"N'utilisez pas vos écouteurs" : le victim-blaming de la police londonienne

Une jeune femme avec des écouteurs
Une jeune femme avec des écouteurs
Face à une hausse des agressions de femmes seules dans un quartier de Londres, la police leur a demandé d'enlever leurs écouteurs pour être plus vigilantes. Bonjour le victime blaming.
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L'une des techniques utilisées par les femmes quand elles rentrent chez elles le soir pour se sentir en sécurité est de mettre leurs écouteurs sur leurs oreilles. Parfois même, elles n'écoutent même pas de musique. Cette "tactique" visant surtout à avoir l'air occupé tout en restant alerte sur ce qui les entoure.

À la suite d'une dizaine d'agressions de femmes seules ces derniers mois dans le quartier de Cricklewood à Londres, près de la station de métro de Willesden Green, la police londonienne a mis les femmes en garde sur cette pratique.


Par la voix de l'une de ses inspectrices, Laura Avery, cité par The Independent, les forces de l'ordre ont fait passer un appel à la prudence aux femmes marchant seules dans la rue : "Toujours s'en tenir à des rues bien éclairées. Si possible, informez quelqu'un de votre retour à la maison et de l'itinéraire que vous prenez et soyez toujours vigilante, alors n'utilisez ni écouteurs ni appareils portables."

Cette recommandation a soulevé de vives critiques, pointant le fait que les autorités rejetteraient la faute de l'agression sur les femmes et blâmant les victimes pour leur manque d'attention plutôt que de se concentrer sur le ou les agresseurs.

Une activiste britannique, qui défend les femmes victimes de violences, Jessica Eaton, a déclaré dans une série de messages sur Twitter : "Les écouteurs ne violent pas les femmes, pas plus que les jupes, les rues sombres, les clubs, l'alcool, les fêtes, les soirées pyjama ou les uniformes scolaires."

Elle accuse la police de ne pas parler des harceleurs et des agresseurs directement : "Nommez les auteurs. Nommez le problème. On ne peut rien faire si on ne peut même pas lui donner un nom."

Jessica Eaton revendique sur le site de la BBC le fait que les femmes n'aient pas à adapter leur mode de vie face à ces hommes : "Lorsqu'il y a un attentat terroriste, le gouvernement, la police et des personnalités publiques disent : 'Nous ne changerons pas notre mode de vie, nous ne changerons pas nos comportements... Nous continuerons comme d'habitude parce que nous méritons une société sûre'. Mais lorsque des femmes sont violées et agressées, le gouvernement, la police et des personnalités publiques disent aux femmes : 'Changez vos comportements... Faites quelque chose de différent'. Pourquoi les femmes sont-elles censées changer leur vie et leur comportement à cause des délinquants sexuels ?"


D'autres messages chargent la police londonienne : "Femmes ! Ne buvez pas, ne flirtez pas, ne rentrez pas seules, ne portez pas de jupe courte, n'utilisez pas d'écouteurs, ne parlez pas au téléphone...Que diriez-vous, juste une fois, de dire aux hommes de ne pas nous attaquer ? J'en ai marre de ces conneries de blâme de victimes. La violence masculine n'est PAS notre faute."

Un autre ajoute : "On dit aux femmes d'arrêter de faire quelque chose qu'elles aiment parce que les hommes n'arrêtent pas de faire quelque chose d'illégal et de violent. Pouvons-nous voir comment cela pourrait être en contradiction avec une société civilisée ?".

Une avocate rappelle également que mettre des écouteurs est une manière pour les femmes de se protéger : "Beaucoup de jeunes femmes utilisent des écouteurs pour bloquer l'attention masculine non désirée. Surtout dans les transports publics. Y a-t-il quelque chose que les femmes sont autorisées à faire selon les 'directives' pour éviter la violence autrement qu'en restant à la maison ? Qu'en est-il des hommes, de l'injustice, de la culture du viol et de leur rééducation?"

L'activiste Jessica Eaton rappelle aussi, quand il s'agit de viols, la plupart sont perpétrés au sein des foyers et des familles et que demander aux femmes d'enlever leurs écouteurs perpétue l'idée que le viol n'est que le fait d'homme dans des rues sombres tard le soir. En France, 90% des victimes de viols connaissent leurs agresseurs.