Séparer une liste de tâches en deux, une bonne idée pour l'égalité dans le couple ?

Les listes de corvées mènent-elles vraiment à l'égalité dans le couple ?
Les listes de corvées mènent-elles vraiment à l'égalité dans le couple ?
Pour répartir les tâches ménagères au sein de votre couple - et arrêter de se taper la quasi intégralité de la gestion du foyer - vous avez pensé à une liste de corvées également séparées. Bonne idée en théorie, moins en pratique. Voici pourquoi.
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Le sujet revient sur le tapis à presque tous les repas. La répartition des tâches ménagères et l'inaction de votre partenaire sont un peu votre marronnier de la rentrée, de Noël, d'été - et du reste de l'année aussi. Vous en avez ras-le-bol d'être préposée au trois-quart (au bas mot) de ce qu'il y a à faire dans la maison et en dehors. Bref, vous voulez du changement. Davantage d'égalité, vous libérer de cette charge mentale qui pèse sur vos épaules, vous réveille la nuit et use par la même occasion votre libido.

Pour arranger les choses vous avez pensé (oui, encore vous) à faire une liste de corvées, que vous séparerez en deux. Un bout de papier accroché sur la porte du frigo ou carrément un fichier Excel qui recense les courses, le passage de la serpillière, la bouffe, les devoirs, la poussière ou encore nettoyer la baignoire et les poils qui se coincent dans l'évacuation. Bref, tout ce que l'entretien d'une maison et de ses habitant·e·s implique. En face de chaque tâche, un nom. Le vôtre et celui de la personne qui partage votre quotidien (sans pour autant contribuer à l'alléger).

Le plan semble infaillible. Là au moins, impossible de retomber dans le travers d'une dynamique complètement déséquilibrée. Il·elle n'a qu'à suivre ce qu'il y a écrit, vous vous êtes mis·e·s d'accord, et les hippopotames seront bien gardés. Sauf que voilà, au bout de quelques semaines, vous n'avez pas vraiment l'impression d'avoir levé le pied. Pour la bonne raison que si chacun·e s'est bien attribué·e un nombre de tâches égal, la pénibilité et la fréquence de la tâche elle-même n'ont pas été prises en compte. Et rien ne bouge. Votre espoir s'écroule : l'égalité à la maison n'est-elle qu'une cruelle utopie ?

Pour Dan Carlson, docteur en sociologie et professeur à l'université de l'Utah, qui étudie les relations familiales, le genre et le travail, la liste de corvées n'est en tout cas pas le moyen d'y arriver.

Diviser pour mieux régner ? Pas vraiment

"Non. Cela n'est pas efficace", lance le spécialiste au magazine MindBodyGreen. Il en sait quelque chose : il a interrogé pas moins de mille couples hétérosexuels américains lors d'une étude (encore en cours aujourd'hui) pour déterminer si, oui ou non, l'astuce valait le coup. Il explique d'ailleurs avoir basé ses recherches sur cette démographie car c'est au sein des relations entre une femme et un homme que sévissent particulièrement les stéréotypes genrés menant aux inégalités ménagères.

Les conclusions sont édifiantes. Ainsi, les couples observés qui affirment se répartir entièrement les tâches entre eux, chacun·e étant responsable de sa moitié de la liste attribuée, n'ont pas tendance à être plus heureux dans leur relation que les couples conventionnels où la femme effectue la plupart voire la totalité des tâches ménagères. Et parmi les couples généralement égalitaires, le Dr Carlson affirme que seule une petite moitié de ceux qui ont utilisé cette méthode ont trouvé l'arrangement équitable. Pas un franc succès.

Faire le ménage ensemble, la clé du succès.
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Il analyse : "Le problème, c'est que les corvées varient dans leurs qualités. Certaines prennent plus de temps, sont moins agréables et isolent plus que d'autres. Cela en fait un processus rarement équitable. Car lorsque les tâches sont distribuées, il y a de fortes chances qu'un des partenaires soit moins bien loti d'une manière ou d'une autre".

Et que vous vous retrouviez à récurer les toilettes tous les trois jours pendant qu'il·elle s'occupera de plier le linge, ou de faire cuire les coquillettes. Argh.

Pour lui, cette injustice vient, une fois encore de la façon dont on élève les femmes comparé aux hommes. "Le pouvoir des genres dans les relations signifie que les femmes sont parfois déférentes des désirs et des préférences de leurs partenaires masculins. Et les hommes utilisent ce pouvoir pour assumer des tâches plus 'agréables' ou moins onéreuses". En gros, à trop vouloir lui faire plaisir, vous vous retrouvez à tout faire tout court. Et votre bien-être en prend un coup. Alors, et c'est là toute la question, que faire ?

Partager plutôt que répartir

La nuance est subtile. Mais apparemment, fait des prouesses.

Le chercheur est formel : au lieu de vous atteler à une corvée entière, partagez-la avec l'autre. "98% des couples qui se partagent l'accomplissement de toutes les tâches trouvent leurs relations équitables", informe le Dr Carlson. "La raison pour laquelle cela fonctionne est que cette technique affecte chaque partenaire de la même manière". Les interrogé·e·s auraient donc le sentiment d'un quotidien plus juste et satisfaisant lorsqu'ils procèdent ainsi, plutôt qu'en assignant un ensemble de tâches à chacun·e.

Traduction : faites la vaisselle à deux, cuisinez à deux, rangez le salon envahi par les jouets - moches - de vos gosses (vous vous étiez pourtant juré de ne pas devenir ce genre de parents, avant de réaliser qu'il n'y a pas d'autre issue) à deux, allez au supermarché à deux. Au-delà d'un quotidien plus équilibré, vous retrouverez aussi une harmonie de couple. Le spécialiste souligne que cette façon de faire permet de se sentir plus proche de l'autre pour la bonne raison que vous devrez communiquer davantage, participer à la prise de décision mutuelle et au travail d'équipe, et passer plus de temps ensemble - ce qui conduit à une relation plus forte.

A ceux et celles qui seraient accros à leur liste, en revanche, ne paniquez pas : elles ne sont pas à bannir complètement. "Créez une liste où vous décidez quels jours chaque partenaire fera la vaisselle ou la lessive ou sortira les poubelles. Puis alternez les jours ou les semaines", conseille le chercheur. Le tout, insiste-t-il, c'est de faire attention à ne pas confondre la quantité avec la pénibilité. D'évaluer ces paramètres ensemble, honnêtement. Et d'établir un planning réellement partagé. Là, enfin, l'égalité deviendra probablement réalité.