"Présidente" : le Larousse scandalise avec une magnifique pépite sexiste

Le dictionnaire n'est pas dépourvu de "pépites sexistes"...
Le dictionnaire n'est pas dépourvu de "pépites sexistes"...
Les mots ont du sens et, plus que tout, ils ont un pouvoir : ils reflètent et façonnent la société, tout comme ses (r)évolutions. C'est pour cela qu'un dictionnaire est si important. Hélas, ses définitions laissent parfois à désirer...
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Notre langue est parcourue de mots bien misogynes. C'est pour cela que certaines érudites n'hésitent pas en faire des dictionnaires pour le démontrer, comme l'autrice et lexicographe Marie Deveaux et son salutaire Balance ton mot !. Mais parfois, bien plus pernicieux, ce sexisme-là envahit les définitions-mêmes du dico. Des discriminations "en sous-marin" qu'a récemment fustigé l'excellent compte Twitter Pépite Sexiste, qui a pour habitude de recenser les plus beaux flagrants délits de pensée réac', de ceux qui inondent notre société (dans la pub, l'administration, les magasins). Et la pépite sexiste en question est de taille. On la trouve dans les pages du dictionnaire Larousse.

Quand on cherche dans la version numérique de l'ouvrage la définition du mot "Présidente", on tombe effectivement sur une bien étrange description : est présidente "la femme du président". Ah ! Une évocation aussi erronée (car c'est tout simplement faux) que macho à souhait. Relayée par le compte aux 54 000 abonné·es, elle n'a pas manqué de faire réagir les internautes.

Le poids des mots

"Vous pourriez mettre cette capture d'écran en illustration de la définition de 'sexisme'", a ironisé Pépite Sexiste en interpellant directement le compte de Larousse France. Une belle répartie qui ne fut pas sans suite.

Dans les commentaires, une internaute vigilante fait remarquer que le mot "Boulangère" a lui aussi subi le même sort. Selon le dictionnaire, est donc boulangère "la femme du boulanger". Soit le titre d'un joli Marcel Pagnol s'il en est, mais certainement pas une définition correcte du terme. "Du coup pour eux un infirmier c'est le mari d'une infirmière ?", s'amuse une autre voix anonyme. A croire que l'on pourrait continuer comme ça encore longtemps. En attendant, lectrices et lecteurs interloqués envoient déjà des demandes de rectification aux responsables de l'ouvrage.

Alors que les chargé·es de communication de Larousse n'ont pas encore daigné répondre à ces nombreuses interrogations, certaines internautes questionnent le pourquoi d'une telle définition au vu du contenu proposé dans le reste du dictionnaire. Effectivement, l'entrée "Président" figurant au sein de la version numérique de l'ouvrage pose quant à elle moins de soucis, puisqu'elle s'affiche ainsi : "Président, Présidente". Est président ou présidente "la personne qui préside une assemblée, une réunion, un tribunal", ou bénéficie du "titre du chef de l'Etat dans une république".

Et autant dire que des présidentes, il y en a. Alors que vous êtes 71 % de Français à souhaiter une femme présidente de la République, les exemples de dirigeantes ne manquent pas à travers le monde, de Kolinda Grabar-Kitarovic, présidente de la République de Croatie, à Hilda Heine (Président de la République des Îles Marshall) en passant par Tsai Ing-wen, à la tête de la Chine (nom officiel de Taïwan) depuis le mois de mai 2016. Une réalité que semble éluder le Larousse avec cette fâcheuse erreur. Hélas, cette "boulette" en dit long sur le sexisme intériorisé dont font état bien des dictionnaires.

Car on aurait tort, appuie la linguiste Laélia Véron, de considérer ces ouvrages de référence comme des exemples de neutralité. Des définitions proposées aux choix des entrées en passant par celui des exemples, même les plus prestigieux opus qui habitent nos bibliothèques - comme ceux d'Oxford - sombrent bien souvent dans la plus malheureuse des misogynies. D'où l'importance de révéler ces "pépites" disséminées un peu partout...