Halle Berry ne veut plus feindre sa jouissance au lit. La superstar afro-américaine défend la nécessité d’un plaisir sexuel au féminin enfin libéré des injonctions au sein de la chambre à coucher conjugale. Ne penser qu’aux mecs, c’est fini : l'orgasme est aussi politique.
L’actrice américaine sait mettre les points sur les i. Tout récemment, elle évoquait avec humour sa tendresse envers le bikini orange mythique de Meurs un autre jour, qu’elle arborait il y a plus de 20 ans de cela avec une grâce infinie. Dans ce qui demeure sans conteste la scène qui l’a érigée, parmi d’autres, en sex symbol absolu des années 90 et 2000. Et la sensualité, justement, est un sujet auquel elle tient, tout comme l’intimité, et la sexualité.
Démonstration est faite avec sa dernière prise de parole osée et très actuelle : Halle Berry veut défendre la fin des orgasmes simulés. Par les femmes. Quand Harry Rencontre Sally avait brisé le tabou, Halle Berry en rappelle la réalité toujours aussi contemporaine. Les femmes moment leur jouissance pour faire plaisir aux hommes qui ne parviennent pas à les satisfaire. Un triste constat à en croire l’interprète de Catwoman qui refuse de jouer le jeu.
Et l’actrice de lâcher des mots littéralement réjouissants. On écoute.
Halle Berry l’énonce fort à propos : ses orgasmes, elle ne veut plus les simuler. Elle invite à l’unisson ses consœurs féminines à faire de même. En vérité, c'est là l'une des grandes luttes féministes contemporaines : revendiquer un droit au plaisir libéré des pressions sociales et plus en osmose avec l'exploration de l'intimité féminine. Le corps comme item politique, alors que certains slogans, portant notamment sur le clitoris, viennent rappeler la force militante de ces enjeux qui n'ont rien d'anodin. Cela permet aussi de briser certains tabous. Halle Berry le sait, on l'imagine.
Et atteste au sein du podcast Sex With Emily, qui comme vous pouvez vous en douter ne parle pas vraiment de randonnée : “J’ai arrêté de simuler mes orgasmes, car je ne veux plus faire passer les besoins de mon mari avant les miens, juste pour qu’il se sente bien !”
Résultat, plus de communication, une jouissance qui prend racines dans la réciprocité et l’écoute de l’autre, de ses sens, une solidité conjugale accrue, de fait. Logique. Cela permet également de se libérer de ce que l'essayiste et romancier Martin Page intitule la sacralisation de la pénétration. Vers d'autres horizons du plaisir, pas simplement dictés par les mêmes gestes - ce qu'analyse l'auteur dans son ouvrage Au-delà de la pénétration, lecture féministe plus que recommandée.
Halle Berry de développer sur le même ton sur les ondes de ce podcast libérateur : “Les femmes doivent passer en premier. Nous méritons aussi bien que les hommes que cette expérience, le sexe, soit agréable, pour que chacun ensuite puisse s’endormir en toute sérénité, sans frustration sexuelle”. CQFD.
Vers un ailleurs que l'autrice et essayiste Camille Emmanuelle, plume importante pour ce qui a trait aux sex studies francophones, revendique comme une forme de "sexpowerment" ; croisement entre l'empowerment et la sexualité ; et s'envisage comme un contre-champ réellement libérateur (car à dominante féminine, ça change tout) de la fameuse et si illusoire libération sexuelle. Quand une actrice Oscarisée semble se calquer sur la même logique, forcément, c'est plutôt bon signe.