"Je suis la charge", le court qui se moque de l'inégalité du partage des tâches

Le court metrage Je suis la charge
Le court metrage Je suis la charge
Dans son court-metrage présenté au Nikon Festival "Je suis la charge mentale", Margaux Heller nous raconte avec un peu d'agacement mais surtout beaucoup d'humour le concept de charge mentale.
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Après neuf ans d'existence, le Nikon Film Festival commence à devenir l'un des concours incontournables du court-métrage. Le principe : réaliser un film de 2 minutes et 20 secondes.

Le Nikon Film Festival, c'est aussi le lieu où l'on peut parler de sujets importants en un condensé d'images : ainsi les sujets sur l'égalité et les violences sexistes et sexuelles y ont toute leur place.

Pour cette édition 2019, le thème est le partage. Le public peut voter pour son court métrage préféré jusqu'au 10 mars sur le site du Nikon Festival.

Margaux Heller, comédienne et réalisatrice, a elle cette année décidé de présenter un court-métrage sur la charge mentale. Avec "Je suis la charge" , elle réussit avec brio en seulement 2 minutes à expliquer avec humour tout le concept de ce qui pourrit la vie de tant de femmes : le manque d'égalité et de partage dans les tâches domestiques. Elle nous en dit plus sur sa démarche.

Je suis la charge mentale


Terrafemina : Pourquoi avoir choisi ce thème de la charge mentale pour votre court-métrage ?

Margaux Heller : La question de "la charge mentale" est encore peu connue du grand public. J'ai moi-même découvert ce concept grâce au travail de la dessinatrice Emma que j'aime beaucoup et dont la BD sur le sujet avait été largement diffusée sur les réseaux sociaux.

Je me suis dit, comme beaucoup de femmes en la lisant : voilà un mot posé sur ce que je ressens, sur ce que je vis. Nommer les choses, c'est déjà les appréhender, en prendre conscience et c'est donc une première étape vers le changement.

J'ai senti que je voulais prendre part à ces grands changements de société qui sont en train d'avoir lieu au regard de la place des femmes dans le monde à travers chaque petit détail du quotidien. Les petits combats mènent aux grandes victoires.

Comment avez-vous écrit le scénario et comment souhaitiez-vous aborder le sujet ?

M.H. : Je viens de la comédie et c'est un langage qui me parle et me touche. Par ailleurs, je voulais absolument éviter le misérabilisme ou la représentation d'un monde manichéen où l'homme est un "salaud" et la femme une "victime".

J'ai donc pensé qu'écrire une saynète du quotidien, distiller de l'humour et amener une chute qui pourrait prêter à sourire était le meilleur moyen de faire passer le message et de faire prendre conscience aux hommes ce qu'ils font, sans les agresser.

Ces situations sont-elles issues de votre expérience ?

M.H. : "Toute similitude avec des faits et des personnes ayant réellement existé ..." Blague à part, bien sûr, ces situations sont issues de schémas que j'ai vus autour de moi toute mon enfance et même en grandissant.

Est-ce que votre film a créé le débat autour de vous sur la question ?

M.H. : Oui ! Beaucoup plus que ce que j'imaginais : j'ai reçu des dizaines de messages de femmes qui me remerciaient de porter ce sujet et en même temps d'hommes qui sentaient le besoin de se justifier ou de se défendre en me disant "on n'est pas tous comme ça !".

Bien entendu, et heureusement, il y a des hommes qui sont aussi des maris et des pères extraordinaires et qui ne sont pas infantilisés par leur compagne. Bien sûr, ça existe !

Je pointe seulement du doigt un schéma traditionnel où la femme est l'autorité responsable pour la vie d'intérieur et où l'homme n'endosse pas sa part. Il reste considéré en grande majorité comme "l'aidant". Mais il ne s'agit pas d'aider ! Cela sous-entendrait que l'homme assiste la femme dans une mission dont elle est responsable. Or non, il s'agit de faire, de penser à faire, à parts égales et de trouver cela normal.

Ce n'est pas la première fois que les réalisateur·trices utilisent cette plateforme du Nikon Film Festival pour parler de sujets féministes, pourquoi est-ce une plateforme intéressante ?

M.H. : Le Nikon Film Festival existe depuis plusieurs années maintenant est c'est une plate-forme qui draine beaucoup de passage. De manière générale, cette plateforme peut permettre de faire connaitre un concept et de diffuser une idée largement.

En quoi le format du court-métrage permet d'aborder plus efficacement ce type de sujets sur l'égalité ?

M.H. : Je pense que les bonnes idées naissent de la contrainte : ce format imposé de 2 minutes 20 nous oblige à être efficace. Et cette efficacité est précieuse lorsqu'il s'agit de vouloir impacter et laisser une trace.

Quand des amis me disent : "J'ai pensé à ton court-métrage la dernière fois que j'ai dit à ma copine 'c'était pas sur la liste' ...". Je me dis que c'est quelque part déjà un peu gagné.