La pub pour le rajeunissement vaginal d'une "Marseillaise" écoeure

"Comme si j'avais 12 ans" : la promo pour le rajeunissement vaginal d'une "Marseillaise" écoeure
"Comme si j'avais 12 ans" : la promo pour le rajeunissement vaginal d'une "Marseillaise" écoeure
Ce week-end, Maeva Genhamm, candidate de l'émission de télé-réalité "Les Marseillais" sur W9, a fait parler d'elle pour autre chose que ses embrouilles surjouées avec ses pairs ou ses histoires de coeur : sa pub hallucinante et bourrée d'injonctions pour le rajeunissement vaginal.
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Son nom ne vous dit peut-être pas grand-chose - si tant est que vous ne soyez pas accro à la téléréalité - et pourtant, Maeva Ghennam, 24 ans, rassemble une communauté de plus de 3,2 millions d'abonné·e·s sur les réseaux sociaux. Un biais par lequel elle reste en contact permanent avec ses fans, quand elle ne tourne pas de nouveaux épisodes des Marseillais ou des Marseillais vs le reste du monde, la version jeu-compétition de l'émission qui oppose les candidat·e·s issu·e·s de la cité phocéenne à celles et ceux qui ne peuvent pas se targuer du gentilé.

Sur Instagram et Snapchat, la jeune femme qui ne cache pas ses multiples opérations chirurgicales y va de ses conseils beauté, de ses décryptages animés de ses histoires perso, de ses placements de produit en tout genre. Rien de bien neuf dans le milieu, qu'on se le dise, mais son "franc parler", comme le qualifie son agente Magali Berdah, semble attiser la curiosité et l'engouement des foules.

Jusqu'à ce vendredi 3 septembre, où Maeva Ghennam a possiblement sorti la phrase de trop.

"J'ai de la chance, j'ai un beau vagin"

Comme à son habitude, l'influenceuse made in W9 a filmé en direct un rendez-vous pour faire la promo du service en question, moyennant certainement sa gratuité voire une coquette somme d'argent. C'est son gagne-pain, en même temps. Cette fois, ce n'était autre que le Dr Arry Boujenah, gynécologue qu'elle a visité lors d'une escale parisienne (Maeva Ghennam vit à Dubaï comme le reste, pas du monde, mais de la troupe).

Elle raconte l'opération que le spécialiste vient d'effectuer sur une partie de son corps - et la suite va vous étonner : "Ce que j'ai fait est trop bien, j'ai fait des machines au niveau de mon vagin, de la radiofréquence et de la mésothérapie sans injection", énumère-t-elle devant l'homme qu'elle n'oublie pas de présenter avec enthousiasme. Et de s'extasier, faisant à chaque mot saigner un peu plus notre cerveau : "Ça rajeunit le vagin, c'est trop bien. Je trouve que c'est super important d'avoir un beau vagin. J'ai vraiment de la chance, je n'ai pas les lèvres qui dépassent. [...] Là, c'est comme si j'avais 12 ans !"

Alors. Par où commencer ?

D'abord, petit rappel anatomique : ce qu'elle nomme vagin est en réalité sa vulve. L'ensemble des organes génitaux externes composés des petites lèvres, des grandes lèvres, du capuchon et du gland du clitoris, du vestibule, que nombreux·se·s confondent encore avec le vagin.

Ensuite, les commentaires qu'elle lui adresse. La façon dont la jeune femme encense son "beau vagin" qui n'a "pas les lèvres qui dépassent". Une "chance" selon celle qui se réjouit qu'il ressemble désormais - et grâce à l'intervention de ce cher docteur - à celui d'une enfant de 12 ans. Quelque chose nous dit que les dangereux idéaux de beauté insufflés par le porno sauce male gaze ont fait leur chemin jusque dans son esprit (mais pas que, malheureusement). Et nous ne sommes pas les seules à nous en offenser.

"Nos complexes enrichissent ceux qui les créent"

"Gravissime. Une vulve de 12 ans ne devrait JAMAIS être un référentiel de beauté", s'indigne ainsi le compte Instagram féministe Je suis une sorcière, demandant par la même occasion de ne pas "s'en prendre au résultat mais bien à cause, ainsi qu'au médecin derrière qui se fait du fric sur les complexes créés à ses patient·e·s". De quoi calmer les propos "sexistes et classistes" qui seraient dirigés à l'encontre de Maeva Ghennam.

Le texte poursuit : "Par ailleurs, une vulve qui a les lèvres qui dépassent n'est ni moche, ni belle, c'est une vulve, c'est tout". "Toutes les vulves sont différentes et le sacrosaint capitalisme qui passe son temps à entretenir et créer davantage de complexe pour inventer de nouveaux moyens de prendre de l'argent aux personnes perçues comme femmes n'hésite pas à aller s'infiltrer jusque dans nos dessous." Il épingle à juste titre : "nos complexes enrichissent ceux qui les créent".

Et il n'y a qu'à voir le sourire satisfait du praticien filmé devant des millions d'abonné·e·s pour se douter qu'en effet, ce n'est pas tant le bonheur de sa cliente après leur séance que la perspective d'en acquérir des dizaines d'autres qui le met en joie. Ça, et la façon dont notre société et les multiples injonctions adressées aux femmes et personnes à vulve finiront par en pousser nombreuses dans son cabinet.

Depuis ce tollé digital, Maeva Ghennam a reconnu sur Instagram : "Je me suis très mal exprimée, ce que j'ai dit est très grave". "Je tiens vraiment et sincèrement à m'excuser", insiste la jeune femme, qui a finalement expliqué le but de sa démarche : une épilation complète du maillot réalisée par une esthéticienne lui a provoqué des brûlures. "Je l'ai expliqué à mon gynécologue qui m'a mis des LED au niveau du maillot, pas du vagin, pour soulager ma douleur. Il m'a fait de la mésothérapie, donc sans injection, pour hydrater et enlever ces brûlures (...) c'est tout ce que j'ai fait".

Mieux vaut tard que jamais ? Espérons en tout cas que sa communauté, fidèle et particulièrement jeune, aura seulement retenu ce dernier message.