"On n'a pas le droit de vieillir" : le coup de gueule de Sheila contre l'âgisme

La chanteuse Sheila dénonce l'âgisme en interview.
La chanteuse Sheila dénonce l'âgisme en interview.
Dans cette photo : Sheila
Dans le cadre d'une interview au magazine "Variations", la célèbre chanteuse Sheila a poussé un coup de gueule salutaire contre le sexisme et l'âgisme de l'industrie musicale. Dans les dents.
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"Les femmes n'ont pas le droit de vieillir, ni même de penser ou d'exister". Que l'on soit fan ou non de ses tubes, on ne peut pas retirer à la chanteuse Sheila sa franchise. Dans le cadre d'une interview sans langue de bois accordée au magazine Variations, cette figure emblématique de la chanson française a fustigé le sexisme et l'âgisme relatifs à l'industrie musicale hexagonale. Un témoignage punchy qui sent le vécu.

L'industrie, un monde qu'elle connaît bien, après des décennies de carrière, et qu'elle épingle volontiers. "Les femmes n'ont pas le droit de vieillir, ni même de penser ou d'exister. Nous les femmes, sommes regardables au maximum jusqu'à 35/40 ans ! Après nous sommes périmées, notre délai de validité est expiré", poursuit la chanteuse. Des paroles cinglantes et un coup de gueule bien incisif comme il faut de la part de la chanteuse, aujourd'hui âgée de 76 ans, qui a sorti un nouvel album, Venue d'ailleurs, en avril 2021.

Rappelons-le, l'âgisme désigne cet ensemble de préjugés ciblant un individu en fonction de son âge avancé. Et notamment les femmes, lorsque ces dernières dépassent le cap de la cinquantaine. En France, de plus en plus de voix médiatiques abordent ce tabou. Après les déclarations d'Emmanuelle Béart au sujet de l'industrie du cinéma, celles de Sheila viennent donc mettre en lumière les discriminations de la sphère musicale.

Un coup de gueule salutaire

"J'ai le droit d'avancer en âge, de vieillir. Mais j'ai senti que le cinéma ne me l'autorisait pas. J'avais atteint un âge charnière où on change d'emploi", déclarait Emmanuelle Béart. Un constat que semble partager Sheila, quand bien même l'artiste septuagénaire n'est pas prête de baisser les gants. A l'entendre, l'âgisme serait un phénomène culturel. "Si j'étais Américaine, je serais traitée comme une diva. Je suis Française, et donc, je suis au rebut car trop âgée. Je pourrais chanter la meilleure des chansons du monde, ça ne changerait rien !", déplore-t-elle. A la lire, ce phénomène n'atteint pas ses collègues masculins, comme Alain Souchon.

L'âgisme, un phénomène français ? Pourtant, outre-Atlantique également, cette exclusion est abondamment étudiée et fustigée. Des voix familières mettent en lumière ces discriminations systématiques, notamment au sein du monde du divertissement. Ainsi a-t-on pu récemment entendre la comédienne quinquagénaire Halle Berry critiquer l'industrie hollywoodienne. "Auparavant, quand vous aviez 40 ans, votre carrière était terminée... et je veux dire vraiment terminée. Cela doit être en train de changer", s'est exclamée l'actrice, qui dans son dernier film (et premier en tant que réalisatrice), incarne une combattante de MMA.

"Le métier du showbiz, c'est un métier de mecs en réalité. Les nanas, c'est très compliqué. Une femme n'a pas le droit de vieillir. On peut faire les plus beaux albums, vous ne les entendez pas en radio", déclarait déjà Sheila au micro de Sud Radio, rappelle Pure Charts.

"La fameuse image du 'plafond de verre' recouvre la problématique de la cinquantaine. C'est un euphémisme qui dissimule quelque chose de l'ordre de l'âgisme. Pour les hommes, c'est le moment où, si tout va bien, vous arrivez au point d'acmé de votre carrière. Pas pour les femmes", nous expliquait d'ailleurs la philosophie féministe et professeure de sciences politiques Camille Froidevaux-Metterie. Un triste état des lieux.