Les manifestantes hongkongaises victimes de cyber-harceleurs sexistes

Une manifestation #MeToo à Hong Kong.
Une manifestation #MeToo à Hong Kong.
A Hong Kong, les manifestantes pro-démocratie font l'objet d'une très virulente vague de cyber-harcèlement de la part des partisans pro-Pékin.
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Ils se font appeler "trolls", mais le terme exact serait plutôt : harceleurs. Alors que, malgré la répression des forces de l'ordre, les mouvements de protestation pro-démocratie se poursuivent depuis trois mois déjà dans les rues de Hong Kong, des manifestantes affirment être la cible d'attaques virulentes de la part d'internautes (très) malveillants. Des photos humiliantes aux menaces de viol, les formes de harcèlement en ligne s'accumulent. Pour les victimes, cela ne fait aucun doute : ces violences visent à étouffer leur engagement politique. Le 28 août dernier, ces jeunes femmes manifestaient par milliers dans la rue afin de fustiger cette intimidation 2.0.

Les violences sexistes comme outil de répression face au mouvement antigouvernemental ? C'est effectivement ce constat qui ressort des faits édifiants énoncés par l'AFP, rapportés par le média local Channel News Asia.

"Ils n'attaquent pas mes opinions ou quoi que ce soit, ils m'attaquent simplement parce que je suis une femme", a ainsi déclaré la lycéenne hong-kongaise Mickey Leung Ho Wun, qui fait l'objet de photographies trafiquées. Sur l'une d'elles, on voit la jeune fille manifester, une pancarte à proximité. Sauf que l'inscription initiale ("Je suis élève du secondaire") est devenue : "Je ne porte pas de sous-vêtements". A la lire, ce photomontage est l'une des nombreuses manipulations persuasives des Hongkongais pro-Pékin.

"Une arme pour nuire aux femmes"

 

Les manifestantes fustigent les violences sexistes.
Les manifestantes fustigent les violences sexistes.

"Les insultes qui m'ont été adressées constituaient une combinaison de nationalisme agressif, de sexisme et de racisme", a déclaré à l'unisson la journaliste Vicky Xiuzhong Xu. Ces dernières semaines, sur Twitter, elle a reçu quantité de menaces de viol. Idem pour sa consoeur Laurel Chor, dont les messageries privées ont été "spammées" de commentaires haineux.

"Les femmes sont ciblées de manière disproportionnée", s'alarme-t-elle face à ces "stratégies" virtuelles. "[Ces harceleurs] employaient des mots comme pute, prostituée et salope", ajoute-t-elle encore. Plus que des stratégies organisées et répondant aux mêmes motifs - le slut shaming et la menace - une porte-parole de l'Association de lutte contre la violence sexuelle à l'égard des femmes de Hong Kong voit là "une arme pour nuire aux femmes". Non seulement à leur dignité et à leur réputation numérique, mais également aux valeurs militantes qu'elles revendiquent.

200 000, c'est le nombre de comptes que Twitter aurait en conséquence récemment fermé afin d'éviter de nouveaux flux de commentaires haineux et de photomontages obscènes. Et cela n'est pas terminé. Comme le révèle l'AFP, ces attaques visent même Carrie Lam, la cheffe de l'exécutif du gouvernement hongkongais : celle-ci se retrouve au centre de photomontages, où son corps se voit superposé sur ceux de mannequins divers.

En attendant les mesures des autorités compétentes face à cette vague de cyber-harcèlement massif et ciblé, les victimes s'efforcent d'éveiller les consciences en battant le pavé ensemble. Lors de la manifestation du 28 août dernier, on pouvait ainsi les voir brandir des lumières violettes, en signe de solidarité avec les victimes d'abus. Un geste fort relayé sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ProtestToo, variante du vaste mouvement de libération de la parole #MeToo. En espérant que cette parole, aujourd'hui largement brimée, ne finisse pas par s'épuiser.