Un syndicat de gynécologues obstétriciens menace de faire la grève des IVG

Image d'illustration avortement
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Un syndicat de gynécologues obstétriciens, le Syngof, menace de faire la grève des avortements s'il n'obtient pas satisfaction auprès du ministère de la Santé à propos d'un fond d'assurance. Une menace qui créer un tollé.
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Il y a plein de manières de faire grève. On peut bloquer des trains, des péages, on peut défiler dans les rues de sa ville, occuper des ronds-points, mettre un brassard de couleur pour indiquer son désaccord. Pour faire grève, le Syndicat national des gynécologues Obstétriciens de France (Syngof) veut lui porter atteinte à un corps qui n'est pas le sien, le corps dont il pense pouvoir faire ce qu'il veut : celui des femmes.

Le syndicat n'est pas content de son système d'assurance, il fait donc pression sur la ministre de la Santé Agnès Buzyn pour être reçu et menace de faire "la grève des IVG" si sa demande n'était pas acceptée.

C'est ce qui a été signifié dans un mail à ses 1600 adhérent·es et révélé sur Twitter : "Dans la situation très dangereuse qui est la nôtre, nous devons faire scandale et être prêts à arrêter la pratique des IVG pour nous faire entendre."

Il est ajouté ensuite : "Préparez-vous donc à ce que le syndicat vous donne l'ordre d'arrêter les IVG si la ministre de la Santé refuse de nous recevoir. Nous demandons aussi un rendez-vos avec Marlène Schiappa pour qu'elle nous écoute avant, puisqu'elle fera un scandale si nous devons passer de la menace aux actes."

Le but du Syngof est donc bien de créer le scandale pour servir ses propres intérêts au dépend du droit fondamental des femmes à disposer de leur corps.

Des réactions en chaîne après la menace du Syngof

Dans un communiqué de presse, la ministre de la Santé Agnès Buzyn "souligne le caractère inadmissible de ces menaces destinées, d'après le communiqué du SYNGOF, à se de 'faire entendre', et qui vont à l'encontre du respect inconditionnel du droit à l'IVG garanti dans notre pays."

Elle "regrette également l'image faussée des médecins gynécologues obstétriciens de France que renvoient ces nouvelles déclarations inacceptable de la part d'un syndicat qui entend les représenter".

La ministre en appelle à la "responsabilité de chacun" et "insiste sur le fait qu'en aucun cas une telle prise en otage des femmes ne peut servir de levier de négociation ou de médiatisation de ce dossier que le ministère suit de très près."

L'Ordre des médecins déclare dans un communiqué, que "menacer de priver des femmes de l'accès à l'IVG est totalement contraire à la déontologie médicale" et "condamne fermement la menace du Syngof de demander à ses adhérents d'arrêter la pratique des IVG". "Une telle attitude serait en contravention claire avec les obligations déontologiques. Cela serait un acte inexplicable et injustifiable, aux conséquences potentiellement dramatiques."

Tandis que la polémique enflait en France, Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité était à New York à l'ONU, à une conférence sur les droits sexuels et reproductifs. Elle a déclaré en pleine conférence : "Ils [les membres du syndicat] ont raison de penser que je vais faire un scandale si ils mettent leurs menaces à exécution. Je crois que le simple fait que ces menaces puissent exister est une honte et est scandaleux en soit. Personne ne doit prendre en otage les femmes, instrumentaliser l'IVG ou le droit à disposer de son corps".

Les associations françaises de défense des droits des femmes s'alarment des difficultés d'accès à l'IVG et font part de leur colère.

Mettre le Syngof "hors d'état de nuire"

Ce n'est pas la premier fois que ce syndicat fait parler de lui pour ce type de positions. En septembre dernier, son président, Bertrand de Rochambeau, avait brandi sa clause de conscience pour expliquer le fait qu'il ne voulait plus pratiquer d'avortement.

Ce qui fait dire à des militantes qu'il faut mettre le Syngof "hors d'état de nuire". Anaïs Leleux qui est formatrice à l'égalité femmes-hommes et militante au sein des associations féministes Groupe F et Nous Toutes, a lancé un formulaire pour que ceux et celles qui le souhaitent puissent envoyer un mail automatique à l'Ordre des médecins, réputé très conservateur, pour l'alerter.

Dans ce mail est écrit : "J'en appelle à vous, en votre qualité de président du conseil national de l'Ordre des médecins, pour prendre les sanctions qui s'imposent contre le Dr Marty, mais aussi le président du Syngof, le Dr de Rochambeau, dont chaque nouvelle sortie sur l'IVG est une nouvelle violence à l'égard des femmes de ce pays, et Elisabeth Paganelli secrétaire générale du syndicat."

Le docteur Jean Marty est, selon le Syngof, le responsable de cette idée de grève, tout comme la gynécologue Elisabeth Paganelli, la secrétaire générale qui a cosigné le mail aux adhérent·es du Syngof.


En a peine 24h, plus de 2340 mails ont déjà été envoyés. Anaïs Leleux souligne sur Twitter : "L'Ordre des médecins, par cette action citoyenne, nous vous crions notre attachement au droit à l'IVG. Ne laissez pas des médecins prendre le corps des femmes en otage sans les sanctionner".

Ce jeudi 14 mars à midi, l'Ordre des médecins n'avait toujours pas répondu à cet appel.