Pomme : "Les femmes artistes sont souvent infantilisées, décrédibilisées"

La chanteuse Pomme
La chanteuse Pomme
La chanteuse Pomme fait partie des 690 femmes qui ont signé le manifeste contre le sexisme dans le secteur musical. Elle nous explique les raisons qui l'ont poussée à s'engager.
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Aux côtés de 689 autres femmes artistes, musiciennes, techniciennes, productrices, éditrices, compositrices, manageuses, attachées de presse, juristes, Pomme a décidé de monter au créneau. Marre du sexisme, marre des inégalités, marre de ces vieux réflexions de machos. Avec le F.E.M.M. (Femmes Engagées des Métiers de la Musique), elle a donc signé le manifeste publié dans les colonnes de Télérama ce 16 avril. Une charge musclée contre une industrie pétrie de misogynie, mais surtout un cahier de doléances nécessaire qui, elles l'espèrent, participera à rebattre les cartes.

La chanteuse lyonnaise, qui a sorti un premier album réjouissant À peu près en 2017, se joint ainsi à d'autres artistes féministes comme sa copine Clara Luciani mais aussi Jeanne Added, Zazie, Brigitte, La Grande Sophie, Camélia Jordana, Chris(tine and the Queens), ou encore Elodie Frégé. Elle nous explique pourquoi elle a tenu à signer cette tribune incisive.

Terrafemina : Pourquoi avoir signé cette tribune ?

Pomme : Parce qu'il est plus que crucial aujourd'hui de faire résonner ce besoin qu'ont les femmes d'être écoutées, entendues, prises au sérieux et traitées à leur juste valeur. Chaque occasion de mettre en lumière ce problème de société ancré est une opportunité de faire bouger les choses.

As-tu déjà été victime et témoin de harcèlement, de préjugés et de sexisme ?

P : En ayant mis un pied dans l'industrie de la musique à 16 ans, j'ai eu le double syndrome : être une femme et être très jeune. La plupart du temps depuis 6 ans, j'ai affaire à des hommes, en tous cas quand il s'agit de postes de pouvoir. Alors oui, j'ai vécu et assisté à tout un tas de situations inacceptables. La manière dont les femmes artistes sont souvent traitées en label, infantilisées, décrédibilisées, remises en question en permanence.

Le challenge d'être une femme technicienne sur un plateau majoritairement masculin, la drague déplacée, les "tu joues bien de la guitare pour une fille, tu joues un peu comme un gars"... Ou encore, en studio : "Ce serait mieux sur ce morceau que ce soit untel qui joue de la guitare à ta place, ça sonnera mieux et ça ira plus vite".

Le harcèlement aussi, au tout début, par des hommes de deux fois mon âge qui profitaient de ma crédulité et du fait que j'avais l'impression de leur être redevable.

Selon toi, quelles sont les pistes pour entamer cette "révolution égalitaire" ?

P : Commencer par engager autant de femmes que d'hommes.

Sortir du schéma installé depuis trop longtemps dans les processus : les réalisateurs, les musiciens, les compositeurs, les manageurs, les directeurs artistiques.

Penser à des réalisatrices, des musiciennes, des compositrices, des manageuses, des directrices artistiques.

Quelles mesures concrètes mettre en place ?

P : Faire circuler un carnet d'adresses et de contacts féminins, parler fort pour dire les choses importantes, ne pas laisser passer les comportements ou les remarques qui nous semblent sexistes, injustes ou déplacés. Et sensibiliser les hommes comme les femmes à une parité et une égalité qui s'installera tôt ou tard.