Chloé Zhao pourrait bien remporter, pour une seconde fois en quelques longs-métrages à peine, l'Oscar de la meilleure réalisation, pour son tout nouveau film, Hamnet, réinterprétation du mythe de Shakespeare (il n'y a aucune coquille dans le titre).
Et faire partie (de nouveau) des deux seules cinéastes à remporter un tel sésame ? Plus d'une décennie après le sacre de Kathryn Bigelow, seule autre lauréate de la statuette dorée.
On se souvient de la victoire historique de la réalisatrice en 2020 avec "Nomandland" où étincelle Frances McDormand. On s'interroge en retour : et si Hollywood ne connaissait qu'une seule femme cinéaste, à savoir Chloé Zhao ? 7 réalisatrices nommées en... 94 ans, oui oui, avouez que c'est peu !
Lina Wertmüller en 1976 (Pasqualino), Sofia Coppola en 2003 (Lost in Translation), Kathryn Bigelow en 2008 (Démineurs) Greta Gerwig en 2017 (Lady Bird), Emerald Fennell en 2020 (Promising Young Woman), Chloé Zhao en 2021 (Nomadland) et Jane Campion en 2022 (The Power of the Dog), Greta Gerwig de nouveau pour Barbie. Et aujourd'hui, Zhao de nouveau, ad lib, à croire qu'il n'existe que quelques femmes qui font du cinéma outre-atlantique.
Pourtant les éventuelles gagnantes du précieux prix ne manquent pas, quand on pense à de grosses claques comme Sorry, Baby d'Eva Victor (cinéaste, scénariste, comédienne), Kristen Stewart (autrice du choc The Chronology of Water avec Imogen Poots) ou Scarlett Johansson (Eleonor The Great, étonnante comédie dramatique teintée d'humour noir) et cela pour ne citer sur les plus célèbres et acclamées.
D'autres noms encore nous viennent en tête : Celine Song pour The Materialists, réalisatrice du merveilleux Past Lives, Lynne Ramsay pour Die, my love, avec Robert Pattinson et Jennifer Lawrence, Kathryn Bigelow pour The House of Dynamite, Rebecca Lenkiewicz pour le trop méconnu mais salué par la critique Hot Milk. Et on oublie des pépites indépendantes dans le tas. N'empêche, entre Dakota Johnson, le binôme cité plus haut, ou encore Emma Mackey dans le film de Lenkiewicz, ce ne sont pas les superstars qui manquent pour donner de la visibilité à des projets audacieux et très incarnés.
En 2020, l'organisation Women In Film taclait déjà l'Académie et son manque flagrant d'inclusivité et de représentativité par le biais d'un communiqué, et il faut croire que six ans plus tard les choses ne changent guère. Si ce n'est une notable visibilité de la communauté et de la culture afroaméricaine à travrs la sur-nomination salutaire de Sinners. Women in film observait de son côté une frilosité teinté de sexisme de la part de l'Académie.
Fustigeant : "Une fois de plus, les électeurs de l'Académie ont montré qu'ils n'accordent pas d'importance à la voix des femmes, en nous excluant des nominations au titre de meilleur réalisateur. Un Oscar est plus qu'une statue en or, c'est un accélérateur de carrière qui peut conduire à un travail continu et à une rémunération accrue. C'est pourquoi WIF continuera à plaider pour que le travail de réalisatrices talentueuses comme Women Talking de Sarah Polley, The Woman King de Gina Prince-Bythewood, She Said de Maria Schrader, Till de Chinonye Chukwu et Aftersun de Charlotte Wells, soit inclus."
Qui effectivement dit Oscar mais surtout nominations, dit boost économique et visibilité accrue pour les femmes qui décident à Hollywood, des réalisatrices aux productrices ! Si seulement la sélection était plus égalitaire, la société et l'industrie à leur tour, qui sait, commenceraient timidement à le devenir ?