Santé
Elles tatouent gratuitement les survivantes d'un cancer du sein
Publié le 6 octobre 2017 à 15:58
La 2e édition de la semaine "Rose Tattoo" a démarré ce lundi 2 octobre à Bordeaux dans le cadre d'Octobre Rose. L'événement, qui propose de tatouer gratuitement des femmes ayant subi des mastectomies, s'accompagne cette année du lancement de "Soeurs d'encre", 1er site internet consacré aux tatouages féminins réalisés après un cancer du sein.

Alors qu'Octobre Rose- mois de mobilisation nationale contre le cancer du sein- bat son plein, la semaine "Rose Tattoo" s'achèvera ce vendredi 6 octobre à Bordeaux. Pendant 7 jours, des femmes qui ont subi une opération à la suite d'un cancer de sein se font tatouer la poitrine. À l'origine de cette initiative, Nathalie Kaïd. Photographe professionnelle, cette dernière a travaillé aux États-Unis pendant 3 ans sur une série de clichés qui met en scène plusieurs femmes tatouées. "Certaines avaient un eu cancer du sein. Après leur mastectomie, elles avaient décidé de se faire tatouer pour se sentir femme à nouveau."

Touchée par l'histoire de ces femmes, l'artiste a une idée : lancer un salon de tatouage éphémère en partenariat avec la Maison Rose de Bordeaux, un lieu d'accueil pour les femmes atteintes d'un cancer. Le principe consiste à tatouer gratuitement des femmes afin de les aider à se reconstruire physiquement et psychologiquement. L'objectif ? Leur permettre de guérir des cicatrices, mais surtout de retrouver leur féminité.

"Mon idée a tout de suite séduit la Maison Rose. C'est comme ça qu'est née l'association Rose Tattoo", raconte Nathalie Kaïd. En octobre 2016, date de la première édition de la semaine "Rose Tattoo", neuf femmes sont passées sous les aiguilles délicates d'une dizaine de tatoueuses bénévoles. "Cela nous semblait très important que la première édition soit entièrement féminine, et donc que les tatouages soient réalisées exclusivement par des femmes", explique Nathalie Kaïd.

Se faire tatouer pour retrouver sa féminité après un cancer du sein
Une véritable renaissance

La seconde édition "Rose Tattoo" a démarré le 3 octobre. Cette année, 16 femmes se seront faites tatouer à titre gracieux, soit presque deux fois plus que l'année dernière. Mais cette édition symbolise surtout le lancement de "Soeurs d'encre", le premier site internet à s'adresser aux femmes qui veulent se faire tatouer après un cancer.

"Pour certaines, se faire tatouer est une évidence. Pour d'autres, c'est une envie encore un peu floue, pour la plupart, cela peut-être une crainte, une source de questionnements. Ma peau irradiée va-t-elle supporter ça ? Ma cicatrice peut-elle être tatouée ? Combien de temps après l'opération ? "Soeurs d'Encre" répond à toutes ces questions", présente Nathalie Kaïd, également à l'origine de l'initiative.

Sur le site, on trouve des photos des tatouages réalisés lors de la semaine "Rose Tattoo", des témoignages des femmes qui ont participé à l'événement et des conseils avisés qui s'adressent à toutes les femmes désireuses de se faire tatouer après leur cancer.

"Se faire tatouer sur une cicatrice n'est pas sans risque. C'est pourquoi nous travaillons avec des oncologues et suscitons toujours leur avis avant de présenter une femme à nos tatoueuses. C'est le même principe que pour les conseils que nous donnons sur le site. Ils s'appuient tous sur des expertises médicales", précise Nathalie Kaïd.

En créant "Soeurs d'encre", la photographe voulait également montrer à quel point l'expérience s'est révélée positive pour toutes les femmes qui ont sauté le pas. "Certaines avaient peur, de la douleur notamment. Mais aucune n'a reculé. Aujourd'hui, elles voient cette expérience comme une véritable renaissance", constate Nathalie Kaïd.

"Cette expérience m'a sauvé la vie"
Se faire tatouer pour retrouver sa féminité après un cancer du sein

Laura, 33 ans, est l'une des premières femmes à avoir tenté l'expérience "Rose Tattoo". Elle nous raconte : "J'ai subi une double mastectomie en 2015. Après ça, je ne pouvais plus regarder mes seins dans la glace. Je portais un soutien-gorge de contention jour et nuit. Il me faisait mal, mais j'avais honte de dévoiler ma poitrine, même devant mon mari. Quand j'ai pris connaissance du projet Rose Tattoo sur Facebook, j'ai tout de suite contacté l'association. J'avais déjà pensé à me faire tatouer avant, mais je trouvais compliqué de dévoiler ma poitrine à un parfait étranger, qui risquait de ne pas comprendre ma démarche. Sans parler de l'aspect très onéreux que peut représenter un tatouage.

Quand l'association Rose Tattoo m'a proposé de rencontrer l'une de ses tatoueuses, j'ai donc tout de suite accepté. On a discuté, puis elle a dessiné un croquis au feutre sur mon sein : deux roses entourées de dentelle, sa spécialité. En rentrant chez moi ce soir-là, j'ai enlevé mon soutien-gorge de contention : je ne l'ai plus jamais porté depuis. Je me suis fait tatouée le premier sein en octobre, puis le second en décembre. Depuis, je peux enlever mon tee-shirt sur la plage sans avoir honte. Mon mari regarde ma poitrine à nouveau. Avant, quand je regardais mes seins, je ne voyais que le cancer. Aujourd'hui, je vois un beau tatouage. La maladie est partie. Cette expérience m'a sauvé la vie."

Se faire tatouer pour retrouver sa féminité après un cancer du sein
195 témoignages et 530 photos

Les recherches de Nathalie Kaïd réalisées autour de la thématique des femmes tatouées seront réunies dans un livre à paraître courant 2018. Intitulé "S'aimer tatouée", l'ouvrage proposera 195 témoignages (dont certains récoltés lors de la semaine Rose Tatoo) et 530 photographies en couleurs. La photographe a récemment lancé une campagne de crowdfunding en ligne pour financer son projet. Pour en savoir plus, rendez-vous ici.

Par Léa Drouelle | Journaliste
Lea Drouelle, journaliste spécialisée dans les sujets de société sur le site terrafemina.com
Mots clés
Santé cancer femmes News essentielles Tatouage interview
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