"J'ai voulu maigrir, puis j'ai voulu mourir" : le récit de Capucine, anorexique

Anorexique : "J'ai voulu maigrir, puis j'ai voulu mourir"/photo d'illustration
Anorexique : "J'ai voulu maigrir, puis j'ai voulu mourir"/photo d'illustration
Capucine Néel a 23 ans. Et depuis trois ans, cette étudiante à Angers se bat contre l'anorexie. Après un enfer qui l'a conduite en hôpital psychiatrique, elle l'affirme : elle va "beaucoup mieux". Notamment grâce à l'écriture d'un livre, "Le scanner de mon anorexie". Elle a voulu nous partager son histoire. Pour "donner de l'espoir". Voici son témoignage.
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L'anorexie. Ce mot vous dit forcément quelque chose, encore plus aujourd'hui après la crise sanitaire et tous les troubles du comportement alimentaires (TCA) qu'elle a engendrés. Avant, on estimait à 1 million le nombre de personnes atteintes de TCA en France. Aujourd'hui, ce chiffre aurait presque doublé.


Vous ne saviez peut être pas ce que voulait dire "TCA" avant de tomber dedans. Moi, je ne le savais pas. Et pourtant, j'y suis tombée, tête la première, puis mon corps entier a suivi, jusqu'à tenter de disparaître vers la mort. Bonjour, je m'appelle Capucine, j'ai 23 ans et je suis atteinte d'anorexie.

"L'anorexie n'a pas de forme, pas de visage, elle n'a qu'un nom"


C'est ce que j'ai écrit dans mon livre : Le scanner de mon anorexie (éditions Maïa) pour commencer à parler de la petite voix qui m'accompagne depuis maintenant trois ans.

Il y a un an, ce livre n'était qu'un tas de feuilles alors que je n'étais qu'un tas d'os. Puis ma famille l'a lu. Mes parents, mes soeurs, mes amis, et ils ont su. Ils ont compris. Ils ont pu enfin commencer à m'accompagner dans cette lutte qui se déroulait à l'intérieur de moi sans jamais s'arrêter. La petite voix ne me laissait pas de répit. J'étais malade. Une maladie invisible mais pourtant bien présente, même très présente puisqu'elle s'est mise à dicter mes journées, mes activités, mes repas jusqu'à mes nuits durant lesquelles je ne dormais presque pas.

Je ne voyais que des chiffres, des "kcals", des étiquettes, des balances, je faisais des cauchemars de choses qui me faisaient du mal et tout ça en touchant mes os de mes propres mains pour me "rassurer"... Ca ne s'arrêtait jamais. Je croyais contrôler mon existence en contrôlant mon alimentation, mais je me trompais. J'ai favorisé l'apparition de l'anorexie et c'est elle qui s'est mise à me contrôler.


Je ne savais pas pourquoi l'anorexie s'était installée en moi, mais j'ai voulu le découvrir.

Capucine Néel raconte son combat contre l'anorexie
Capucine Néel raconte son combat contre l'anorexie

Pourquoi souffrais-je autant ?


Lorsque mes parents ont découvert que j'étais malade, ils se sont retrouvés démunis. Tout cela les dépassés comme cela me dépassait moi. Comment leur petite fille joyeuse, drôle, sportive, bonne élève et pleine de Vie avait pu tomber dans les mailles du filet de l'anorexie ? C'est ce qu'ils se demandaient. Autant que moi. La chasse aux médecins a alors commencé.


Hypno-thérapeute, psychologues, psychiatres, diététiciens, infirmières... Tout le monde m'entourait, médecins comme famille, mais je me sentais seule. Terriblement seule. Je paniquais sans cesse à l'idée de mourir. Je faisais des crises de panique en pleine nuit rien qu'en y pensant, puis je me calmais grâce à mon squelette enfoui sous ma couette et sous plusieurs couvertures. Je touchais mes hanches, mes épaules, mes côtes... Chaque os que je trouvais m'apportait le réconfort dont j'avais besoin.

Mais alors que je les sentais, je me voyais énorme et repoussante dans le miroir et cette image se figeait dans ma tête. Ce visuel générait un dégoût de moi-même qui revenait à moi lorsque j'étais à table devant mon assiette, lorsque je dormais ou lorsque j'essayais de ne penser à rien. Ne pas manger était devenu la solution à tous mes problèmes. Alors que je pensais arrêter de ressentir mon mal-être grâce à la privation de nourriture, je n'ai fait que déclencher une souffrance plus profonde encore.

Dessin de Capucine Néel
Dessin de Capucine Néel

La lune de miel avec l'anorexie ne dure pas éternellement


Au début, j'étais fière de moi, je me privais et j'allais mieux (enfin, c'est ce que je croyais). Je me sentais puissante de réussir à contrôler une chose aussi vitale. Je ne souffrais plus, j'explosais mes records en course à pieds et je travaillais très bien.


Puis tout a basculé.

Après des mois de privation, alors que mon corps commençait à exposer une vision désagréable à mon entourage, une souffrance est arrivée du tréfonds de mon âme pour prendre possession de ma tête. Je n'avais plus peur de la mort, je voulais la rencontrer : "Si je dois mourir pour arrêter de souffrir, alors je le ferais". Cette pensée est née en moi pour ne plus me quitter. Mon esprit, de plus en plus noir, sombrait en même temps que mon corps maigrissait. Je voulais mourir.


Le poison de l'anorexie s'était dispersé dans mon esprit puis dans mon corps et désormais, il avait envahi tout mon être. Je n'étais plus Capucine. Capucine n'a jamais voulu mourir, Capucine courait et riait sans cesse. Elle croquait la vie à pleines dents. Mais désormais, Capucine avait arrêté de rire en même temps qu'elle avait cessé de vivre. Elle survivait.

Capucine Néel et son livre "Scanner de mon anorexie"
Capucine Néel et son livre "Scanner de mon anorexie"

"Je suis entrée dans un hôpital psychiatrique pour un simple rendez-vous. Je n'en suis pas ressortie"


A partir de cet instant, je devais m'en sortir pour ma famille. Mais pour cela, j'ai dû travailler sur l'origine de ma maladie. Et à force de psychologie, d'introspection et de nuits blanches, malgré les médicaments de plus en plus lourds, j'ai commencé à construire un enchaînement d'évènements pouvant être à l'origine de la petite voix qui me détruisait lentement.


Puis le confinement de mars 2020 est arrivé. Je me suis retrouvée coupée du monde entier chez mes parents. Surveillée 24 heures sur 24. Je voulais m'en sortir. Réellement. Malheureusement, je ne savais pas comment m'y prendre et ma tête, elle, ne réclamait que de la privation, que du vide. Je voyais mes parents souffrir et mes soeurs se poser des milliers de questions alors que je touchais mes os devant un miroir dans lequel je touchais mes bourrelets.

Pour eux, j'ai commencé à écrire, puis j'ai écrit pour moi. Je comprenais et j'avançais. Le sport est revenu dans ma vie en même temps que les sourires. La vie reprenait ses droits sur moi et moi, j'ai recommencé à la vivre. Tout cela s'est fait doucement. Plus j'écrivais, moins je souffrais. Plus j'écrivais, plus mes proches comprenaient. C'est pourquoi aujourd'hui, j'espère réussir à aider de nombreuses autres personnes avec cette maladie aussi perverse que manipulatrice.

Mon quotidien n'est pas encore parfait. Il m'arrive de pleurer devant des plats ou de vouloir de nouveau disparaître mais je sais que je dois me battre parce que ce n'est pas une vie. Je m'en sortirai parce que je l'ai décidé.

Mon livre Le scanner de mon anorexie est l'arme que j'ai créée pour le combat que je mène quotidiennement depuis 3 ans. Cette arme, je la partage aujourd'hui avec vous pour, je l'espère, permettre de vous aider vous ainsi que vos proches, dans la lutte contre les fléaux que sont les TCA.


Parce que personne ne devrait souffrir autant. Notre vie mérite d'être vécue et non subie. Vous n'êtes pas seuls. Il y a toujours de l'espoir même lorsque vous ne le voyez pas. Croyez-moi. Je l'ai ressenti et je suis ici aujourd'hui pour vous raconter mon histoire.

Le scanner de mon anorexie,

Un livre de Capucine Néel

Editions Maïa, disponible depuis avril 2021.