Au Maroc, #MeTooUniv se soulève contre le scandale "Sexe contre bonnes notes"

L'université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès.
L'université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès.
200 faits de harcèlement et d'agressions sexuelles ont été dénoncés par d'anciennes étudiantes dans les universités et grandes écoles marocaines depuis l'été dernier.
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Ce 10 janvier, déjà 7 établissements marocains de l'enseignement supérieur devaient faire face à des accusations de violences sexistes et sexuelles survenues il y a plusieurs années. Les auteurs présumés : des professeurs qui abusent de leur pouvoir pour obtenir des rapports avec plusieurs jeunes filles. Et n'hésitent pas à pratiquer du chantage pour les y forcer.

Si elles n'acceptent pas, ils compromettent leurs résultats, mettent "des notes catastrophiques qui envoient [les étudiantes] au rattrapage", révèle Fanny Haza, l'une des deux journalistes du magazine marocain TelQuel à avoir enquêté sur le sujet. "Ils font tout pour leur faire échouer leur année. Voire ils les font virer de l'établissement, quand ils sont protégés par l'administration".

Exemples parmi tant d'autres : sur des captures d'écran de conversations publiées sur Twitter, on voit un enseignant exiger une "séance de fellation" contre la validation du semestre d'une jeune femme. Lorsque certaines menacent de se plaindre ou d'alerter les autorités, un autre agresseur répond noir sur blanc que "cela ne changera rien même si tu vas chez le ministre".

Et puis, la réputation des jeunes femmes aussi, est en jeu.

"Il faut souffrir en silence, il faut changer de filière ... C'est ça la perception de monsieur Tout-le-Monde", explique ainsi à Franceinfo Me Khadija El Amrani, avocate à Casablanca. "L'opinion publique accueille très mal ce type de plaintes, et on a toujours envie de dire : c'est elle qui a séduit cette personne. C'est horrible, comme perception."

Le premier fait de ce scandale intitulé "Sexe contre bonnes notes" remonterait à 2007, et ce n'est que maintenant qu'elles ne sont plus inscrites dans ces universités et grandes écoles, que les Marocaines concernées se sentent assez en sécurité pour prendre la parole.

Un #MeTooUniv pour lutter contre l'impunité

"Il y avait une vraie protection des professeurs par les établissements, qui tenaient à préserver leur réputation et les professeurs plutôt que les étudiantes", constate encore Fanny Haza.

Grâce à l'apparition du mouvement #MeTooUniv, qui a également pu émerger grâce aux collectifs Article490 et 7achak, précise Franceinfo, les choses commencent toutefois à bouger, les présidents des établissements se voient obligés de faire des enquêtes face à l'indignation générale et à la découverte d'un "phénomène assez généralisé", décrit la deuxième journaliste de TelQuel, Leila Chik.

En ligne, comme physiquement, des dizaines d'étudiantes s'étaient rassemblées pour condamner l'impunité et le comportement d'une poignée d'hommes devant l'une des facs concernées. Des actions qui semblent commencer à porter leurs fruits.

Un professeur condamné, plusieurs devant la justice

Depuis lundi 10 janvier, 7 enseignants sont en train de comparaitre devant la justice marocaine à Casablanca, affirme France Culture, où ils sont accusés de harcèlement sexuel, voire de viols, selon la définition française. Hier, un professeur de sciences économiques de l'université de Settat a été condamné à deux ans de prison ferme, informe encore le média.

Et d'ajouter : "Quatre autres professeurs d'université, dont deux sont en liberté provisoire, doivent comparaître aujourd'hui dans le cadre du même scandale. L'une des plaignantes a néanmoins renoncé à toute poursuite judiciaire en échange d'un dédommagement de 70 000 dirhams, soit 6 640 euros."

Pour ce qui est des universités, des comités d'écoute et des numéros verts ont été mis à la disposition des étudiantes. Reste toutefois à ce que la stigmatisation qui continue de coller à la peau des victimes, elle aussi, soit mise hors d'état de nuire.