Obligées de coudre des masques gratuitement, les couturières professionnelles se révoltent

"Bas les masques !", la révolte des couturières exploitées.
"Bas les masques !", la révolte des couturières exploitées.
Les femmes sont en première ligne durant cette pandémie de coronavirus, des vies sauvées dans les hôpitaux à la préparation des masques. Oui mais voilà, les couturières professionnelles en ont marre de coudre gratis, et elles ont raison.
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"Bas les masques !" On croirait entendre une menace, mais c'est une révolte. Car tel est le nom du collectif réunissant les quelques centaines de couturières professionnelles, costumières et créatrices qui, aujourd'hui, n'en peuvent plus d'être exploitées par l'Etat. Effectivement, cela fait des semaines que ces femmes de l'ombre produisent massivement des masques et autres blouses destinés aux hôpitaux, mairies et entreprises. Massivement, oui, mais surtout... Bénévolement.

Passée la démarche "solidaire" de ces productions, ce sont leurs droits majeurs de travailleuses - être rémunérée pour son travail n'étant pas le moindre - qui se voient bafoués. D'où l'exigence de "Bas les masques", énoncée des médias aux réseaux sociaux : être payées pour avoir répondu présent aux sollicitations. Et oui, les remerciements et bravos ne doivent pas nous faire oublier la réalité des inégalités professionnelles.

Et ce mouvement n'a rien de minoritaire : selon 20 Minutes, il dénombrerait déjà pas moins de 300 salariées anonymes. Sur la page Facebook du collectif, les paroles sont puissantes, sans détour. Comme le dit "Bas les masques", il est effectivement grand temps de dénoncer ce "petit retour à l'esclavage avec consentement".

Un combat pour la reconnaissance

Les couturières luttent pour la reconnaissance.
Les couturières luttent pour la reconnaissance.

Une indignation légitime soutenue par le Planning familial, qui fustige à l'unisson "la banalisation et l'invisibilisation du travail des couturièr.e.s bénévoles". Une reconnaissance de la part des pouvoirs publics ne serait effectivement pas de trop par les temps qui courent. Car après plus d'un mois de confinement national et de lutte contre le coronavirus, le travail considérable que représente cette confection minutieuse mérite salaire.

"Le mouvement d'aide des 'petites mains' a largement dépassé le bénévolat et la situation de crise, il remplace aujourd'hui l'industrie qui devrait être prise en charge par le gouvernement, car la fabrication de masques prend du temps et de l'argent", rappelle en ce sens le Planning Familial. A juste titre. D'autant plus que la situation financière des couturières professionnelles en question n'est pas toujours des plus privilégiées.

C'est justement en réponse à cette normalisation du bénévolat que "Bas les masques" sollicite en retour l'Etat. Aujourd'hui, le collectif exige de ce dernier qu'il réquisitionne des ateliers et des usines de grands groupes afin de passer commande. Rémunérations à l'appui bien sûr. L'idéal pour rééquilibrer une situation dont 20 Minutes révèle les indénombrables couacs : des heures passées sur les machins sans être payées, un manque flagrant de ressources matérielles, des bobines et machines achetées avec ses propres économies, le lancement de cagnottes en ligne pour permettre aux professionnelles de subvenir à leurs besoins et de passer commandes...

Un manque d'encadrement et de considération qui n'a rien de normal donc. Et qui en inquiète beaucoup. Costumière à Lyon actuellement au chômage, Joséphine explique au média que demander une rémunération est encore mal vu : "Je me suis fait insulter à plusieurs reprises. On m'a reproché de vouloir profiter de la situation pour me faire de l'argent", s'attriste-t-elle.

Avant de s'interroger : "Pourquoi exige-t-on de nous de travailler gratuitement alors que nos métiers ont un savoir-faire indispensable en ce moment ? C'est comme si on exigeait d'un boulanger de ne pas faire payer son pain aux clients. Cela ne viendrait à l'esprit de personne". Un rappel à l'esprit critique important alors que la pandémie met chaque jour un peu plus en lumière les inégalités et discriminations les plus banalisées.