Société
Le "féministe" Eric Dupond-Moretti s'étonne des chiffres des violences faites aux femmes
Publié le 22 juillet 2020 à 12:31
Par Pauline Machado | Journaliste
Pauline s’empare aussi bien de sujets lifestyle, sexo et société, qu’elle remanie et décrypte avec un angle féministe, y injectant le savoir d’expert·e·s et le témoignage de voix concernées. Elle écrit depuis bientôt trois ans pour Terrafemina.
Ce mardi 21 juillet, le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti s'est étonné des chiffres des violences faites aux femmes divulgués par le député PS Hervé Saulignac. Pire, il en a questionné la véracité.
Le "féministe" Eric Dupond-Moretti s'étonne des chiffres des violences faites aux femmes Le "féministe" Eric Dupond-Moretti s'étonne des chiffres des violences faites aux femmes© Abaca
La suite après la publicité

Dimanche 19 juillet, Eric Dupond-Moretti en a surpris plus d'une. Lors de son intervention sur le plateau du journal télévisé de 20 heures sur France 2, le nouveau ministre de la Justice l'a énoncé sans détour : "Je suis féministe". La raison de cette déclaration pour le moins inattendue ? L'ancien avocat réagissait aux critiques des militantes après sa nomination, qui l'accusent d'avoir tenu des propos incompatibles avec la défense des droits des femmes.

Notamment en tournant en dérision l'emploi du terme "féminicide", rappelle L'Obs, en assurant que certaines femmes regrettaient de ne plus se faire siffler, ou en expliquant que si "le mouvement #Metoo a permis de libérer la parole et c'est très bien (...) il y a aussi des 'folasses' qui racontent des conneries et engagent l'honneur d'un mec qui ne peut pas se défendre car il est déjà crucifié sur les réseaux sociaux."

Pourtant, celui qu'on surnomme "EDM" le revendique : "J'ai dit que j'étais pour une égalité absolue des droits des hommes et des droits des femmes et notamment sur le domaine salarial, et sur cette question, je suis féministe et je le dis, sans avoir à rougir, je suis féministe." Vraiment ?

"Je ne sais pas d'où vous tenez ces chiffres"

Trois jours plus tard, lors de son audition par la commission des lois de l'Assemblée nationale, le Garde des sceaux a questionné la véracité des chiffres des violences faites aux femmes soulevés par le député PS Hervé Saulignac. Celui-ci interpellait l'interpellait sur la façon dont il comptait s'y prendre pour "réconcilier les Françaises avec leur justice". "93 000 femmes subissent des viols ou des tentatives de viol", rappelle l'élu de gauche. "1 000, c'est le nombre de condamnations prononcées chaque année pour ces crimes-là".

Sur l'estrade, Eric Dupond-Moretti rétorque : "Je ne sais pas d'où vous tenez ces chiffres. Je souhaite savoir comment on les obtient, ces chiffres, parce que c'est au fond assez curieux qu'autant de faits aient été avérés sans que des plaintes aient été déposées. Je n'ignore pas qu'un certain nombre de plaintes n'aboutissent pas, c'est une évidence. Ces chiffres-là me paraissent effrayants s'ils correspondent à une réalité, effrayants".

Il poursuit, visiblement peu informé sur le dossier : "Comment peut-on savoir qu'un viol a été perpétré s'il n'y a pas de plainte ? Si ces chiffres sont avérés, je suis véritablement inquiet."

Ces chiffres justement, sont issus d'une enquête réalisée par l'Insee, l'ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales) et le SSMSI (Service statistique ministériel de la sécurité intérieure), rapporte Franceinfo. Ils ont ensuite été repris dans la lettre de l'Observatoire national des violences faites aux femmes de 2017. En 2018, ils passaient à 94 000, poursuit le média.

Après interruption de la séance, le ministre de la Justice reviendra sur sa réaction, réalisant sans doute sa bourde : "J'avais mal compris : c'est 99% des viols supposés commis qui ne font pas l'objet d'une dénonciation." Reste à voir si, en plus de finir par croire ces chiffres glaçants, Eric Dupond-Moretti décidera d'agir concrètement pour éradiquer la réalité tragique qu'ils révèlent.

Mots clés
Société justice Violences femmes Viol News essentielles feminisme Politique
Sur le même thème
Cinéma : "Gloria !", un portrait de femme musical et audacieux qui fait rimer sororité et symphonie play_circle
Culture
Cinéma : "Gloria !", un portrait de femme musical et audacieux qui fait rimer sororité et symphonie
12 juin 2024
Violences conjugales : pourquoi "l'affaire Kendji" est bien plus qu'un fait divers "people" play_circle
Société
Violences conjugales : pourquoi "l'affaire Kendji" est bien plus qu'un fait divers "people"
26 avril 2024
Les articles similaires
"Beurette" : un terme abject employé, au calme, pour désigner Rachida Dati play_circle
Société
"Beurette" : un terme abject employé, au calme, pour désigner Rachida Dati
8 février 2024
Pour Miou-Miou, le cas Gérard Depardieu "relève de la psychiatrie" play_circle
Société
Pour Miou-Miou, le cas Gérard Depardieu "relève de la psychiatrie"
14 février 2024
Dernières actualités
"J'ai fait une fausse couche" : Eve Angeli brise un tabou et se confie sur "le choc" de sa vie
Santé
"J'ai fait une fausse couche" : Eve Angeli brise un tabou et se confie sur "le choc" de sa vie
10 juillet 2024
Et si Sandrine Rousseau était la future présidente de l'Assemblée Nationale ? play_circle
Société
Et si Sandrine Rousseau était la future présidente de l'Assemblée Nationale ?
9 juillet 2024
Dernières news