Le "burkini" lancé par Marks & Spencer en Angleterre fait scandale

Un maillot de bain-burqa commercialisé en Grande-Bretagne par la très célèbre enseigne Marks & Spencer : un signe d'ouverture au multiculturalisme ou un scandale sexiste ?
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Pour 49.50£, soit 63 euros, vous pouvez désormais acheter dans les magasins de la célèbre marque anglaise de prêt-à-porter Marks & Spencer des maillots de bain-burqa, surnommés "burkinis". Ce maillot long et couvrant, composé de trois pièces, "couvre le corps entier à l'exception de la tête, des mains et des pieds, mais sans faire de concession au style" selon le site en ligne de M&S. Il existe en deux couleurs, noir et bleu, et peut se vanter d'être "très léger, ce qui vous permet de nager sans problème avec". Ces maillots étaient déjà commercialisés –et très appréciés- dans les magasins M&S en Libye et à Dubaï. Mais Marks & Spencer a décidé de le mettre également en vente en Grande-Bretagne, surfant sur le phénomène de "mode pudique ou "modest fashion"", un secteur en plein essor qui propose aux femmes de confession musulmanes des vêtements et des voiles adaptés - des marques comme H&M, Dolce & Gabbana et Uniqlo ont récemment lancé des collections de mode modeste incluant des hijabs et des abayas.


Preuve de multiculturalisme....

Une femme en burkini au bord de la plage
Une femme en burkini au bord de la plage

Mais le burkini fait des vagues. Certains se félicitent de l'apparition de ce maillot et de sa commercialisation en Angleterre, arguant que les femmes devraient être libres de porter les vêtements qu'elles souhaitent et de se soustraire aux regards à la plage si c'est ce qu'elles désirent. Le Daily Mail est le premier à encenser le burkini M&S comme étant "la preuve ultime du multiculturalisme de la Grande-Bretagne".

...ou sexisme caché?

Le bikini serait-il une manière d'affirmer notre lutter contre le sexisme?
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Mais des voix –de femmes notamment- s'élèvent pour protester contre ce maillot un peu particulier. Pour la chroniqueuse Allison Pearson du Telegraph, peu importe le style du burkini dont se targue la marque anglaise, "c'est sa symbolique qui est hideuse" puisque ce burkini apparaît pour beaucoup comme "une tentative pour normaliser le traitement du corps de la femme comme étant quelque chose qu'on devrait cacher, dont on devrait avoir honte". Pour la journaliste, le bikini est un symbole féministe puissant, tant l'évolution des costumes de bains est un témoignage direct de la manière dont les femmes ont peu à peu gagné le droit de jouir sans honte de leurs corps, passant des maillots lourds et handicapants du XIXe siècle jusqu'aux petits deux-pièces. Ainsi, elle considère qu'accepter la vente de ces burkinis chez M&S à Londres revient à "laisser le sexisme se faufiler sous notre porte".

Les jeunes femmes d'aujourd'hui se battent contre le "body-shaming", cette tendance qui cherche à faire culpabiliser les femmes sur leur apparence physique. Dans un monde où les adolescentes sont bombardées d'images de corps irréels, lisses, maigres et photoshoppées, on essaye de leur apprendre à ne pas avoir honte de leur physique, peu importe leurs poids et leur corpulence. Tout l'inverse de ce burquini ? Anne-Sophie Letac, professeur de géopolitique à l'Ens d'Ulm, chroniqueuse au FigaroVox et au Figaro, va même plus loin en dénonçant sur Twitter ce qu'elle considère comme "une version mercantile de la compromission de certains élus envers le salafisme".

Sur la Toile, les internautes se déchirent et multiplient les tweets condamnant Marks & Spencer, et de nombreux chroniqueurs et journalistes se font entendre pour protester contre ce maillot de bain-burqa. Hailey Wilbur, par exemple, signe un billet d'humeur incendiaire pour le site MIC en expliquant que selon elle, commercialiser ce maillot comme si c'était un objet anodin et sympathique et pas le vêtement restrictif, quasi religieux qu'il est, en posant le corps humain comme quelque chose de lascif, honteux et sexuel que l'on se doit de dissimuler, est inadmissible car cela revient à accepter un sexisme d'autant plus dangereux qu'il est insidieux.

L'été est encore loin, mais on n'a pas fini de se déchirer sur ce sulfureux burkini...