"Avant d'être une athlète, je suis une femme noire" : le monde du sport en grève pour Jacob Blake

La tenniswoman Naomi Osaka lève le poing.
La tenniswoman Naomi Osaka lève le poing.
"Je suis épuisée de voir un nouveau hashtag tous les jours et d'avoir cette même conversation encore et encore. Quand cela cessera-t-il ?". Aux Etats-Unis, un boycott d'une ampleur exceptionnelle bouscule les compétitions sportives. L'idée ? Dénoncer les abus policiers dont fut victime Jacob Blake. En un mot d'ordre : #BlackLivesMatter.
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C'est une situation exceptionnelle qui bouscule le paysage sportif outre-Atlantique. Aux Etats-Unis, les sportifs professionnels se mobilisent depuis plusieurs jours au nom de Jacob Blake, ce père de famille afro-américain victime de violences policières, touché par sept balles dans le dos à Kenosha, dans le Wisconsin. Au sein de la NBA, notamment - la ligue nationale de basket, et la plus grande au monde. L'équipe des Milwaukee Bucks, par exemple, a décidé d'annuler ses prochains matchs en signe de protestation. Un boycott qui s'est finalement déployé dans certaines équipes de base-ball, comme les Milwaukee Brewers, mais aussi de football.

Une prise de position forte, et qui se propage déjà au sein de bien d'autres domaines sportifs. Le tennis, par exemple. Sur son compte Twitter, la tenniswoman professionnelle japonaise Naomi Osaka a annoncé qu'elle annulerait son prochain match - un match crucial de demi-finale. L'espace d'un communiqué relayé des millions de fois, elle explique à qui s'en douterait son engagement : "Avant d'être athlète, je suis une femme noire. Et en tant que femme noire, j'ai l'impression qu'il y a des questions beaucoup plus importantes, qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis".

Un éveil des consciences salutaire. La sportive poursuit : "Je ne m'attends pas à ce que quelque chose de révolutionnaire se produise si je ne joue pas, mais si je peux provoquer des débats au sein de ce sport majoritairement blanc, alors je considère que c'est un pas dans la bonne direction". On l'espère aussi.

Une mobilisation inédite

"Constater la perduration du massacre des Noirs par la police me donne mal au ventre", tacle la championne Naomi Osaka. Des termes puissants, viscéraux, qui témoignent d'une réelle fatigue militante. "Je suis épuisée de voir un nouveau hashtag tous les jours et d'avoir cette même conversation encore et encore. Quand cela cessera-t-il ?", déplore-t-elle sur le même ton. Dans son tweet se succèdent les noms de George Floyd, Breonna Taylor et Elijah McClain - ce vingtenaire afro-américain mort l'an dernier des suites de son arrestation par la police. "Être silencieuse n'est jamais la bonne réponse", affirmait déjà la joueuse de tennis au sujet de la mort de George Floyd.

Et cela, bien des fédérations sportives l'ont entendu, comme la USTA, la Fédération américaine de tennis, qui a décidé d'annuler à l'unisson ses prochains tournois afin de réagir "à l'inégalité raciale et l'injustice sociale".

De leur côté, les Milwaukee Bucks, l'équipe de basket de Milwaukee, ont revendiqué leur engagement l'espace d'un communiqué relayé par USA Today: "Malgré les appels massifs au changement, il n'y a pas eu d'action, donc nous ne pouvons pas nous concentrer sur le basketball". Les joueurs interpellent directement l'Assemblée législative de l'État du Wisconsin. Et en appellent à "prendre des mesures significatives" quant à la responsabilité des forces de l'ordre.

Ce n'est pas la première fois que les milieux sportifs américains se voient secoués par les drames qui agitent le pays. On se rappelle évidemment du geste du quaterback Colin Kaepernic en 2016. Le footballeur avait posé le genou à terre pendant l'hymne national américain afin de protester contre les violences policières qui affectent la communauté afro-américaine (un geste repris par le Ballon d'Or Megan Rapinoe). En juillet dernier encore, des messages de soutien au mouvement Black Lives Matter ornaient les maillots des joueurs de la NBA.

Dans la rue comme sur les terrains, la lutte continue.