Marlène Schiappa chez Hanouna : "On ne sait plus vraiment ce qu'elle représente"

Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes et à la Lutte contre les discriminations
Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes et à la Lutte contre les discriminations
Dans cette photo : Marlène Schiappa
Marlène Schiappa sera co-présentatrice de "Balance ton post" avec Cyril Hanouna ce vendredi 25 janvier. Elle débattra des problématiques des Gilets jaunes. Mais qu'en est-il de l'égalité entre les femmes et les homme et de la lutte contre les discriminations ?
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Tout le monde en aura parlé toute la semaine. Marlène Schiappa sera dans l'émission Balance ton post qui sera diffusée ce vendredi 25 janvier à 22h10 sur la chaîne C8.

Introduite dans un communiqué de presse lundi comme une "co-présentation", la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et hommes et à la lutte contre les discriminations animera le débat avec "ses paperboards et ses crayons". Elle ira au titre de sa charge de la "démocratie-citoyenneté du débat pour la République en marche".

Suite à cette annonce et à la présence de Marlène Schiappa en première ligne pour défendre la politique du gouvernement attaquée par les Gilets jaunes, des questions se posent sur son rôle au sein du gouvernement.

Plus que secrétaire d'État en charge de la "Grande cause du quinquennat" qui était supposée être la lutte pour l'Égalité, Marlène Schiappa ne serait-elle pas quasiment devenue porte-parole, au même titre que Benjamin Griveaux ? Peut-elle être sur tous les fronts ?

"Où est ma secrétaire d'État ?"


Alice Coffin, directrice média pour la Conférence Européenne Lesbienne, s'interroge sur le rôle de Marlène Schiappa : "Pour moi, le souci, c'est que j'ai l'impression, et elle a totalement le droit, que Marlène Schiappa est devenue porte-parole du gouvernement sur le dossier Gilets jaunes. Moi, en tant que militantes lesbiennes et féministes, mon problème est : où est ma secrétaire d'État aux droits des femmes et à la défense des lesbiennes ?"

De fait, la militante se demande "qui s'occupe des dossiers de la situations des femmes et des lesbiennes françaises. Il y a énormément de dossiers en souffrance. Je conçois que le gouvernement ait à s'occuper des Gilets jaunes, mais dans ce cas-là, il faut quelqu'un d'autre. C'est suffisamment important comme dossier pour qu'on ait quelqu'un à temps plein sur le dossier des femmes et des LGBT."


Engagée sur le droit à la procréation médicalement assistée pour les lesbiennes, Alice Coffin est fatiguée de la lenteur du gouvernement sur le sujet mais aussi sur celui des droits des femmes : "Le dossier PMA pour les lesbiennes n'avance pas, c'est une catastrophe. Il y a des meurtres de femmes, ça continue. Sur #MeToo, la France est toujours aussi en retard. Déjà qu'elle n'était pas ministre, alors il faut qu'elle soit à temps plein au secrétariat d'État. Il faut une clarification. Si le gouvernement veut qu'elle soit sur les gilets jaunes, très bien mais on nomme quelqu'un d'autre à son secrétariat d'État."

Si elle dénonce le sexisme et l'homophobie des émissions de Cyril Hanouna, elle n'est pourtant pas aussi "remontée" que certaines militantes sur ce point en particulier : "Le caractère homophobe de l'émission d'Hanouna a été pointé par un rapport de l'association des journalistes LGBT qui avait regardé l'émission pendant un mois. Et cela avait été démontré que l'homophobie y était un système. Mais je ne suis pas autant remontée que toutes ces réactions très en colères sur cette présence. Avant l'étude sur Hanouna, il y avait eu une étude sur les émissions de Laurent Ruquier, Yann Barthès... Et le principe de ces émissions, comme celle d'Hanouna, est de faire du buzz sur le dos des minorités, de se foutre de la gueule des femmes et des homosexuel·les. Cyril Hanouna est loin d'être le seul."


Elle pointe d'autres émissions à fortes audiences : "Quand on voit ce qui a eu lieu samedi soir chez Laurent Ruquier avec Miss France, il a fait une blague épouvantablement sexiste et misogyne, et c'est tous les samedis qu'il fait ça... Et il y a des politiques, y compris le Premier ministre qui vont chez lui sans que ça provoque toute une histoire. Je comprends, mais je ne me joins pas à la condamnation, même si je vois ce qui peut poser problème [...] Il y a des émissions épouvantables, comme celle d'Alain Finkielkraut chez France Culture, Ruquier, Pascal Praud."

Un"choix des priorités" qui fait douter

De son côté, le cabinet d'Hélène Bidard, adjointe à la Maire de Paris chargée de l'égalité femmes-hommes, fait savoir qu'elle "juge cela sévèrement car elle met en relation ce choix de priorité avec un bilan plus que mitigé du gouvernement Philippe et du Secrétariat d'État sur les violences faites aux femmes, pourtant Grande Cause nationale."


Dans un tweet paru en début de semaine, Hélène Bidard se posait aussi des questions : "Le vrai débat dans le débat sur le débat : où en est la Grande Cause nationale sur les violences faites aux femmes ? Depuis #Metoo, les associations et services publics sont débordés. Apparemment, pas la secrétaire d'État à l'Égalité."

"L'enjeu de l'émission est de faire du buzz, du sensationnel, de l'audimat"


Fatima Benomar de l'association féministe les efFRONTé-e-s trouve "regrettable qu'une secrétaire d'État à l'Egalité femmes-hommes veuille arbitrer un tel débat via une émission de divertissement dont le HCE (Haut Conseil à l'Égalité Femmes-Hommes) vient de rappeler qu'elle a été maintes fois épinglée pour de graves incidents sexistes et homophobes, dont une agression sexuelle commise en direct par Jean-Michel Maire, ou encore plus récemment de la désinformation massive envers les jeunes en prétendant qu'avoir un rapport sexuel avec sa copine endormie ne serait pas un viol conjugal."


Elle déplore également le fait que "Cyril Hanouna fasse de son rapport au CSA un running gag, se gaussant du fait qu'il doive leur verser de temps en temps des sous du fait des scènes de violences qui se déroulent sur son plateau. Je n'appelle pas au boycott de l'émission pour autant, mais à une réelle remise en question publique de l'équipe de Touche pas à mon poste et de Balance ton Post sur l'impact qu'ils ont sur des millions de jeunes et de moins jeunes qui peuvent se sentir autorisés à commettre des violences sexuelles et sexistes, face à une telle dédramatisation."


La porte-parole des efFRONTé-e-s se demande "quel contrôle peut-on avoir sur l'authenticité des points à traiter à propos de la crise des Gilets Jaunes, quand l'enjeu de l'émission est de faire du buzz, du sensationnel, de l'audimat ?

"Au contraire, la place de Marlène Schiappa est de porter auprès du gouvernement les revendications des femmes Gilets Jaunes. Elles sont connues." dit-elle en évoquant la plus grande précarité des femmes dans le monde du travail.

"Elle ne respecte pas sa fonction"


Pour autant, elle défend Marlène Schiappa dans les attaques qu'elles a pu subir notamment de Christian Estrosi qui a déclaré cette semaine : "Si Le Journal du hard existait encore, peut-être que madame Schiappa irait !".

"Je condamne sévèrement le déchaînement sexiste qui consiste, dans la bouche de Christian Estrosi par exemple, à sous-entendre qu'elle aurait voulu co-animer ce débat via Le Journal du hard. Il est hélas usuel, quand on s'en prend à une femme politique, de la pornifier pour la dégrader, de la ramener à la figure prostitutionnelle, alors qu'il n'y a aucun lieu en l'occurrence."

Si elle est critiquée pour son éparpillement dans les débats nationaux, Marlène Schiappa l'est aussi sur la défense des droits des femmes à l'international.

Clarence Rodriguez, journaliste qui se bat pour la libération de militantes des droits humains en Arabie saoudite, est dubitative quant à son rôle au sein du gouvernement : "Elle parle de beaucoup de choses, sauf de ce pourquoi elle a été nommée : secrétaire d'État à l'Égalité et la lutte contre les discriminations. On se rend compte que depuis quelques temps, elle ne respecte pas la fonction. Je l'interpelle concernant ces femmes saoudiennes."

Elle aussi s'interroge : "Le militantisme ne s'arrête pas aux frontières de l'Hexagone. Et là, je m'interroge quant à sa fonction. Est-ce qu'elle est secrétaire d'État ou porte-parole du gouvernement ? On ne la voit plus dans ce rôle de militante des droits des femmes. Je trouve qu'elle brouille l'image. On ne sait plus vraiment ce qu'elle représente. Elle a un secrétariat d'État assez important et elle va dans une émission où Cyril Hanouna a été épinglé par le CSA pour homophobie et sexisme. Est-ce qu'il y a une relation entre les valeurs qu'elle défend et ce qu'elle présente sur cette chaîne ? Elle va où elle veut, mais ne perdons pas de vue les valeurs même qu'elle doit défendre dans son ministère."


Alors que le Canada s'est fortement positionné sur la défense des droits humains en Arabie saoudite, quitte à rompre ses liens diplomatiques, Clarence Rodriguez rappelle Marlène Schiappa à ses fonctions : "Je souhaite du fond du coeur la rencontrer et qu'elle s'investisse vraiment ce pourquoi elle a été nommée, c'est-à-dire la défense des droits des femmes. Et le sujet des Saoudiennes est un sujet qu'elle doit prendre à bras le corps."