"Touche pas à ma pute" : un manifeste "maladroit" et "archaïque"
Publié le 31 octobre 2013 à 08:00
En 1971, « Le Nouvel Observateur » publiait le Manifeste des 343 qui militait pour les droits des femmes à disposer de leur corps. En 2013, le magazine « Causeur » s'apprête à faire paraître la pétition de 343 salauds qui, eux, défendent la prostitution. Une initiative machiste et maladroite que condamne Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes.
"Touche pas à ma pute" : un manifeste "maladroit" et "archaïque" "Touche pas à ma pute" : un manifeste "maladroit" et "archaïque"


« Nous considérons que chacun a le droit de vendre librement ses charmes (et même d'aimer ça). Et nous refusons que des députés édictent des normes sur nos désirs et nos plaisirs ». Telle est la revendication d’Éric Zemmour, Frédéric Beigbeder, Basile de Koch ou encore de l'avocat Richard Malka qui avec quelques autres comparses s’apprêtent à publier leur Manifeste des 343 salauds - bien qu'ils ne soient qu'une petite vingtaine à ce jour. Intitulée « Touche pas à ma pute », cette pétition paraîtra dans le numéro de novembre du magazine Causeur. Les signataires dont « certains sont allés, vont, ou iront aux putes » s’élèvent contre le projet loi sur la prostitution et la pénalisation de ses clients. « Homos ou hétéros, libertins ou monogames, fidèles ou volages, nous sommes des hommes. Cela ne fait pas de nous les frustrés, pervers ou psychopathes décrits par les partisans d'une répression déguisée en combat féministe », arguent-ils.

Une confusion mentale du concept de libération sexuelle

Mais pour Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, cette initiative est maladroite à plusieurs titres. « "Touche pas à ma pute" fait écho au slogan "Touche pas à mon pote" créé en 1985 par SOS Racisme pour promouvoir très sérieusement l’intégration des jeunes d’origine étrangère. Pire, le nom du collectif, 343 salauds fait lui référence à la pétition des 343 femmes (par la suite qualifiées de salopes par Charlie Hebdo) publiée en 1971 dans Le Nouvel Observateur pour défendre le droit à l’avortement ». Outre ces rapprochements déplacés, Annie Sugier voit dans cette initiative machiste une confusion mentale du concept de libération sexuelle. « On ne peut pas comparer ce que Simone de Beauvoir, Catherine Deneuve, Françoise Sagan ou encore Marguerite Duras ont fait pour que les femmes aient le droit de disposer de leur corps et la liberté exigée par ce manifeste, qui découle d’une vision archaïque d’un désir masculin prétendument irrépressible et incontrôlable. »

« La prostitution est la deuxième source de profit pour le trafic illicite »

La présidente de l’association rappelle par ailleurs que dans 80% des cas, la prostitution est non seulement une contrainte mais que les femmes qui l’exercent ont pour la plupart été victimes d’inceste, de viol ou de toute autre forme de violence pendant leur jeunesse. « La prostitution est la deuxième source de profit pour le trafic illicite, la première étant la drogue. Ce n’est pas un hasard si les prostituées sont majoritairement originaires de Roumanie ou de Bulgarie », poursuit-elle.

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Faut-il pénaliser les clients de la prostitution ? Lire notre tour d’horizon des arguments <<

Et alors que les signataires de cette pétition insinuent que les travailleuses du sexe éprouveraient du plaisir à se prostituer, Annie Sugier condamne cette hypocrisie. « Ce n’est pas une partie de plaisir d’écarter les jambes. D’ailleurs, nombreuses sont celles qui souffrent du syndrome de déconnexion de l’organisme avec l’esprit, ce qui leur permet d’exercer cette activité et d’utiliser leur corps comme s’il s’agissait d’un outil indépendant d'elles-même ». Finalement, alors que la législation française actuelle interdit de vendre ses organes, la militante s’interroge sur les raisons qui autoriseraient en revanche le commerce de son intimité et de son corps tout entier. Et de trancher : « La liberté sexuelle, c’est maîtriser son corps, pas de permettre qu’il soit exploité n’importe comment. »

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Par Marie-Laure Makouke | Rédacteur
Marie-Laure Makouke, rédactrice spécialisée dans les sujets de société sur le site terrafemina.com
Mots clés
Société feminisme sexisme
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