Pourquoi cette photo post-césarienne fait-elle tant parler ?

La photo qui a fait un tabac sur Facebook
La photo qui a fait un tabac sur Facebook
Postée sur Facebook, une photo d'une femme ayant juste accouché par césarienne avec son bébé auprès d'elle a fait le tour du web. Si certains ont salué cette image destinée à décomplexer les femmes "césarisées", d'autres ont accusé la photographe qui l'a prise de faire la promotion de cette opération chirurgicale qui n'est pas sans conséquences.
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Bien que crue, la photo est indéniablement très belle : on y voit le ventre d'une femme qui vient d'accoucher barré de la cicatrice de l'incision pendant sa césarienne, et plus bas, le corps nu et vulnérable de son bébé posé sur ses cuisses. Cette photo en noir et blanc prise par le photographe Helen Aller a rencontré un succès phénoménal sur Facebook. Elle y avait été postée accompagné du texte suivant :

"J'ai photographié la grossesse de cette mère qui m'a raconté qu'elle serait terrifiée de devoir recourir à une césarienne lorsque son enfant naîtra. La semaine dernière, quand le moment est venu, l'accouchement a été compliqué et on a dû procéder à une césarienne en urgence. Elle m'a demandé de faire une photo montrant que son pire cauchemar a permis de lui sauver la vie, et celle de sa fille."

La photo d'Helen Aller a encouragé de nombreuses femmes à parler de leur propre césarienne. Beaucoup ont dit que grâce à cette photo, elles pouvaient enfin regarder leur cicatrice avec fierté, au lieu de culpabiliser au sujet de la manière dont s'était passé leur accouchement.

Une photo jugée par certains "pornographique" et "de mauvais goût"

Mais les réactions n'ont pas toutes été positives. Ainsi certains ont dénoncé sa crudité, jugeant cette image pornographique ou de mauvais goût. C'est ainsi que la photo a été supprimée de Facebook après avoir été signalée par certains membres du réseau social. Mais Helen Aller n'a pas hésité à la republier sur la plateforme en demandant à Facebook de mettre fin à cette censure infondée, typique du réseau social dès qu'il est question de nudité ou de cicatrices.

Comme elle l'écrit dans un texte paru sur le site du journal The Independent : "La vérité, c'est que c'est bien plus qu'une image. Cette photo est devenue un moyen pour les gens de partager leurs expériences - bonnes ou mauvaises - de l'accouchement et en particulier de la césarienne. J'ai été choquée et triste de lire les récits et les messages de femmes du monde entier qui avaient l'impression d'avoir échoué en accouchant ainsi. Ces femmes sont fortes et courageuses, et elles ont fait ce qu'elles pouvaient afin de donner à leur enfant le meilleur départ dans la vie - et c'est bien cela qui fait d'elles des mères et non la manière dont cela s'est passé".

En ce sens, la photo d'Helen Aller est tout aussi importante que les photos de ces mères qui exhibent fièrement leurs vergetures post-grossesse, voire plus. Bien souvent, la césarienne est déconsidérée par rapport à l'accouchement par voie basse, ce qui n'aide pas les femmes qui ont dû passer par là pour raisons médicales à assumer cette expérience. Cette photo permet aux femmes qui ont été césarisées d'assumer leur accouchement, voire de la revendiquer. Une femme qui accouche ainsi n'est pas moins une mère qu'une femme qui accouche "naturellement".

50% des Brésiliennes accouchent par césarienne

Comme le note Le Monde, cette photographie a relancé indirectement un débat au sujet de la généralisation de la césarienne. Ainsi certains utilisateurs de Facebook ont accusé la photographe de faire la promotion, avec ce cliché, d'une intervention chirurgicale qui n'est jamais anodine. Si telle n'était évidemment pas l'intention d'Helen Aller, il n'empêche que la multiplication des accouchements par césarienne est un vrai sujet.

Si en France 20% des femmes accouchent ainsi, ce type d'accouchement se répand, parfois de manière injustifiée, notamment dans les pays d'Amérique du sud. Au Brésil, la moitié des femmes accouchent ainsi, une proportion inégalée dans le monde. Un phénomène qui n'est pas sans alarmer certains obstétriciens, qui redoutent les conséquences de cette généralisation et dénoncent une "culture de la césarienne".