Non, Marine Le Pen n'est pas "féministe" : 6 piqûres de rappel nécessaires

Publié le Mercredi 20 Avril 2022
Catherine Rochon
Par Catherine Rochon Rédactrice en chef
Rédactrice en chef de Terrafemina depuis fin 2014, Catherine Rochon scrute constructions et déconstructions d’un monde post-#MeToo et tend son dictaphone aux voix inspirantes d’une époque mouvante.
Non, Marine Le Pen n'est pas féministe
Non, Marine Le Pen n'est pas féministe
Dans cette photo : Marine le Pen
Si elle s'est habilement "marketée" tout au long de sa campagne présidentielle comme une alliée des femmes, le programme et les votes de Marine Le Pen prouvent bel et bien qu'elle s'oppose aux avancées féministes.
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Nous avons failli en tomber de notre chaise. Selon un sondage Ifop commandé par le magazine Elle et réalisé auprès d'un échantillon représentatif de 1 000 Françaises âgées de 18 ans et plus, 49 % des électrices jugeraient Marine Le Pen "féministe" contre 30% pour Emmanuel Macron. Il semblerait donc que la stratégie du "féminisme washing" de la candidate du RN, échafaudée à grand renfort de sourires forcés, de copinage (coucou Karine Le Marchand), de confidences mielleuses et de chats mignons ait fonctionné à plein.

Pourtant, derrière cette vitrine lisse et soigneusement marketée, ce sont toujours les idées nauséabondes du Front national de Jean-Marie Le Pen qui perdurent. Un programme qui place la "priorité nationale" au coeur de toutes ses mesures, un projet anticonstitutionnel dangereux qui va à l'encontre des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité (et sororité) de la France.

"Dans un électorat féminin qui pèse pour 53% du corps électoral, force est de constater que Marine Le Pen tire les fruits du travail de dédiabolisation enclenché il y a une dizaine d'années et qui s'est accentué ces six derniers mois avec l'offre concurrente ultra-conservatrice portée par Éric Zemmour", analyse François Kraus de l'Ifop. "Grâce à une rhétorique 'fémonationaliste' qui fustige le sexisme uniquement quand il est le produit d'hommes d'origine immigrée, la candidate du RN a adouci son image tout en se rapprochant d'autres droites populistes européennes qui, comme le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas, lient aussi "liberté" des moeurs (ex : femmes, LGBT) et xénophobie."

Petite piqûre de rappel (semble-t-il) nécessaire : non, Marine Le Pen n'est pas féministe. Pire : son programme est anti-femmes.

Marine Le Pen se contrefiche des femmes

Marine le Pen a fait de son genre un argument électoral, brandissant son "femme d'Etat" comme un étendard. Pourtant, derrière ce vernis pseudo "girl power", la candidate du Rassemblement national accorde très peu d'intérêt aux droits des femmes. Elle les a même tout simplement oubliés.

La preuve ? Les femmes sont tellement au coeur des préoccupations de Marine Le Pen qu'elle ne leur consacre... aucun de ses 16 livrets thématiques. Par ailleurs, "le mot 'femme' n'apparaît ni dans les vingt-deux mesures phares de la candidate, ni dans son manifeste présidentiel", rappelle Mediapart. Les seules fois où les femmes sont évoquées, c'est au détour des chapitres consacrés à la "famille "et à la sécurité".

Mesdames, sachez que Marine Le Pen a de grandes ambitions pour vous : elle souhaiterait vous voir davantage procréer ("Inciter les familles françaises à concevoir plus d'enfants"). Et son unique mesure contre les violences sexistes et sexuelles se résume à la lutte contre le harcèlement de rue (parce que c'est bien connu, l'agresseur est toujours dans l'espace public et dans le monde façon RN, les violences conjugales et les féminicides n'existent pas). Un programme d'une modernité folle.

"La rue, c'est l'espace où 'l'étranger' est présent et susceptible de venir agresser des femmes 'honnêtes'. On reste sur cette rhétorique associée à l'immigration", souligne la politologue Christelle Lagier.

Marine Le Pen n'a pas non plus jugé bon de faire des propositions pour lutter contre les inégalités salariales. Ballot pour une candidate qui se prétend du côté des plus modestes. La question de la santé des femmes est elle aussi absente du programme.

Rappelons par ailleurs que Marine Le Pen la grande "féministe" s'est d'ailleurs régulièrement opposée aux lois sur la parité dans les conseils d'administration des entreprises ou sur les listes électorales comme le souligne Mediapart. Une idéologie sexiste et rétrograde que l'on retrouve au sein même du parti : on ne compte que 4 femmes sur 14 membres au Bureau exécutif du RN.

Enfin, la question des droits des femmes lui importe tellement que Marine Le Pen souhaiterait tout bonnement supprimer le ministère consacré à l'égalité femmes-hommes, créé depuis 1974. Voilà qui est clair.

Marine Le Pen prône l'exclusion des femmes

Il semble nécessaire de rappeler que ce n'est pas parce que l'on est une femme que l'on est "féministe". Une féministe a parmi ses valeurs cardinales la sororité, la solidarité et l'entraide entre femmes. Une jolie notion que le programme raciste et xénophobe de Marine Le Pen pulvérise allégrement.

Ainsi, la candidate du RN propose de "sanctionner par une amende le port du voile hors de la sphère privée", dévoyant le principe de la loi de 1905 sur la laïcité qui autorise chacune et chacun à exprimer librement ses convictions dans l'espace public. Cette soi-disant défense des femmes musulmanes contre la "pression" qu'elles pourraient ressentir à se voiler et ainsi les "libérer" sert en fait de prétexte à stigmatiser et violenter toute une partie de la population française.

Car oui, pour Marine Le Pen, la sororité est infiniment étriquée. Son obsession pour la "préférence nationale" mettrait ainsi au ban de la société des femmes (et leurs enfants) qui n'auraient pas le bon goût d'être blanches, catholiques et nées en France.

"Si Marine Le Pen arrivait au pouvoir, cela signifierait que les emplois, les aides, les logements seraient réservés aux Français·es, le droit du sol serait supprimé tout comme le regroupement familial, le droit d'asile serait drastiquement restreint et la loi Gayssot et la loi Pleven, les lois antiracistes, seraient supprimées", rappelle la chercheuse spécialiste de l'extrême droite Nonna Mayer.

Non, la société rêvée de Marine Le Pen n'est pas celle de l'égalité : elle est celle du rejet et de l'exclusion.

Marine Le Pen et Jordan Bardella lors d'une conférence de presse du 11 avril 2022
Marine Le Pen et Jordan Bardella lors d'une conférence de presse du 11 avril 2022
Dans cette photo : Marine le Pen

Marine Le Pen menace le droit à l'avortement

Si elle prétend être du côté des femmes, Marine Le Pen n'a pas intégré le principe fondamental du droit à disposer librement de leur corps. Ainsi, elle n'a eu de cesse de dénoncer des "avortements de confort", proposant même en 2012 de dérembourser l'IVG. Parce que c'est bien connu, les femmes vont avorter comme elles vont faire des emplettes.

Si elle a depuis légèrement rétropédalé sur le sujet en public, les votes du Rassemblement national, eux, ne trompent pas : les élus ont ainsi voté contre l'allongement du délai d'IVG de 12 à 14 semaines en février dernier à l'Assemblée nationale, avancée que Marine Le Pen a qualifiée de "dérive purement idéologique". Et les eurodéputé·es RN se sont opposé·es en novembre 2020 à une résolution condamnant la décision de la Pologne (dont le dirigeant d'extrême droite Mateusz Morawiecki est l'un de alliés de Marine le Pen) d'interdire la quasi-totalité des avortements en 2020, puis 2021.

Le Rassemblement national vote contre les droits des femmes

Il y a les paroles et les actes. Et il suffit de scruter les votes (ou abstentions) des élu·es du Rassemblement national pour comprendre que le parti d'extrême droite est très loin de constituer un rempart contre le patriarcat. Pire : il le renforce et s'affaire à systématiquement s'opposer aux avancées féministes. Voici quelques exemples criants au Parlement européen.

Comme le souligne Mediapart, les député·es européen·nes RN (dont Marine Le Pen) "avaient voté contre la convention d'Istanbul, traité européen phare en matière de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes" en 2016.

En janvier 2020, les eurodéputé·es (dont Jordan Bardella) votaient contre une résolution visant à interpeler les Etats pour agir contre les inégalités salariales, alertant sur les revenus des femmes "anormalement faibles par rapport à ceux des hommes" au sein de l'Union européenne.

En décembre 2021, les eurodéputé·es du Rassemblement national s'étaient opposé·es à une résolution intitulée "MeToo et harcèlement : conséquences pour les institutions de l'Union européenne".

Marine Le Pen quant à elle était portée disparue lors du vote sur la reconnaissance de l'endométriose comme affection longue durée en ce début 2022. Sans doute trop occupée par ses chats pour se pencher sur une maladie qui touche une femme sur dix.

Marine Le Pen est LGBTophobe

Marine Le Pen est sans ambiguïté : elle est homophobe. Comme le rappelle France Inter, en 2011, elle s'illustrait avec une tirade particulièrement réactionnaire lorsqu'elle était interrogée sur le mariage pour tous.

"Le mariage s'effectue entre un homme et une femme. Je ne pense pas qu'il soit positif de changer cette règle, parce qu'alors, si l'on part de ce principe, on peut aller à la limite très loin dans la modification de notre civilisation. On peut aussi décider qu'après tout, pourquoi n'a-t-on le droit que de se marier avec un homme. Pourquoi pas avec plusieurs ? Pourquoi pas l'autorisation de la polygamie ?"

En 2019, elle s'était d'ailleurs opposée à la PMA pour toutes. "La société ment en disant 'Tu es né de deux parents du même sexe' alors que biologiquement, c'est impensable", expliquait cette grande progressiste.

Dans son programme de 2022, elle a choisi d'avancer (comme souvent) masquée. Elle propose ainsi "un moratoire d'au moins trois ans" sur les sujets sur les "évolutions sociétales significatives" qui ont "particulièrement impacté les familles et profondément divisé les Français". On comprend où elle veut en venir.

Toutes les associations féministes alertent contre le péril Le Pen

Si l'ensemble des associations de défense des droits des femmes monte au créneau lors de ce second tour de l'élection présidentielle face à la menace de l'extrême droite, ce n'est pas anodin. Et il faut savoir entendre cette alerte.

"Aujourd'hui, la présence de cette candidate raciste et antiféministe au second tour représente un danger réel et concret pour les droits et la sécurité des femmes, des enfants et des personnes LGBTQIA+, précaires et/ou racisé·e·s", a ainsi rappelé #NousToutes. "Le risque est beaucoup trop grand de la voir accéder à la plus haute fonction de l'État alors que tout dans le programme de Marine Le Pen est l'héritage viriliste et raciste du FN".

"Nous, associations de défense des droits des femmes, ne sommes pas dupes. Si Marine Le Pen prétend que voter pour elle, une femme, c'est voter pour les droits des femmes, ses actes la contredisent. Nous alertons avec gravité sur les risques de recul pour les droits des femmes que représenterait son accession à la Présidence de la République", cingle une tribune signée par une trentaines d'associations féministes dans le JDD.

Non, Marine Le Pen n'est pas du côté des femmes : elle en est l'ennemie intime, masquée, sournoise. Il est essentiel de s'en rappeler. Pour nos droits, pour le vivre-ensemble. Et de la contrer.

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