voilà tout. Une affirmation de nouveau contredite ensuite, par ABC News, qui n'en croit pas un mot.

Une "bête" polémique qui en dit long sur Donald Trump. Et qui a valu à Conan le doux nom de "chien héroïque gender-fluid" : un chien au genre fluide. Il n'en faut pas plus pour semer la discorde à Washington.

Le héros de guerre est une héroïne

Conan, le chien girl power.
Conan, le chien girl power.
Dans cette photo : Donald Trump

Cela fait des semaines que cette question du sexe alimente un véritable débat national (si si), entre médias, portes-parole de la Maison Blanche et responsables des forces spéciales américaines (les United States Special Operations Command). Comme l'énonce The Guardian, certains enquêteurs amateurs en viennent même à examiner... des photos de l'entrejambe du canidé. Et nombreux sont les internautes à voir en cette farce politique l'occasion parfaite pour railler le sexisme légendaire du président des Etats-Unis. Telle cette internaute, pour qui l'insistance du milliardaire démontre que "celui-ci n'acceptera jamais le fait que les femmes puissent être aussi fortes que les hommes : cela le dérange car Trump méprise les femmes".

Force est de constater que cette simple interrogation en dit effectivement long sur l'état d'esprit du Président. Aurait-il employé les mots "héros", "brillant" et "intelligent" à l'égard d'une chienne, comme il a pu le faire à l'égard de Conan ce 26 novembre ? Aurait-il applaudi sa "vitesse" avec le même enthousiasme ? Un "American hero" doit-il forcément être un mâle afin de coller aux fantasmes du leader ? Les interminables contradictions qui constituent ce débat suggèrent également que le spécialiste des "fake news" déteste avoir tort. Quitte à prêter à Conan un sexe qui n'est pas le sien ?

Pour la journaliste française Aude Lorriaux encore, ces démentis en série ne sont qu'un moyen de garder intacts "les préjugés virilistes de Trump". Une interprétation malicieuse. Car comme l'explique cette tribune du New Yorker, le genre est avant tout une affaire de construction sociale et de "performance". A travers cela, il est indissociable de nos jugements personnels. Un "biais de perception" particulièrement visible chez le président américain.

"Il est parfaitement compréhensible que Donald Trump suppose que Conan soit un mâle. Car comme la plupart des gens, il pense que tous les chiens - en particulier les gros chiens qui semblent suffisamment féroces pour menacer les journalistes - sont des mâles. Comme la plupart des gens, il suppose que tous les héros sont des hommes".

Et il faudra beaucoup de chiennes héroïnes pour bousculer ce "biais de perception"-là...