Comment le sexisme aurait pu causer un crash d'avion

Comment le sexisme aurait pu causer un crash d'avion
Comment le sexisme aurait pu causer un crash d'avion
Un défaut de programmation aurait pu coûter la vie aux passagers de plusieurs vols de la compagnie allemande TUI. En cause, un bug de logiciel - et plus tard, de calcul de poids de la flotte - qui enregistrait les femmes étiquetées "Mademoiselle" comme des enfants.
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Un "sérieux incident". C'est ainsi que l'AAIB (Air Accidents Investigation Branch) a qualifié, dans un rapport dévoilé au début de ce mois d'avril, le bug informatique qui est survenu en juillet 2020 auprès de plusieurs appareils de la compagnie TUI Airways, et aurait pu donner lieu à un drame terrible. Un sérieux incident, et une démonstration claire de la façon dont les discriminations hommes-femmes peuvent avoir des impacts concrets sur les vies humaines.

A l'époque, après plusieurs mois sans activité, le trafic aérien reprend petit à petit. Le système d'enregistrement des passager·e·s a été mis à jour pendant ce laps de temps, précise l'AAIB, et sur le vol Birmingham-Palma du 21 juillet, 187 embarquent à bord d'un Boeing 737, dont 6 membres de l'équipage. Le lien avec le sexisme ? On y vient.

Lorsqu'elles remplissent le formulaire leur permettant de voyager, les passagères doivent choisir, comme c'est encore souvent le cas, entre "Mademoiselle" ou "Madame" ("Miss" et "Ms", en anglais). Une distinction qui définit leur statut marital ("Mademoiselle" étant réservé aux femmes non-mariées) à laquelle les hommes, eux, ne sont pas soumis. Rien de bien inhabituel dans nos sociétés patriarcales aux traditions archaïques, si ce n'est que dans cette situation précise, le choix a eu des conséquences quasi immédiates. Et à peu de choses près, catastrophiques.

Car la programmation erronée du logiciel a été faite de façon à ce que chaque "Mademoiselle" soit comptabilisée comme une "enfant". Et donc, que son poids - estimé à 69 kilos pour une adulte - soit considéré comme représentant approximativement 34 kilos, à l'instar de chaque enfant. Soit moitié moins.

Une différence "marginale" à ne pas prendre à la légère

Sur ce vol-là, 38 femmes ont ainsi été faussement répertoriées, résultant en une différence entre le poids estimé sur la "feuille de charge" et pris en considération par le pilote pour ses mesures, et la charge réelle, de plus de 1200 kilos. Cette "feuille de charge", précise la BBC, est utilisée pour déterminer le poids autorisé, l'équilibre de l'avion et d'autres informations importantes pour un vol sûr dans le respect des règles de sécurité.

"Toutes les vitesses de départ auraient dû être supérieures d'un noeud à celles utilisées lors de l'incident vol, et la poussée requise aurait dû être de 88,9 % N1 par rapport au 88,3 % N1", lit le rapport, qui, s'il ajoute que le décollage s'est déroulé sans heurt car la différence entre la poussée requise et réelle est restée "marginale", insiste sur la gravité qu'une telle erreur aurait pu impliquer si elle avait perduré ou avait touché de plus gros avions. Et incite fortement à prendre le problème au sérieux.

"La programmation de ce système ne s'est pas fait au Royaume-Uni", note encore l'AAIB, "et dans le pays où il a été fait, le titre de 'Miss' est utilisé pour un enfant, tandis que 'Ms' est pour une femme adulte, d'où l'erreur."

L'erreur ne serait-elle pas simplement de demander aux femmes de préciser leur situation personnelle de façon aussi ordinaire et fréquente, et par conséquent, de continuer à les définir par ce biais réducteur ?

Sur Twitter, une internaute, dont le commentaire a été repéré par Numerama sous le tweet de la spécialiste en cybersécurité Tarah Wheeler, interroge par ailleurs : "Si les compagnies aériennes se basent sur le titre plutôt que sur l'âge, comment font-elles pour savoir combien de passagers masculins sont des enfants ?" A rappeler que la date de naissance est systématiquement demandée, et pourrait servir d'un meilleur indice de corpulence moyenne.

Une réflexion pertinente qui met en lumière l'incohérence de ces us et coutumes d'un autre temps, contre lesquelles nombreuses féministes ont déjà milité. En France, depuis 2012, l'administration est fortement encouragée à se contenter de "Madame" et "Monsieur". Une binarité qui, cette fois, et par bien des aspects, pose aussi de "sérieux" soucis...