7 façons de réinventer complètement l'éducation des garçons

Garçons et filles.
Garçons et filles.
Dans son très ludique "Et si on réinventait l'éducation des garçons ?", la sociologue Christine Castelain Meunier délivre un petit manuel bienveillant pour élever "des garçons libres et heureux". Une lecture très stimulante qui regorge de conseils éclairés.
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C'est un petit livre vert et blanc qui ne paie pas de mine, mais regorge de chemins de traverse pour entreprendre avec sérénité un long voyage : l'éducation des garçons. Sous la plume de Christine Castelain Meunier, sociologue au CNRS et à l'EHESS, ce trajet-là se fait sans encombres, et avec beaucoup de pistes. Invitation à reconsidérer le regard que l'on porte sur les garçons, les activités qu'on leur propose, mais aussi les préceptes qu'on leur afflige, Et si on réinventait l'éducation des garçons est une proposition ouverte adressée à tous les regards parentaux.

Au fil d'un texte aéré et limpide, cette spécialiste des questions de genre décrypte aussi bien les mécanismes de l'école que le mythe de la virilité, entremêlant sans confusion rôle des professeurs et compétition masculine, jeux de cour de récré et autorité parentale. Comment instruire mon garçon sans sombrer dans les clichés ? La masculinité ne risque-t-elle pas à tout moment de côtoyer la toxicité ? Et comment lutter dès son plus jeune âge contre les stéréotypes sexistes qui l'entourent ? Autant d'interrogations qui doivent forcément vous titiller.

Ce panorama ludique proposé par les éditions Nathan y rétorque en nous baladant aussi bien en Suède qu'en France. Un manuel pour "élever des garçons libres" - dixit l'intitulé - qui risque d'inspirer darons, daronnes et profs. Alors, comment (mieux) éduquer un garçon ? Petit tour d'horizon en sept prescriptions choisies.

Transmettre de toutes nouvelles valeurs

Arrêter de genrer les gestes et attitudes, c'est un peu la première grande leçon de ce petit manuel. On aurait tort de réduire le rôle du garçon à la bagarre et autres compétitions de cowboys. Au contraire, la sociologue met l'accent sur l'importance d'enseigner aux petits mecs la tendresse, la bienveillance et les pensées positives.

Les témoignages d'affection (comme les câlins) leur font comprendre que les émotions ne sont pas "girls only". Et que les garçons, eux aussi, peuvent pleurer, tout comme ils peuvent apprendre la danse. Plutôt que de dominer, Christine Castelain Meunier les incite à assumer ces affects qui génèrent encore trop de jugements.

Parler, parler, parler !

Si l'émotion est un langage à part entière, les mots comptent aussi dans cette redécouverte de la masculinité. Interroger le rôle que l'on vous assigne, ses comportements et ses certitudes, ne se fait pas sans parler, ou laisser l'enfant parler. Le respect d'autrui et de soi, notamment, peut s'enseigner en offrant aux enfants des espaces de discussion au sein de l'école ou de la famille, pour favoriser l'interaction.

Les garçons, oui, la virilité toxique, non !
Les garçons, oui, la virilité toxique, non !

Cette communication-là s'esquisse au creux des meilleures propositions pédagogiques d'Europe. En Norvège par exemple, elle tient une place certaine. Dans les écoles, écrit l'autrice, les matières portent aussi bien sur le bien-être et l'éthique que sur le respect de l'environnement, l'identité culturelle que la citoyenneté participative. Bref, on apprend aux garçons à porter sur eux leurs responsabilités mais aussi à chérir leur singularité.

A mi-chemin entre la conscience de son individualité et l'éveil au collectif. Mais ce n'est pas tout. Des cours de cuisine et de repassage sont aussi bien dispensés aux filles qu'aux garçons. Pour plus d'égalité à la maison.

Redéfinir (enfin) la virilité

Et si on réinventait la virilité ? Bousculer ce mot qui fâche, c'est faire comprendre aux garçons qu'ils peuvent tout à fait se défouler sans être "dominants", que la masculinité n'a pas à être synonyme de toxicité, et l'agitation d'imaginaire guerrier. Bref, repenser une virilité plus humaine et vertueuse (sens originel du latin "vir", rappelle l'autrice), qui ne consiste pas simplement à embêter les filles ou jouer au gros dur.

Sous les mots, les actes. En France, à Marseille plus précisément, cela fait déjà quinze ans que la compagnie de comédiens Kartoffeln intervient dans les collèges d'aborder des thèmes comme les violences faites aux femmes et l'inégalité salariale. Le but de l'opération ? "Libérer une parole encore trop chargée des mécanismes de la domination masculine", se réjouit la sociologue. Mais pas seulement.

Réécrire les codes permet également de rendre la vie des enfants moins anxiogène. Et d'en finir avec un "mythe de la virilité" (pour paraphraser la philosophe Olivia Gazalé) qu'il serait bon de redéfinir en l'épurant de "la culture phallique et du symbole obsolète et macho destructeur, violent, dominateur qui la cimente".

Les bons conseils de la sociologue Christine Castelain-Meunier.
Les bons conseils de la sociologue Christine Castelain-Meunier.

Tenter un brin de méditation

Comme Rome, la révolution des stéréotypes ne se fait pas en jour. On peut également agir par à coups. Par exemple ? La psychothérapeute Jeanne Siaud-Facchin, citée dans l'ouvrage, suggère de tester la méditation pleine conscience, zénitude adéquate pour nos enfants et ados. Dès l'âge de sept ans, exercices d'introspection et de détente font sens pour l'équilibre psychologique de nos chères petites têtes blondes.

Cette détente passe également par la culture. Se plonger dans un livre, en compagnie d'un adulte selon l'âge du garçon, permet cette relation plus saine à soi. "Il importe d'apprendre la lenteur, le silence, la solitude, la concentration grâce à la lecture", abonde l'autrice. Un certain regard porté sur le développement personnel.

Et un complément bienvenu aux sacro-saints jeux de ballons.

Leur enseigner l'empathie

Bienveillance, empathie, intelligence émotionnelle... Choisissez le terme que vous voulez, chacun convient aux dispositions pédagogiques valorisées par la sociologue. Et cela n'a rien d'abstrait. Saviez-vous qu'à l'école Jean-Baptiste Clément de Trappes, sans les Yvelines, on propose aux enfants des cours d'empathie ? Oui oui. Garçons et filles peuvent s'entraider en classe sans se faire gronder, corrigent mutuellement leurs dictées, sont encouragés par leurs professeurs à exprimer et accepter leurs émotions. La solidarité, alternative à la virilité.

Cette évolution des mentalités fait du bien à tout le monde, puisque la bienveillance ne s'envisage pas sans une attention aigue portée envers autrui. Les mots du psychologue Serge Tisseron l'énoncent clairement : "En entraînant l'enfant à adopter d'autres points de vue que le sien, on l'aide à construire sa curiosité de l'autre".

Désormais, l'empathie n'a plus rien de marginale. Dans la culture pop, des oeuvres déboulonnent volontiers les étiquettes de genre en privilégiant des masculinités sensibles, celles-là même que célèbrent les dernières pubs Gilette. Pour Christine Castelain Meunier, le succès du film Le Grand Bain de Gilles Lellouche témoigne de cette revisite - un groupe d'hommes y confesse ses failles et s'entraide dans le but de gagner un championnat.

La sociologue Christine Castelain-Meunier.
La sociologue Christine Castelain-Meunier.

Mélanger les jouets

Et si mélanger les jouets permettait de décloisonner les genres ? La question mérite d'être posée. En explorant Et si on réinventait l'éducation des garçons ?, on apprend que certaines crèches suédoises (la Suède, toujours) encouragent le mélange des livres et des jouets au sein des bibliothèques sans notion superficielle de "pour filles" ou "pour garçons". De quoi réjouir l'instigatrice du compte Pépite Sexiste.

"Nous ne nions pas le sexe physique, mais nous refusons le sexe social, c'est tout", explique en ce sens la directrice de la crèche Egalia, dans le quartier de Sodermalm. Comprendre, ces constructions qui cataloguent hâtivement dinettes et petites voitures, rose et bleu, chocolat et vanille, contes de fées et super héros. Ce n'est pas juste une question de disposition, mais d'éducation : l'autrice appelle ça "l'éducation indifférenciée".

Ne plus caricaturer les garçons

Avant de blâmer les garçons, blâmons d'abord les représentations qu'on leur accole. Pour Christine Castelain Meunier, ne pas faire perdurer jugements et clichés est la meilleure façon de ne pas les voir s'incarner. "Arrêtons de caricaturer les garçons, de les mettre 'dans le même sac' à coups de stéréotypes inversés par rapport à ceux qui caractérisent les filles :forcément étourdis, insouciants, désordonnés, agités, incapables de tenir en place, sales, imbus de leur personne", fustige l'experte.

Et si on se débarrassait de toutes ces étiquettes ?

D'autant plus qu'elles nuisent à la réelle complexité des garçons. Garçons qui se doivent aussi bien d'apprendre à écouter l'autre qu'à se concentrer, à quérir leur autonomie comme à assumer leurs sentiments. La sociologue trouve les mots justes pour qualifier cet équilibre de toute une enfance : "apprendre à apprendre". Comme une leçon dans la leçon au sein d'une vaste école dont les portes seraient d'ors et déjà ouvertes.

Et si on réinventait l'éducation des garçons ?, par Christine Castelain Meunier.
Editions Nathan, 125 p.