Toute honte bue, Gérald Darmanin joue la carte de la victime

Toute honte bue, Gérald Darmanin joue la carte de la victime
Toute honte bue, Gérald Darmanin joue la carte de la victime
Le nouveau ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, se plaint de la "chasse à l'homme" et de la "calomnie" dont il serait, selon lui, victime. De son côté, Marlène Schiappa, ex-secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes, vole à son secours.
A lire aussi

Face aux accusations, Gérald Darmanin choisit la victimisation. Lors d'une interview au micro d'Europe 1, jeudi 16 juillet, le nouveau ministre de l'Intérieur est revenu sur l'enquête dont il fait l'objet, et la colère - justifiée - qui gronde suite à sa nomination.

Rappel des faits : le désormais premier flic de France est visé par des accusations de viol, harcèlement sexuel et abus de pouvoir. Dramatique, quand on sait que les violences sexistes et sexuelles sont en recrudescence, et que 60 % des femmes qui viennent porter plainte sont confrontées à un refus ou à un découragement de ladite plainte.

En 2017, il a été accusé de viol par Sophie Patterson-Spatz, qui l'avait sollicité en 2009, lorsqu'il était chargé de mission au service des affaires juridiques de l'UMP, pour tenter de faire annuler une condamnation de 2004 pour chantage et appels malveillants contre un ex-compagnon, précise l'AFP.

Elle explique s'être sentie contrainte de "passer à la casserole" pour obtenir son soutien. Gérald Darmanin aurait même dit, en posant une main sur la sienne à la fin de leur entretien : "Il va falloir m'aider vous aussi", rapporte Les Inrocks. De son côté, l'accusé reconnaît bien avoir eu une relation sexuelle avec cette femme, mais selon lui, "librement consentie". D'abord classée sans suite, la procédure a été relancée début juin 2020 par la cour d'appel de Paris, qui a demandé une réouverture de l'enquête.

Quand "chasse à l'homme" rime avec grosse promotion

Depuis le 6 juillet, Gérald Darmanin a quitté le ministère de l'Action et des Comptes publics pour prendre ses fonctions Place Beauvau. Grosse promotion. Pourtant, à l'écouter, le politicien serait "victime d'une chasse à l'homme". "Je fais l'objet d'une calomnie", lance-t-il jeudi 16 juillet lors d'une interview sur Europe 1. "Je ne souhaite à personne d'être accusé à tort et je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d'être victime de la chasse à l'homme dont je suis l'objet".

"Osé pour quelqu'un qui vient d'être nommé ministre de l'Intérieur et élevé au 7e rang du gouvernement", relève très justement Libération. Le ministre va plus loin. Il évoque une tentative presque calculée "d'affaiblir" le pouvoir en place. "Pour des raisons politiques – je vois Mme Dati, Mme Pécresse –, on cherche à affaiblir le gouvernement du président de la République", affirme-t-il, faisant référence à la tribune publiée dans Le Monde la veille dans laquelle Rachida Dati le charge, soutenue par la présidente de la région Île-de-France.

"Quel message adressé aux victimes quand on sait le rôle de la police dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, notamment dans la réception des plaintes et la conduite des enquêtes ?", s'y indignait l'ancienne Garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy. "Je souscris aux propos de Caroline De Haas quand elle affirme que le seul crime pour lequel on accepte cela est le viol".

La défense de Marlène Schiappa

Qu'en dit l'ex-secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes ? Marlène Schiappa, aujourd'hui ministre déléguée chargée de la Citoyenneté auprès du ministre de l'Intérieur, brandit la présomption d'innocence pour justifier la nomination de son nouveau chef. "La justice s'est déjà prononcée et le dossier a été rouvert pour une question de procédure", balaye-t-elle sur LCI, le 16 juillet, dégainant les arguments de la défense.

Au journaliste qui insiste en notant l'incompatibilité entre son combat féministe et l'accusation de viol de Gérald Darmanin, elle réplique : "Ça veut dire que demain, je peux déposer une plainte contre vous pour viol et, peu importe le rendu de la justice, vous n'aurez plus le droit de travailler ?".

Et embraye, piquée au vif : "Je suis féministe depuis toujours, toutes mes actions l'ont prouvé. J'étais féministe quand ce n'était pas la mode. Etre féministe, ce n'est pas un accélérateur de carrière. J'ai été présidente d'association, j'ai écrit une vingtaine de livres, Je n'ai de leçons de féminisme à recevoir de personne. C'est indécent de poser ce type de questions, ça me touche parce que c'est infondé." Et celle qui assure avoir eu une discussion de "femme à homme" avec l'accusé de conclure : "Je n'appartiens à personne (...) à aucun parti politique de gauche".

Seulement pour maître Elodie Tuaillon-Hibon, l'avocate de la plaignante Sophie Patterson-Spatz, Marlène Schiappa a tort. Elle fustige auprès de Libération : "Ce n'est évidemment pas qu'une question de procédure. La chambre d'instruction a estimé qu'il n'était pas normal qu'un non-lieu soit rendu dans ces conditions, sans que l'affaire ne soit instruite, sans que ma cliente ne soit même reçue ! Elle a reconnu, implicitement, un déni de justice."