"Je suis la fois de trop" : le court-métrage choc qui interpelle sur les féminicides

"Je suis la fois de trop", un court métrage choc et féministe !
"Je suis la fois de trop", un court métrage choc et féministe !
Comment dire l'urgence de la lutte contre les violences conjugales et les féminicides ? "Je suis la fois de trop" répond à cette grande question avec ironie et intelligence. L'un des courts-métrages choc du Nikon Film Festival 2020.
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Dans un jardin, une fille discute en compagnie de sa mère et de sa grand-mère. Toutes trois évoquent la situation dramatique de l'autre soeur de la famille, rouée de coups par son petit ami. "On lui avait dit qu'on aimait pas ce garçon...", déplore la mère d'une voix attristée. Plus le dialogue s'éternise, plus le sort de cette jeune femme violentée, évoquée mais hors-cadre, se fait nébuleux. Où est-elle aujourd'hui ? Est-elle seulement en vie ?

Je suis la fois de trop est certainement l'une des créations les plus engagées de cette dixième édition du Nikon Film Festival, focalisé cette fois-ci sur un thème bien particulier : "La génération". En phase avec ce sujet très inspirant, la comédienne et réalisatrice Diane Prost et la scénariste-dramaturge Laura Léoni décochent un film-choc sur un phénomène innommable qui plus que jamais doit se dire, si ce n'est se crier : la réalité ensanglantée des violences conjugales et des féminicides.

Un court-métrage d'utilité publique donc, pour nous tous, et nous toutes.

"Ces femmes sont seules"

"Je suis la fois de trop", un court-métrage féministe et virulent.

"J'avais envie de parler de femmes, et de femmes à l'intérieur d'une famille. J'ai fait des propositions à Laura Léoni et c'est elle qui a avancé l'idée de parler des violences conjugales, et de comment ces terribles événements pouvaient se gérer", nous explique Diane Prost. Dont acte : Je suis la fois de trop passe au crible les réactions ordinaires suscitées par ce genre de tragédies (dont le fameux "comment on a fait pour rien voir ?"). Mais son écriture, son ton et son ambiance décontenancent vite le public. Les féminicides sont abordés autrement, avec gravité bien sûr, mais sans craindre l'ironie, forcément grinçante. L'idéal pour libérer la parole.

"Ce que l'on souhaite c'est que ce sujet ne soit plus tabou, que ces femmes osent parler", poursuit en ce sens la réalisatrice. Malgré l'actualité du Grenelle des violences conjugales initié par Marlène Schiappa et l'urgence de la lutte (pour protéger les victimes), les féminicides demeurent l'expression d'une oppression qui, évidemment, ne date pas d'hier. Diane Prost et Laura Léoni le démontrent avec justesse en réunissant à l'écran trois générations de femmes. Ensemble, ces protagonistes débattent des différences (forcément trompeuses) entre leurs époques - leurs mentalités, leurs féminités.

Alors, c'était mieux avant ? Pas vraiment, non. "Les femmes des générations précédentes avaient tendance à se critiquer entre elles, et surtout défendaient les hommes plutôt que les femmes", constate la réalisatrice, avant de poursuivre : "Et ce sont d'ailleurs très souvent les femmes des générations précédentes qui disent : 'Il y a des hommes qui meurent, ne les oublions pas!'. Alors que dans plus de 85% des cas, ce sont des femmes qui meurent. C'est à elles que j'ai envie de poser la question : 'Pourquoi, vous, vous oubliez les femmes? Pourquoi ne les défendez-vous pas ?'".

"Je suis la fois de trop"
"Je suis la fois de trop"

A l'inverse aujourd'hui, les protestations s'élèvent. Et résonnent, par dizaines de milliers, le long des rues. Et même sur les murs, où l'on en finit pas de "compter nos mortes". "Il y a un réel changement. On parle de sororité, les femmes sont ensemble, se soutiennent, s'écoutent plus et se jugent moins", s'enthousiasme la cinéaste.

Solidarité et révolte s'embrassent. "On sert à quoi au juste ? On est pas censées se protéger ?", déclare d'ailleurs la fille à sa mère. Cette nécessité de sororité, Je suis la fois de trop en fait, par son "twist" final décapant, un besoin littéralement "vital". Le message est percutant, et puissamment féministe.

Cette chute inattendue, nous l'imaginons dédiée aux "149 de 2019" évoquées par le pitch du film. Comprendre : les 149 femmes tuées par leurs conjoints ou ex-conjoints l'an passé. Par-delà ce devoir de mémoire, ce court-métrage d'une cinglante subtilité s'adresse à toutes celles "qui ont peur, honte de parler, se sentent coupables et qui, quand elles osent aller voir la police, se retrouvent parfois face à des murs d'incompréhension", détaille la réalisatrice. A toutes nos soeurs, donc. Depuis les prémices de l'année 2020, on dénombre déjà cinq cas de féminicides en France. Raison de plus pour faire résonner la voix des victimes de violences. Avec fracas. Et Diane Prost de conclure : "Ces femmes sont seules. Il ne faut plus qu'elles le soient".

Dans le cadre du Nikon Film Festival, les internautes pourront voter pour le ou les films de leur choix en cliquant sur le bouton "soutenir ce film".

- Si vous êtes victime ou témoin de violences conjugales, appelez le 3919. Ce numéro d'écoute national est destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels concernés. Cet appel est anonyme et gratuit 7 jours sur 7, de 9h à 22h du lundi au vendredi et de 9h à 18h les samedi, dimanche et jours fériés.

- En cas de danger immédiat, appelez la police, la gendarmerie ou les pompiers en composant le 17 ou le 18.