Pas de poursuites après un viol collectif ? Les Soudanaises se mobilisent face à l'horreur

Pas de poursuites après un viol collectif ? Les Soudanaises se mobilisent face à l'horreur
Pas de poursuites après un viol collectif ? Les Soudanaises se mobilisent face à l'horreur
Le soir du 31 décembre, vingt hommes ont violé une femme dans les rues de Khartoum, la capitale du Soudan. Depuis, aucune poursuite n'a été engagée. Face à ce scandale, les Soudanaises ont lancé le hashtag #ItsNotOkay, semant un vent de révolte qui fait aujourd'hui trembler le pays.
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Le 31 décembre 2020, le Soudan a été une nouvelle fois plongé dans l'horreur. Vingt hommes ont violé une jeune femme le soir du Nouvel an dans les rues de Khartoum, la capitale, la menaçant avec un couteau. Un crime qui est pourtant resté complètement impuni : aucune poursuite n'a été engagée pour retrouver et condamner les auteurs de ce viol collectif, rapporte Medafrica.

Indignées face à une telle injustice et l'inaction des autorités, les Soudanaises se sont soulevées. En manifestant, et en lançant les hashtags #WeAreWithYou et #ItsNotOkay sur les réseaux sociaux. Un moyen virtuel de faire entendre leurs voix, passées sous silence par une nation qui échoue à reconnaître ces drames tels qu'ils sont : des crimes sexuels dont les agresseurs sont les seuls responsables.

"Les violences contre les femmes sont devenues une habitude"

Depuis le 11 janvier, les femmes ont pris les rues pour scander leur colère. Une mobilisation en lien direct avec le crime du 31 décembre, mais aussi avec ceux qui ont suivi.

Marchant avec sa pancarte "Un silence n'est pas un consentement", Rayan Mohammed Salih, membre du collectif féministe Soudanese Women Revolution, condamne dans des propos recueillis par RFI : "Ces dernières semaines, une femme du Darfour qui s'appelle Muwada a été tuée par son mari, qui lui a tiré dessus alors qu'elle était enceinte. À Gedarif, une enfant a été violée, puis tuée (par un homme du renseignement militaire précise le média local Radio Dabanga, ndlr). Et j'en passe. Les violences contre les femmes sont devenues une habitude dans notre société. Pourquoi je ne pourrais pas avoir une loi qui me protège face à ces crimes, qui me donnerait le courage de venir porter plainte et de faire valoir mes droits ? Pourquoi, moi, je me fais violer et harceler, alors que le criminel, lui, court toujours ?"

L'activiste interpelle le ministère de la Justice et demande ainsi à ce que la loi de 1991 sur les violences sexuelles soit réformée. Notamment en y incluant le terme "harcèlement sexuel" avec des définitions détaillées, y compris le harcèlement par le toucher, le harcèlement verbal, le fait de suivre une personne, de l'espionner sur internet, les appels téléphoniques et autres agressions. Mais aussi en augmentant les peines pour les criminels "afin de refléter les effets néfastes et durables sur les victimes". Et surtout, en reconnaissant le viol comme un crime à part entière.

Lutter contre la honte du viol

Sur Twitter, les témoignages et les soutiens se multiplient. Une Soudanaise épingle à son tour la culture du viol, profondément ancrée dans les mentalités : "Je veux être en sécurité dans mon propre pays, je ne veux pas sortir avec la peur d'être agressée sexuellement et blâmée alors que ce n'est jamais ma faute. Aidez-nous à partager ce message ! Mettez fin à la culture de l'excuse du viol. Cessez de blâmer les victimes."

Une autre écrit : "Nous ne sommes pas vos soeurs, nous ne sommes pas vos filles, nous sommes des êtres humains dotés de volonté et d'autonomie qui exigent que nos droits soient respectés et que notre consentement soit donné".

Rayan Mohammed Salih explique que si les Soudanaises ne parlent pas, c'est encore une fois à cause de la façon dont le viol est perçu aujourd'hui : comme un "déshonneur" pour la famille de la victimes. Elle fustige : "La police et l'État n'ont fait aucune déclaration sur le crime du Nouvel an. Depuis le drame, nous ne savons rien de cette fille. Elle n'a pas déposé de plainte, car elle a eu peur du regard de la société, de ne plus y avoir sa place. Les filles ont peur d'aller déposer plainte. Et si elles le font, la première question qu'on leur pose c'est : 'Tu étais habillée comment ?' Ce n'est pas une justification !"

Un combat qui espère forcer le Soudan à agir pour protéger ses citoyennes et éradiquer l'impunité de ses citoyens. Cette avancée, si elle est entreprise, pourrait ainsi rejoindre la décision du gouvernement de transition, en place depuis le renversement du régime islamiste d'Omar el-Béchir en avril 2019, d'enfin interdire et criminaliser l'excision, et d'autoriser les femmes à danser ou porter un pantalon. Et prouve, à l'instar des manifestations du printemps 2019 justement, pendant lesquelles l'étudiante Alaa Salah est devenue l'icône de la lutte, que la révolution se fera avec les femmes ou ne se fera pas.