Violée pendant son enfance, Karine Brunet-Jambu fait condamner l'Etat pour fautes lourdes

Violée pendant son enfance, elle fait condamner l'Etat pour fautes lourdes
Violée pendant son enfance, elle fait condamner l'Etat pour fautes lourdes
De ses 5 à ses 7 ans, Karine Brunet-Jambu a subi des viols continus. Le coupable ? Un ami de ses parents, déjà condamné pour viol. Aujourd'hui, elle attaque l'Etat français pour sa non-protection et son inaction en dépit de nombreux signalements.
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Elle s'appelle Karine Brunet-Jambu et est âgée de 23 ans. De ses cinq à ses sept ans, entre 2002 et 2005, elle a subi de nombreux viols. Le coupable ? Un ami de ses parents, au casier judiciaire déjà lourd. Des viols qui ont fait l'objet de plusieurs signalements. Suite à un premier procès, cette jeune Rennaise a décidé d'attaquer l'Etat en justice pour manque de protection envers sa personne. Son avocat Grégory Thuan parle plus encore d'une "incapacité de la justice à protéger l'enfant". Verdict ? L'Etat a finalement été condamné pour "faute lourde".

Ce procès pour "faute lourde" est une première en matière de protection de l'enfance, comme l'énonce le journal Ouest-France. "La Cour dit que la succession des insuffisances de ce dossier dans le travail d'enquête de police, sous la responsabilité du parquet, et dans la communication interservices, ainsi que le manque de clairvoyance générale, constituent des fautes lourdes", a déclaré Grégory Thuan au Parquet de Paris, suite à l'arrêt rendu le 18 mai dernier. Un arrêt qui fait office "d'exemple pour l'avenir", se félicite l'avocat.

Comme le rapporte encore le journal, les parents de la victime étaient au courant depuis le début. La principale concernée témoigne à Ouest-France : "Cet ami donnait de l'argent à ma mère pour qu'elle achète des cigarettes ou à mes parents pour les courses. Ils me laissaient avec lui. Et mon père me demandait de ne rien dire".

Une affaire accablante

Une affaire accablante, d'autant plus que le premier signalement émis date... de 1997. Soit, à la naissance de la victime. Effectivement, la mère de cette dernière était particulièrement surveillée par le personnel médical du centre hospitalier de Rennes. La cause ? Elle avait assassiné son premier nourrisson de plus de cent coups de couteau. Entre 2003 et 2005, le centre départemental d'action sociale (CDAS) de Rennes avait émis des premiers signalements au sujet du fameux "ami" desdits parents. Et pour cause : ce dernier avait déjà été condamné, pour viols de mineurs.

"Je pense que la justice a manqué de clairvoyance, au moment du signalement, en 2003. Nous avons des questions à nous poser, au niveau de notre responsabilité professionnelle", fustigeait déjà l'avocat général Gregory Thuan au tribunal de grande instance de Paris le 17 septembre 2018, lors d'un premier procès aux assises de Rennes ayant abouti à la condamnation du violeur à trente ans de réclusion criminelle.

Clairvoyance, certainement, mais c'est surtout l'idée d'une inaction perpétuelle, et incompréhensible, qui parcourt ce dossier lourd de sens. Ainsi, l'enquête au sujet de ces viols à répétition a été confiée par le Parquet à un juge d'instruction... après une longue d'année de latence. Et ce malgré les signalements des enseignants de l'enfant, des voisins et des médecins, depuis de nombreuses années déjà comme le rapporte encore Ouest France.

C'est principalement la tante de la victime, Laurence Brunet-Jambu, qui a mené de longues années de lutte pour faire entendre cette réalité à la justice. Ensemble, elles ont écrit en 2019 un livre en témoignant : Signalements - Infanticide, pédophilie, maltraitance, tous complices. "Je n'ai pas un seul souvenir heureux avec mes parents. À l'époque, je n'avais qu'une envie : mourir. Je suis fière de Laurence, je sais tout ce qu'elle a fait pour moi", déclarait alors Karine Brunet-Jambu dans les pages du Parisien.

Un sacré combat : pour avoir défendu la voix de la victime, Laurence Brunet-Jambu a été maintes fois menacée, et même poursuivie "pour dénonciation calomnieuse". Aujourd'hui, après près de vingt ans d'injustice, les parents de la victime ont finalement été reconnus coupables "de subornation de témoin".