Le caractère lesbophobe retenu dans le viol d'une femme : une grande première

Le caractère lesbophobe retenu dans le viol d'une femme : une "première"
Le caractère lesbophobe retenu dans le viol d'une femme : une "première"
Chose rare dans le cadre de la justice française : la reconnaissance du caractère lesbophobe d'un viol par la cour d'assises d'appel de Paris. Pour beaucoup de voix militantes, c'est une vraie avancée.
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"Les faits ont été accompagnés de propos portant atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime en raison de son orientation sexuelle". Tel est le verdict qui fut rendu par la cour d'assises d'appel de Paris à propos du viol dont fut victime une jeune femme lesbienne en octobre 2017. Le 28 mai dernier, la cour a donc affirmé le caractère lesbophobe d'un viol. Et c'est une première.

Effectivement, l'orientation sexuelle de la victime n'est que trop peu souvent mise en relation avec l'acte de haine de l'agresseur. Ce dernier a été condamné à quatorze ans de réclusion criminelle, comme nous l'apprend le journal Le Monde. "Je suis assez rarement ému au moment du délibéré, et aujourd'hui, je suis très ému. C'est la suite du procès d'Aix-en-Provence", a affirmé à ce sujet Stéphane Maugendre, l'avocat de la victime.

Une allusion à un procès historique : en 1978, l'avocate féministe Gisèle Halimi défendait deux femmes lesbiennes belges, battues, séquestrées et violées par trois hommes quatre ans plus tôt. La condamnation des agresseurs fut un premier pas vers la reconnaissance du viol en tant que crime dans la loi française.

Pour Stéphane Maugendre, le verdict de la cour d'assises d'appel de Paris répond donc à une même évolution de la loi. A l'unisson, la candidate à la primaire d'EELV et militante féministe Sandrine Rousseau voit dans "la reconnaissance du caractère lesbophobe d'un viol", une "grande avancée" pour la justice française.

"Il avait envie de me détruire pour ce que je suis"

"On ne peut pas faire semblant de ne pas comprendre. Il avait envie de me détruire pour ce que je suis", a déclaré la victime (auquel Le Monde attribue le pseudonyme de "Jeanne") à propos de son agresseur. Ce dernier, après que la trentenaire ait refusé d'avoir une relation sexuelle avec lui (elle lui avait précédemment précisé qu'elle était lesbienne), l'aurait battue, torturée et violée durant une heure et demie. Sa menace initiale ? "Ah, tu kiffes les meufs, je vais te faire kiffer".

Le caractère lesbophobe de l'agression semble donc explicite au vu des faits présentés. Cette affaire avait déjà fait l'objet d'un premier procès en mars 2020. L'agresseur avait alors été condamné à quinze ans de prison. Mais le caractère homophobe de ce viol, une circonstance aggravante systématiquement niée par l'agresseur, n'avait pas été retenue par la cour d'assises de la Seine-Saint-Denis, comme le souligne encore Le Monde.

C'est désormais chose faite. "Une femme est violée parce qu'elle est lesbienne. Un viol correctif sanctionné de 14 ans de réclusion criminelle, du fait de sa motivation lesbophobe. Parfois il y a justice. 'Jeanne' on t'aime, ton courage dans ce procès fera date pour nous toutes", a conclu l'autrice féministe Anne-Laure Pineau.