Harry Styles en robe en Une de "Vogue" ? Les adeptes de la masculinité toxique bondissent

Harry Styles en Une du magazine de mode "Vogue".
Harry Styles en Une du magazine de mode "Vogue".
Ce sont les photos people les plus inspirantes de la semaine, peut-être du mois. Avec une classe qui force le respect, le chanteur britannique Harry Styles s'est affiché en une du célèbre magazine de mode "Vogue"... vêtu d'une robe. C'est stylé, mais ça ne plaît pas à tout le monde.
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On connaissait déjà le goût du chanteur britannique Harry Styles pour la transgression des genres. Des genres (musicaux) qui s'enlacent dans son stimulant album pop Fine Lines à son usage chic et choc du maquillage : sur les réseaux sociaux, le jeune homme revendique effectivement le port du vernis à ongles. De quoi inspirer bien des stars et des garçons qui se contrefichent du sempiternel "c'est pour les filles".

Et c'est pourtant cette rengaine qui résonne suite aux derniers éclats médiatiques du musicien et chanteur. A savoir, une Une du magazine de mode Vogue où celui-ci pose, faussement nonchalant, vêtu d'une robe. Pas si étonnant pour qui connaît ses audaces fashion habituelles. Surtout que les vêtements dits "féminins" portés par des mecs, ce n'est pas nouveau. En France notamment, la marque Sous les jupes des hommes propose de soyeux tissus spécialement à cet effet. Et le textile d'élégamment déboulonner bien des constructions trop passéistes.

Mais il faut croire que le message n'est pas passé pour tout le monde. En témoignent les réactions à la Une de Vogue, dont celles de la commentatrice conservatrice Candace Owens, relayées par Jezebel : "C'est la preuve d'une féminisation progressive des hommes, une attaque pure et simple [à la virilité]. Ramenez les hommes virils ! [...] Des termes tels que 'masculinité toxique" ont été créés par des femmes toxiques". Un discours aussi cohérent qu'un tweet de Trump. Hélas, bien des mecs semblent penser comme Owens.

Le politicien républicain Ben Shapiro par exemple, pour qui "prétendre que les hommes s'habillant comme des femmes ne féminisent pas les hommes est ridicule". A l'écouter, cette féminisation serait même... de la propagande gauchiste pure et dure. "La gauche en est consciente, bien sûr. Le but derrière cette séance photo est de féminiser la masculinité", poursuit le conservateur. On est pas sortis de l'auberge.

La masculinité (a) de l'avenir

Pourtant, cette couverture devrait susciter l'enthousiasme. Solaire, elle en appelle à une redéfinition du "mythe de la virilité", pour reprendre les mots de la philosophe Olivia Gazalé. En privilégiant une approche plurielle et diverse de l'identité - avec la mode comme outil - Harry Styles nous suggère de déboulonner l'étroitesse d'esprit et la toxicité qui, bien souvent, s'insinuent au sein de la masculinité et de ses stéréotypes puérils, des attitudes individuelles aux "boys club". Comme un "trouble dans le genre" qui ne nie pas la masculinité, mais la revisite.

Or, pour ses détracteurs, la posture de l'ex-star du groupe One Direction ne peut s'envisager autrement que comme une invasion du féminin sur le masculin. Une approche binaire, et surtout belliqueuse, moins viriliste que patriarcale : cette crainte de voir la masculinité redéfinie émane autant des paroles masculines que des paroles féminines. Une simple robe peut-elle mettre à mal des injonctions ancestrales ? C'est ce que semblent avancer les paroles les plus réactionnaires.

Or, le port de la robe est au contraire un grand signe d'espoir féministe. Instigatrice du podcast "Les couilles sur la table", Victoire Tuaillon pourrait nous expliquer pourquoi. Dans son livre éponyme, l'autrice nous rappelle que "la virilité traditionnelle est une entreprise aussi mutilatrice que l'assignation à la féminité" (pour reprendre les mots de l'écrivaine et militante Virginie Despentes) mais aussi que le féminisme "n'est pas une guerre contre les hommes mais une lutte contre ces structures qui permettent à la domination masculine de perdurer".

Soit l'inverse des propos acerbes qui voient en cette robe "au masculin" le signe d'un conflit entre les sexes ou d'une victoire redoutée de l'un sur l'autre. Harry Styles, de son côté, en appelle à une union révolutionnaire.

Heureusement, les réactions positives ne manquent pas, comme le démontrent les commentaires qui inondent la page Instagram de la revue fashion. Et les voix anonymes se réjouissent à l'unisson : "Vogue vient de sauver 2020", "Si fier !", "C'est une source d'inspiration". Evidemment, même au détour d'un emoji coeur et d'un like, les opinions cyniques de mecs dégoûtés surgissent volontiers. "Juste quand je pensais que ce magazine ne pouvait pas être pire, ils prouvent le contraire", ironise ainsi un gars.

Mais le mieux loti pour encourager cet éveil des consciences est encore Styles lui-même. Dans les pages de Vogue, la star en appelle à soutenir les mouvements révolutionnaires, comme Black Lives Matter, et à faire preuve de solidarité, d'engagement, d'empathie. "J'essaie de lire et de m'éduquer afin que dans 20 ans je sois encore capable de prendre les bonnes décisions, dit-il. Je crois au karma, et je pense qu'il est temps de faire preuve de plus de gentillesse, d'empathie et de patience avec les gens, être plus préparés à écouter... et à grandir". Amen.

Pour le musicien enfin, porter une robe est peut être un geste politique, mais c'est avant tout un grand moment ludique. Un pur kiffe, en somme, pour le corps, les yeux et l'esprit. "Je vais parfois dans les magasins, et je me surprends à regarder les vêtements des femmes en pensant qu'ils doivent être incroyables. Il y a tellement de joie que l'on peut ressentir en jouant avec les vêtements", explique-t-il. Avant de conclure : "J'avoue, je n'ai jamais trop réfléchi à ce que ça signifie".

Un féminisme plus ou plus inconscient qui devrait en inspirer plus d'un. C'est en tout cas ce dont est persuadée la réalisatrice et comédienne Olivia Wilde, qui l'énonce sur ses réseaux sociaux : "J'espère que cette marque de confiance qu'Harry revendique en tant qu'homme, dépourvue de toute trace de masculinité toxique, est représentative de sa génération... et donc annonciatrice de l'avenir du monde !", suggère-t-elle. On l'espère également.