Accusé de négligence face à la pédophilie, Youtube tente de réagir

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Avec une vidéo, un utilisateur de Youtube a démontré comment l'algorithme de la plateforme facilite la boucle de vidéos pouvant alimenter la pédophilie sur le réseau. Des marques ont décidé de retirer leurs publicités.
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Sa vidéo a été vue trois millions de fois depuis le 17 février. En 20 minutes, le youtubeur Matt Watson explique quelque chose qui est déjà connue : Youtube héberge et facilite certains contenus et commentaires pédophiles.

Il montre que Youtube regorge de milliers de vidéos de très jeunes petites filles faisant diverses activités. On les voit dans leur chambre se filmant avec des webcams, parfois en train de danser, de faire du yoga. On peut également voir un kiné en train d'ausculter une petite fille sur sa table en mini-short, des petites filles qui mangent des glaces ou tout simplement qui parlent à la caméra. Elles viennent toutes du monde entier.

Dans certains cas, ces vidéos sont monétisées par la plateforme, qui propose de la publicité et qui rapporte donc de l'argent à Youtube et parfois à la personne qui a posté la vidéo si elle a assez de vues.

Matt Watson met en cause principalement l'algorithme de Youtube qui, selon ce que vous avez l'habitude de regarder, va vous proposer des contenus similaires. Pour faire sa démonstration, il a créé un faux compte pour pouvoir recommencer sa "vie Youtube" à zéro.

La vidéo de MattsWhatItIs

Il commence sa première recherche avec : "Bikini haul" ("essayage de maillot de bain"). En deux clics supplémentaires sur la colonne de droite qui fait des propositions de vidéos à regarder, il se retrouve déjà sur la vidéo de petite fille se filmant en maillot de bain sur leur balançoire.

Le youtubeur s'indigne : en cliquant sur cette vidéo de balançoire, toute sa colonne de droite est entièrement composée de propositions de vidéos de petites filles. Les vidéos sont parfois téléchargées et remises en ligne directement sur Youtube par des comptes de prédateurs sexuels.

Des commentaires terrifiants

Mais ce n'est pas tout. Dans les commentaires, des personnes identifient à la seconde près les moments où les fillettes sont dans "des positions sexuellement implicites", selon le youtubeur qui fait la démonstration.

Ils déterminent par exemple des moments où leur culotte baille ou ceux où elles font le poirier et où leur t-shirt se baisse sur leur tête laissant apparaître leur torse, où l'ont voit leurs jambes ou leurs fesses.

Le youtubeur a également mis à jour certains commentaires qui indiquent des liens dirigeants vers d'autres contenus pédo-pornographiques. D'autres utilisateurs usent d'emojis ou de mots plus qu'explicites pour exprimer leur désir envers les fillettes de la vidéo.

Des noms de marques pointées du doigt

Pour continuer sa terrible démonstration, Matt Watson a parcouru des dizaines et des dizaines de vidéos que lui a automatiquement proposées la plateforme Youtube, pour dénicher celles qui seraient monétisées.

Il a ainsi recueilli les noms des marques dont la publicité apparaît sur ce genre de vidéo. Sont pointées du doigt de nombreuses firmes canadiennes, pays d'où il fait probablement ses visionnages de vidéos, mais aussi des marques internationales comme Ikea, Canada Goose, Dr Oetker (Nestlé) ou Disney.

Pourtant, comme le rappelle Matt Watson, Youtube possède un algorithme qui peut par exemple interdire les commentaires sur les vidéos d'enfants pour se prémunir de ce qu'il met en lumière. Mais le youtubeur s'emporte et explique que la plateforme ne l'utilise pas systématiquement.

Il rappelle également que la limite minimum d'âge de la plateforme pour poster ces vidéos, 13 ans, n'est pas respectée pour la plupart des vidéos où les très jeunes fillettes semblent avoir posté elles-mêmes les vidéos.

Les pédophiles lanceraient également des défis aux jeunes filles, comme le fait de sucer des glaces, de faire du yoga ou de jouer à Twister pour multiplier les vidéos.

Youtube verrouille les commentaires de millions de vidéos


Dans sa vidéo, Matt Watson explique que le fait est déjà connu et qu'il ne fait qu'apporter sa pierre à l'édifice.

Des marques ont d'ores et déjà décidé de ne plus acheter de publicités sur la plateforme Youtube comme l'éditeur du jeu Fortnite, Epic Game, Nestlé ou Disney.

Youtube a déjà été pointé du doigt pour les mêmes pratiques et le même laisser aller en 2017. Des marques s'étaient également retirées brièvement avant de revenir.

La plateforme a vivement réagi sous la pression des marques en supprimant de nombreuses vidéos, mais également en stoppant la possibilité de commenter sous des "des dizaines de millions de vidéos" de petites filles. Des milliers de commentaires inappropriés ont également été supprimés.

Cette polémique sur ces contenus de Youtube pose encore une fois la question de l'image en ligne des enfants. La présence en ligne des mineur·es doit toujours s'accompagner de bonnes pratiques. En 2016 par exemple, la gendarmerie en France alertait sur la publication de photos d'enfants sur Facebook qui pouvaient tomber entre de mauvaises mains. Il en va de même pour Youtube.