La plaidoirie sexiste de l'avocat de Georges Tron ne passe pas

Eric Dupont-Moretti en 2015
Eric Dupont-Moretti en 2015
Alors que George Tron a été acquitté ce jeudi 15 novembre des accusations de viol et d'agressions sexuelles, les propos violents et sexistes à l'encontre des plaignantes de son avocat Eric Dupond-Moretti font réagir. Un discours qui sent le rance.
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Georges Tron, actuel maire de Draveil (Essonne), a été acquitté des accusations de viols et d'agressions sexuelles sur deux employées de la mairie. Celui qui a été un éphémère secrétaire d'État chargé de la fonction publique entre 2010 et 2011, était accusé par Virginie Ettel et Eva Loubrieu de leur avoir imposé des attouchements et des pénétrations digitales entre 2007 et 2010.

Elles accusaient également l'ajointe de Georges Tron, Brigitte Gruel, des mêmes faits. Cette dernière a aussi été acquittée. Les accusés ont été acquittés au bénéfice du doute, mais la cour d'assise dans ses motivations reconnaît qu'ils "ont bien participé à des ébats sexuels en présence de tiers [...] dans un climat général hypersexualisé".

Un verdict très mal accueilli par les associations féministes :

Au-delà de ces acquittements, ce qui choque aussi, ce sont les propos d'Eric Dupond-Moretti, avocat de Georges Tron, pendant sa plaidoirie à la fin du procès. Il s'en est pris à l'Association Européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) : "C'est bien que la parole des femmes se libère, mais vous préparez un curieux mode de vie aux générations futures", a-t-il déclaré. "Mesdames et messieurs les jurés, si votre fils touche le genou d'une copine dans sa voiture, c'est une agression sexuelle, ça ?"

A l'entendre, ce grand avocat français, souvent invité sur les plateaux de télévision pour son expertise, a sûrement besoin d'une remise à niveau sur ces sujets. C'est ce que déplore Marylin Bladeck de l'AVFT, dans un entretien donné au site de France Info : "Cette posture de défense archaïque est dépassée et devrait figurer dans un musée de la défense pénale des agresseurs sexuels."

Dans sa plaidoirie, Dupond-Moretti s'est souvenu avec émotion "'des slows', à l'époque où il était jeune homme, dans les boîtes de nuit". On peut imaginer qu'il a tout essayé pour acquitter son client, y compris de jouer sur des stéréotypes éculés et sur la corde sensible de la fameuse "liberté d'importuner".

L'avocat pénaliste n'a sans doute pas compris le consentement quand il dit : "À 30 ans, on n'est pas une potiche incapable de dire non à un homme qui vous prend le pied."

Encore une fois, cet argument vient d'un homme qui en défend un autre et qui utilise tous les arguments mis à sa disposition pour obtenir un acquittement, même si comme le rappelle Marylin Bladeck, "dans ce contexte précis, le consentement doit être regardé de manière suspecte. Je ne me contente pas de l'asséner mais je renvoie à 50 ans de recherche en psychologie."

Pour l'éditorialiste Jean-Michel Apathie sur Europe 1, Eric Dupond-Moretti défend avec "un monde qui est en train de disparaître".

Parce que l'avocat a également usé d'un argument que l'on peut démonter, celui de la femme vénale et en quête de pouvoir : "Une starlette par exemple qui veut réussir et se dit : 'Je vais coucher', c'est de la promotion canapé'[...] Il y a des hommes prédateurs, peut-être, mais aussi des femmes qui sont attirées par le pouvoir, qui aiment ça".

On rappelle quand même que très peu d'accusés de viol sont condamnés. En revanche, la vie de celles qui dénoncent tourne parfois à l'enfer.

Concernant les plaignantes, il les a qualifiées "d'incohérentes" et de "manipulatrices". En se tournant vers les parties civiles, il a souligné la "patience" de Georges Tron, ajoutant : "Moi, je vous sauterais à la gorge."

La violence de cette plaidoirie envers les féministes, les associations de défense des femmes mais également contre les plaignantes elles-mêmes fait dire à Raphaëlle Remy-Leleu, porte-parole d'Osez le féminisme : "Quand on porte un discours #antiféministe crasse, rien d'étonnant à obtenir en retour des critiques politiques & féministes. Nous ne sommes pas là pour servir de paillasson à M. Dupond-Moretti. L'incidence de ses paroles sur la #cultureduviol devrait être réfléchie." Parce que c'est effectivement de culture du viol dont il s'agit.

Un appel de cette décision de la cour d'assises est possible. Une décision qui serait, selon Eric Dupond-Moretti, "un appel de vanité et d'orgueil".